Politique

Niger-Algérie : Bazoum à Alger pour parler de l’après-Barkhane

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Mis à jour le 14 juillet 2021 à 15:01

Mohamed Bazoum à son arrivée à Alger, le lundi 12 juillet 2021. © DR / Présidence du Niger.

Mohamed Bazoum a rencontré son homologue Abdelmadjid Tebboune dans un contexte de redéfinition du dispositif de lutte contre le jihadisme dans le Sahel. 

Après Paris, Alger, où Mohamed Bazoum est arrivé pour parler avant tout de sécurité. Prévue initialement les 9 et 10 mai, cette visite du chef de l’État nigérien avait été reportée de plusieurs semaines. Les questions de coopération sécuritaire dans la région du Sahel figuraient déjà à l’ordre du jour, mais les annonces du président Emmanuel Macron sur la redéfinition de la stratégie militaire française dans la région ont changé la donne.

Mohamed Bazoum a atterri à l’aéroport Houari-Boumédiène, ce lundi 13 juillet, où il a été accueilli par Salah Goudjil, le président du Conseil de la nation, et Ramtane Lamamra, qui a tout récemment repris les rênes du ministère algérien des Affaires étrangères.

Aux côtés du président nigérien, une forte délégation au sein de laquelle figurent notamment ses ministres des Affaires étrangères (Hassoumi Massaoudou), de la Défense (Alkassoum Indatou), de l’Action humanitaire et de la Gestion des catastrophes (Lawan Magagi), et du Pétrole (Sani Issoufou).

« Construire un leadership »

Mohamed Bazoum arrive à Alger alors que Paris a annoncé, le 9 juillet, son intention de transférer à Niamey le commandement opérationnel des forces françaises, la capitale nigérienne devenant également la base de la task-force européenne Takuba. De quoi lui permettre d’endosser le costume de « nouveau boss du Sahel », qui était jusque là celui du président tchadien Idriss Déby Itno, décédé début avril.

« Il y a une volonté de la part de Bazoum de construire un leadership autour de lui, glisse une source proche de la présidence nigérienne. Et cela ne va pas être très compliqué, puisqu’il y a un vide dans la région depuis la disparition d’Idriss Déby Itno. Il est clair que l’instabilité chronique au Mali et au Burkina ouvre la voie à une montée en puissance de Bazoum. »

À Alger, ce dernier a retrouvé Ramtane Lamamra, avec lequel le courant passe bien selon notre interlocuteur. « Ils ont d’excellentes relations, qu’ils ont forgées lorsque Bazoum était lui-même ministre des Affaires étrangères », explique notre source, ajoutant que cette proximité « va faciliter la coopération et les négociations entre les deux pays ».

Ramtane Lamamra, redevenu chef de la diplomatie algérienne le 9 juillet dernier, incarne le virage que le président Tebboune veut donner à la politique étrangère de son pays.

« La doctrine algérienne a évolué », poursuit notre interlocuteur nigérien, selon lequel certains sujets – en matière de coopération militaire et de participation aux opérations de paix de l’ONU notamment – ne sont plus tabous. Comme l’a révélé Jeune Afrique, le chef d’état-major de l’armée algérienne, Saïd Chengriha, s’est d’ailleurs discrètement rendu à Paris mi-juin pour discuter avec la France du rôle que pourrait jouer l’Algérie dans l’après-Barkhane.

Après s’être recueilli devant le monument des Martyrs de la guerre de libération, ce mardi, Mohamed Bazoum a été reçu par son homologue algérien, mais rien n’a filtré de l’échange entre les deux hommes, qui devaient évoquer « les relations bilatérales entre l’Algérie et le Niger et les moyens de les renforcer au mieux des intérêts des deux peuples amis », selon les termes utilisés par la présidence algérienne en amont de la rencontre.

Aller de l’avant

Alger et Niamey semblent en tout état de cause décidés à aller de l’avant. Mohamed Bazoum a-t-il profité de cette visite officielle pour évoquer avec son homologue la situation au Mali ? Il n’a en tout cas pas caché ses préventions à l’égard des nouvelles autorités de Bamako et du colonel Assimi Goïta en particulier.

« Il ne faut pas permettre que des militaires prennent le pouvoir parce qu’ils ont des déboires sur le front où ils devraient être et que des colonels deviennent des ministres et des chefs d’État, a-t-il lancé lors d’une conférence de presse commune avec Emmanuel Macron, le 9 juillet. Qui va faire la guerre à leur place ? » Sans doute le chef de l’État nigérien espère-t-il aujourd’hui convaincre Tebboune d’apporter une part de la réponse à la question qu’il a posée à Paris.