Politique

Tunisie : ce qu’il faut savoir sur Noomen El Euch, président du bloc démocratique à l’Assemblée

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 15 juillet 2021 à 15:32

Noomen El Euch, nouveau président du bloc démocratique à l’Assemblée © DR

Outsider politique avant la révolution, co-fondateur d’Attayar, le nouveau chef du Bloc démocratique à l’ARP est connu pour ses prises de position contre la corruption et ses nombreuses questions au gouvernement.

Âgé de 54 ans, ce cadre du parti tunisien Courant démocrate (Attayar), est député depuis 2014. Il a été nommé le 23 juin dernier à la tête du Bloc démocratique à l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) et coordonne à ce titre des élus de différents bords. Premier groupe d’opposition face à Ennahdha, avec 38 députés, ce groupe rassemble aussi bien des membres d’Attayar (22) et du parti de gauche Echaab que des indépendants. Noomen El Euch succède à Mohamed Ammar, qui avait annoncé son retrait pour des raisons personnelles.

• Théâtre et livres 

Issu d’une famille modeste (un père chauffeur routier et une mère au foyer), il s’est découvert une passion pour le théâtre et les livres grâce aux maisons de la culture et aux bibliothèques publiques. Diplômé d’une maîtrise en formation théâtrale de l’Institut supérieur d’art dramatique de Tunis, il jongle d’abord entre des emplois d’animateur et au sein de foyers universitaires. Il se tourne ensuite vers le monde de l’édition, en tant qu’employé puis en tant que propriétaire de sa propre librairie, « Jalisse » – « celui qui s’assoit » en arabe –, de 2007 à 2014, à Sfax. Il s’investit alors également au sein de l’association du livre de cette ville. Sa vie de député ne lui laisse aujourd’hui que peu de temps pour se consacrer à ces deux passions.

• De l’UGET à Attayar

Comme beaucoup de membres de la gauche tunisienne, il se forme dans les rangs de l’Uget (Union générale des étudiants tunisiens) de 1988 à 1992. Il ne s’engage véritablement dans un parti qu’après la révolution et rejoint le Congrès pour la République (CPR), comme membre du bureau de Sfax, sa ville natale. Déçu par les problèmes structurels de ce parti (qui rejoint la coalition- ou troïka- au pouvoir jusqu’à 2014 aux côtés d’Ennahdha et d’Ettakatol) et ne se reconnaissant pas dans certains de ses courants islamiques, il le quitte en 2012.

Son ancienneté et son sens de la diplomatie ont sans doute pesé dans sa nomination

L’année suivante, il co-fonde le Courant démocrate (Attayar), aux côtés, entre autres, des époux Samia et Mohamed Abbou, et de Ghazi Chaouachi. Il devient membre de son Conseil national et de son bureau régional à Sfax.

• Un député fédérateur

Député depuis 2014 et chef de bloc depuis fin juin dernier, il est décrit comme fédérateur par certains de ces confrères. Son ancienneté et son sens de la diplomatie ont sans doute pesé dans sa nomination, au point qu’aucun autre candidat ne s’est présenté face à lui. Il faut dire que son mandat s’annonce court : de nouvelles élections de chefs de blocs sont prévues comme chaque année à l’automne et un accord tacite privilégie l’alternance entre membres d’Attayar et d’Echaab au sein du groupe démocratique. Il devrait néanmoins rester député pour les trois années à venir, avant les prochaines législatives.

Principale ombre à son tableau : en 2016, il a été sanctionné par Attayar et interdit de vote à l’assemblée pendant une année pour s’être exprimé à la place de Samia Abbou.

• Le gouvernement au crible

S’il ne brille pas par sa présence dans certaines commissions permanentes et plénières (il n’aurait participé qu’à 47 % des premières et 66 % des secondes selon l’ONG Al Bawsala), il a fait des questions au gouvernement son cheval de bataille. Déterminé, il assure avoir posé plus 100 questions écrites et 30 questions orales aux membres du gouvernement et explique se consacrer aux commissions de contrôle des ministères. Et cela n’est pas rien, dans un hémicycle où le rôle de contrôle du gouvernement est souvent sous-investi.

Son bloc a décidé de boycotter, à partir du 7 juillet, toute participation aux votes

Son bloc a d’ailleurs décidé de boycotter, à partir du 7 juillet, toute participation aux votes à la suite des violences qui ont secoué l’ARP mais aussi pour protester contre le refus du chef de gouvernement et ministre de l’Intérieur par intérim, Hichem Mechichi, de venir répondre aux questions des députés dans un contexte préoccupant marqué par la crise sanitaire et les violences policières.

• Fronde contre la corruption

Le grand public le connait surtout pour ses frondes contre la normalisation avec Israël. Le Bloc démocratique a d’ailleurs déposé en décembre dernier un projet de loi en ce sens, qui n’a toujours pas été soumis aux députés.

Membre de la Commission de la réforme administrative, de la bonne gouvernance, de la lutte contre la corruption et du contrôle de gestion des deniers publics, il a également fait de la lutte contre la corruption son cheval de bataille. Il n’a pas hésité à dénoncer la destruction présumée de documents de l’Agence nationale de gestion des déchets dans le cadre du scandale de l’envoi illégal de déchets italiens en Tunisie ou encore des faits de corruption présumée autour de l’achat de grues dans les ports du pays.