Économie

Sénégal : la baie de Hann, poumon industriel de Dakar, veut sortir du cauchemar écologique

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Par - Envoyée spéciale à Dakar
Mis à jour le 20 août 2021 à 15:31

Environ huit entreprises industrielles sur dix de la région de Dakar se trouve près de la Baie de Hann. Ici, une usine du groupe Patisen à Dakar (image d’illustration)

Concentrant près de 80 % de la centaine d’industries implantées dans la capitale sénégalaise, l’anse dakaroise fait l’objet d’un programme de dépollution de plus de 100 million d’euros.

Une eau claire et poissonneuse, une longue plage de sable fin, un port naturel pour les pirogues… Il n’y a pas si longtemps, la baie de Hann était encore considérée comme l’une des plus belles plages de Dakar. Ce bassin naturel de près de 20 km de long, qui s’étend de la commune de Hann-Bel-Air (littoral oriental de Dakar) jusqu’à Rufisque, est devenu au fil des ans un lieu défiguré par la pollution, où l’eau claire est désormais toxique, et où le sable fin a disparu sous une masse de déchets.

Depuis quelque temps, pourtant, Mbacké Seck reprend espoir. « Quand je marche sur une bouche d’égout, c’est déjà une satisfaction ! » dit-il. Cet élu local, originaire de Hann, s’est mobilisé pour la dépollution de la baie depuis des années. Un enjeu environnemental, économique et sanitaire.

À l’origine du problème : le rejet des eaux usées de la ville et l’installation d’usines. Près de 80 % des quelque 120 industries implantées à Dakar sont situées sur la baie de Hann. Avec des conséquences désastreuses pour les pêcheurs de la zone, pour la biodiversité et pour la santé des riverains. Au sein de l’association ASC Yakaar, Mbacké Seck – désormais adjoint à la maire de Dakar chargé de la section Environnement et développement durable – se félicite de voir que les promesses de dépollution de la baie se concrétisent enfin.

Signes visibles de changement

Les travaux qui vont contribuer à restaurer la qualité des eaux de la baie ont en effet commencé en septembre 2020. Le montant global du programme est estimé à plus de 73,5 milliards de F CFA (112 millions d’euros). Il est financé, en grande partie, par l’Agence française de développement (AFD), le principal bailleur du programme, ainsi que par la Banque européenne d’investissement (BEI), les Pays-Bas et la Chine. Les premiers travaux entraînent déjà des signes visibles. « En quelques mois, le visage de Hann a bien changé, assure Mbacké Seck. Les rues ont été élargies pour laisser passer les camions chargés de l’épuration et pour permettre la création d’un réseau de traitement des eaux » (industrielles et domestiques).

Le grand changement viendra de l’installation d’un intercepteur de près de 15 km, le long de la baie

Mais le grand changement viendra de l’installation d’un intercepteur de près de 15 km, le long de la baie, dont la construction doit s’achever à la mi-2022. Conçu et réalisé par l’entreprise allemande Pfeiffer, il permettra de collecter les eaux usées et de les transporter vers une station d’épuration (dotée d’une capacité de traitement de 25 000 m3/jour). Les eaux traitées seront ensuite rejetées en mer, à 3 km des côtes.

Une distance que les riverains estiment encore trop proche. « Des études d’impact ont été menées, se défend le directeur général de l’Office national de l’assainissement du Sénégal (Onas), Ababakar Mbaye. La concentration des polluants sera extrêmement faible, et les études ont montré que le rejet des eaux n’aura plus d’impact en matière de pollution. »

Pollueurs-payeurs

Tout au long de la baie de Hann, qui va du littoral oriental de Dakar jusqu’à Rufisque, les plages sont défigurées.

MBACKE SECK BAY KEEPER

Le programme comprend également la mise en place d’un système « pollueur-payeur », à travers une redevance dont le coût reste à définir. « Les entreprises devront prétraiter leurs déchets et prendre en charge l’exploitation des ouvrages réalisés. La facturation sera calculée en fonction des volumes d’eaux rejetés et de la concentration des polluants », détaille Ababakar Mbaye. Parmi les plus grands pollueurs, les industries manufacturières (tanneries, usines de transformation de produits halieutiques…) et celles relatives aux produits pétroliers, notamment au raffinage.

Nous avons beaucoup d’espoir et d’inquiétudes

« Nous avons beaucoup d’espoir et d’inquiétudes », fait néanmoins savoir Mbacké Seck, qui évoque des risques de canalisations mal adaptées et des menaces toujours présentes de pollution sur la baie et sur l’aire marine protégée de Gorée. « Le projet est très important pour la région et pour le Sénégal, assure Ababakar Mbaye. La Baie de Hann va retrouver son éclat initial. »