Racisme

Supporters racistes dans le foot : les snober ou les traquer ?

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Mis à jour le 13 juillet 2021 à 16h14

Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Damien Glez

© Damien Glez

Alors que Marcus Rashford, Jadon Sancho et Bukayo Saka ont été la cible d’insultes après la défaite de l’Angleterre à l’Euro 2020, les mesures à prendre pour mettre fin à ces attaques violentes posent question.

Dans les années 1980, expliquant qu’il était Français quand il gagnait Roland-Garros et Camerounais lorsqu’il perdait Wimbledon, le tennisman Yannick Noah avait bien résumé la problématique de son métissage chahuté par certains supporters français.

Xénophobie consubstantielle ?

Le racisme sur les terrains de sport ne serait-il, en fait, qu’une xénophobie consubstantielle au chauvinisme sportif ? Pour l’écrivain Tahar Ben Jelloun, c’est bien la couleur de peau qui, « quand on perd, redevient un défaut ».

Le 11 juillet dernier, la finale de l’Euro de foot 2020 l’a bien démontré. Pour exorciser la responsabilité « nationale » de leur défaite, des supporters de l’Angleterre – à la fois berceau du football et des hooligans – ont usé d’insultes explicitement racistes contre les boucs émissaires du jour : les trois auteurs des fatals tirs au but manqués.

La corde sensible d’un patriotisme défaillant ne suffisait pas, Marcus Rashford, Jadon Sancho et Bukayo Saka étant tous nés en Grande-Bretagne, même respectivement de parents originaires de la Fédération de Saint-Christophe-et-Niévès, de Trinité-et-Tobago et du Nigeria.

Dès la publication des propos racistes visant les trois joueurs anglais, la police nationale a ouvert une enquête

Quoi de neuf, donc, sous le ciel d’un stade de Wembley qui accueillit – faut-il le rappeler – les concerts afrophiles de Live Aid ? Les réseaux sociaux qui, à l’époque de Noah, n’existaient pas pour déverser des tombereaux d’insanités sur ses échecs sportifs, et, à l’inverse, la condamnation instantanée des injures par les plus hautes autorités.

Dégoût et consternation

Après la finale de l’Euro 2020, la Fédération anglaise de football, le prince du Royaume-Uni William ou encore le Premier ministre britannique Boris Johnson ont jugé les réactions racistes « consternantes », « dégoûtantes », « écœurantes » ou encore « effroyables ».

Pour fissurer ce décor raciste bien installé, comme pour éradiquer les relents homophobes, quelles résolutions répressives envisager, en complément des processus éducatifs ? C’est là que de la nouveauté pourrait se faire jour, dans un environnement traditionnellement peu enclin à la soumission au politiquement correct.

Dès la publication des propos racistes visant les trois joueurs anglais, la police nationale a ouvert une enquête, tout comme le parquet de Paris en a ouvert une, le 30 juin dernier, après que le Français Kylian Mbappé a été traité de « sale nègre » sur Twitter, à cause de son tir au but raté face à la Suisse.

Certes, les condamnations récentes à de la prison avec sursis des cyberharceleurs de l’adolescente française Mila encouragent à traquer les déverseurs d’injures sur les réseaux sociaux.

Mais d’autres observateurs, notamment des journalistes peut-être jaloux de la « bande passante » que les posts amateurs rognent sur leurs chroniques, affirment que les insultes proférées contre Mbappé ne représenteraient qu’un volume de propos suffisamment négligeable pour ne pas mériter une telle publicité médiatique. Quand une presse dénonce l’effet loupe d’une autre presse…

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