Société

Covid-19 : le monde au chevet de la Tunisie

Réservé aux abonnés
Par - à Tunis
Mis à jour le 16 juillet 2021 à 16:12

Vaccination contre le Covid-19 à Kesra, en juillet 2021 © AP Photo/Saber Zidi

Dons de vaccins et de masques, livraison d’oxygène et de respirateurs… Alors que le pays est frappé de plein fouet par une quatrième vague, la solidarité internationale se met en place.

La Tunisie, qui croyait avoir triomphé de la pandémie voilà un an, déchante. Le pays s’est révélé ces derniers mois sous-préparé à juguler une contamination pourtant scrutée à l’échelle mondiale. Recherche à tâtons d’une stratégie, manque de financements, infrastructures sanitaires publiques vieillissantes, pénurie de personnel médical, retard dans les commandes de vaccins (après avoir compté sur une prise en charge quasi-totale par le système Covax de l’OMS), difficultés à faire appliquer les mesures préventives… Ces écueils ont rendu la quatrième vague de la pandémie impossible à endiguer.

Pic ingérable

Prévisible depuis début mai, avec l’affluence et les rassemblements des fêtes de l’Aïd qui marquent la fin du ramadan, mais aussi avec les meetings politiques, cette reprise de l’épidémie a déjà fait officiellement 17 000 morts. Sans compter les 4 000 personnes qui seraient décédées sans être déclarées victimes du Covid. Mais, tiraillées entre la nécessité de protéger la population et celle d’épargner l’économie, les autorités sont longtemps restées dans le déni.

En quelques jours, les dons ont afflué sur le tarmac de l’aéroport de Tunis-Carthage

Il faut dire que le pays vit une crise institutionnelle et que les dissensions entre les deux têtes de l’exécutif freinent l’application des décisions et le déploiement d’une diplomatie active. Conséquence : la Tunisie a attendu d’atteindre un pic pandémique ingérable et une pénurie sans précédent, de lits de réanimation et d’oxygène notamment, pour faire appel à l’aide internationale.

Dons algériens, européens, mauritaniens…

À la voix des autorités se sont jointes celles de la société civile et de la communauté tunisienne à l’étranger. Et en quelques jours, les dons ont afflué sur le tarmac de l’aéroport de Tunis-Carthage. Ils seront sans doute insuffisants sur le long terme mais permettront à la Tunisie de faire face aux urgences.

Avec des finances publiques exsangues, le pays peine à lever des fonds à l’étranger mais son appel de détresse a suscité un certain élan de solidarité en moins d’une semaine. Et il n’est plus question d’aide sporadique comme en 2020. L’Algérie, qui avait déjà livré plusieurs fois de l’oxygène à son voisin ces derniers mois, a envoyé de nouveaux convois, ainsi que 20 tonnes d’équipements médicaux et des médicaments.

Le Maroc s’est engagé à fournir deux unités de réanimation complètes, le Qatar a mis à disposition du pays un hôpital de campagne et des respirateurs, la France envoie lits de réanimation et unités de production d’oxygène et la région Ile-de-France a fait un don de 100 000 euros. Quand à l’Italie et l’Égypte, elles livrent des équipements médicaux ainsi que des appareils respiratoires et à oxygène.

Nouakchott a dépêché une équipe médicale, mais aussi 15 tonnes de poissons

L’Arabie saoudite ajoute 150 lits médicaux et 4 millions de masques de protection, comme la Turquie, qui fournit en plus 100 000 tests PCR, 30 respirateurs artificiels et un générateur d’oxygène. Les Pays-Bas financent l’achat de concentrateurs et d’un générateur d’oxygène à hauteur de 420 000 dollars.

3,7 millions de doses

Mais le don le plus touchant, et peut-être le plus incompris en Tunisie, vient de Mauritanie. Nouakchott a dépêché une équipe médicale, des petits équipements, mais aussi 15 tonnes de poissons. Un signe d’amitié, que certains Tunisiens perçoivent avant tout comme l’aumône d’un pays perçu comme pourtant moins avancé. Ils semblent avoir oublié les liens historiques post-indépendance entre les deux pays.

La Tunisie de Bourguiba a ainsi été le premier pays à reconnaître l’indépendance de la Mauritanie en 1958 et la coopération entre les deux pays, notamment en matière de santé, a permis de former des médecins mauritaniens et de soigner différentes maladies ophtalmologiques qui semblaient incurables. Quant au don de poisson – par ailleurs un aliment prisé et un signe de bonne augure en Tunisie –, il symbolise simplement le partage des ressources, un geste destiné aux proches.

L’attention s’est surtout portée sur les dons de vaccins. Au 11 juillet, seules 2,14 millions de doses avaient été administrées pour une population de 11,7 millions d’habitants. L’effort international s’est aussi employé à pallier cette insuffisance. L’Arabie Saoudite et la France se sont engagés à hauteur de 1 million de doses chacune, les Émirats arabes unis et les États-Unis en offrent respectivement 500 000, la Chine 400 000, l’Algérie 250 000 et la Turquie 50 000. Soit un total de 3,7 millions de doses. De quoi parer au plus pressé. Mais pas assez pour espérer atteindre l’immunité collective.