Économie

Axel van Trotsenburg : « La Banque mondiale est le plus grand financier de projets liés au climat »

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Mis à jour le 16 juillet 2021 à 17:12

Le directeur général des opérations de la Banque mondiale, Axel Van Trotsenburg, lors d’une interview à Abidjan le 14 juillet 2021. © Issouf SANOGO / AFP

Le directeur des opérations de la Banque mondiale se veut ambitieux pour le climat et pour l’appui aux pays en conflit sur le continent. Il a répondu aux questions de Jeune Afrique.

La Côte d’Ivoire vient d’accueillir un sommet des chefs des États subsahariens sur la vingtième reconstitution de l’Association internationale de développement (IDA) de la Banque Mondiale.  Cette agence de l’institution financière est dédiée à la fourniture de crédits à taux réduits.

Tous les trois ans, l’IDA lance un processus de reconstitution de ses ressources. Le dernier, qui s’est achevé en décembre 2019, porte sur les trois prochains exercices (juillet 2020-fin juin 2023). Il a permis de mobiliser une enveloppe d’une valeur de 82 milliards de dollars, soit une hausse de 3 % par rapport à la reconstitution précédente.

En avril 2021, les négociations ont été lancées par anticipation sur le calendrier initial pour l’IDA-20. Les dernières discussions ont débuté en juin 2021 pour un nouveau « paquet » de financement couvrant la période juin 2022-juin 2025. Les pays africains plaident pour une « reconstitution » ambitieuse, supérieure à 100 milliards de dollars pour le compte de l’IDA au cours des trois prochaines années. Une cible de 112 milliards de dollars a même été évoquée dans plusieurs capitales africaines.

Confrontée à la crise du Covid-19, qui a sévèrement impacté les pays en développement – l’Afrique subsaharienne a enregistré sa première récession en une génération – les pays du sud ont plaidé pour une accélération anticipée du programme de reconstitution des fonds de l’agence du groupe de la Banque mondiale.

Jeune Afrique s’est entretenu avec Axel van Trotsenburg, directeur général des opérations de la Banque mondiale, de passage à Abidjan où une dizaine de chefs d’État africains se sont réunis le 15 juillet pour adopter une position commune dans le cadre de ces négociations.

Jeune Afrique : À combien s’élèvera cette vingtième reconstitution de l’IDA ?

Avec la crise du Covid-19, nous avons engagé en 2020 plus de 36 milliards de dollars. Cette année fiscale, nous aurons des engagements autours de 35 milliards de dollars. Cela veut dire qu’il nous reste très peu d’argent pour la troisième année (mi-2022 à mi-2023).

Les négociations pour la nouvelle reconstitution ont débuté en avril et nous avons eu un second round à la fin de juin. La prochaine rencontre aura lieu lors de la réunion annuelle à Washington à la mi-octobre. La réunion finale avec les bailleurs de fonds aura lieu en décembre au Japon. Au cours de ces négociations, nous allons nous accorder sur les grands axes stratégiques et les scénarios de financement.

Il faut comprendre que quand nous avons débuté, dans les années 60, nos financements venaient exclusivement des bailleurs de fonds. Aujourd’hui, avec la transformation de notre modèle financier, nous accédons aux marchés de capitaux et, de fait, nous pouvons réaliser des emprunts.

En 2019, nous avons assuré notre propre financement à hauteur de 70 % pour un reliquat de 30 % – soit près de 4 milliards de dollars – financé par les bailleurs.

Avec ces ressources nous faisons des dons ou octroyons des crédits dont la période de remboursement peut aller jusqu’à 40 ans avec des taux d’intérêt faibles ou à taux zéro.

Nous avons beaucoup d’espoir pour la conclusion d’un accord ambitieux pour la COP 26 en novembre à Glasgow

Quels sont selon vous les secteurs qui seront prioritaires?

Nous pouvons aider les pays d’Afrique en termes d’emploi, de transformation économique mais aussi de développement de capital humain qui sont des sujets essentiels pour de nombreux pays. Le changement climatique est un thème très important. Nous avons beaucoup d’espoir pour la conclusion d’un accord ambitieux pour la COP 26 qui aura lieu cette année en novembre à Glasgow.

La banque a de grands objectifs pour le climat. Le financement autour de cette thématique est de 35 % de notre engagement annuel. Il y a deux ans, nous avons augmenté le financement pour le climat de 14 milliards de dollars. Aujourd’hui, nous avoisinons les 21 milliards de dollars. En fait, la Banque mondiale est le plus grand bailleur de projets liés au climat. Nous finançons environ les deux tiers de tous les projets importants dans ce domaine pour l’Afrique.

Comment l’IDA parvient à intervenir dans des pays en difficulté, au Sahel par exemple ou en Éthiopie ?

Plusieurs pays africains sont fragilisés par des conflits. Notre financement continuera d’être assez important pour ces zones dans les prochaines années. Déjà, nous avons augmenté de 50 % notre financement dans les pays en conflits, soit environ 15 milliards de dollars. Si nous restons préoccupés par la situation de ces pays, nous devons poursuivre notre engagement avec eux, car ce sont souvent les populations qui paient le plus lourd tribut. Même dans les lieux où nous ne sommes pas présents physiquement, nous restons activement engagés et nous travaillons avec le système des Nations unies.

Quel est le portefeuille de la Banque mondiale en Côte d’Ivoire, alors que le pays accueille en ce mois de juillet les chefs d’États africains pour discuter de la 20e reconstitution de l’IDA ?

Au moment où j’ai commencé à travailler sur la Côte d’Ivoire, Daniel Kablan Duncan était le Premier ministre [2012 -2017]. Nous avons travaillé pour relancer les emplois et les secteurs productifs [après la crise de 2010-11]. La relance des infrastructures a été au cœur de nos priorités. La Côte d’Ivoire a bénéficié de plus de 5 milliards de dollars d’investissements depuis la reprise.

Le développement se fait sur le long terme. Cela a été le cas en Europe. C’est également le cas en Afrique

Alors que le continent réclame de nouvelles ressources pour rebondir après la crise du Covid-19, que répondez-vous aux tenants de l’ « aid fatigue », qui s’interrogent encore sur l’utilité et l’efficacité de l’aide au développement ? 

Ce processus prend du temps et on ne peut pas dire que les conditions initiales étaient toujours favorables aux pays africains. On doit bien reconnaître que dans certains pays du continent, le progrès est lent et on ne peut pas nier qu’il y a des défis. On ne peut non plus nier le fait qu’il y a eu clairement des progrès. Le développement se fait sur le long terme. Cela a été le cas Europe. C’est également le cas en Afrique.