Politique

Cameroun : Louis Paul Motaze s’oppose à une conférence sur la fiscalité au Gicam 

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Mis à jour le 14 juillet 2021 à 17:02

Louis Paul Motaze, le 13 juin 2014. © ABDULHAMID HOSBAS/AFP

La guerre froide que se livrent gouvernement et patronat autour d’une réforme des impôts vient de connaître un nouvel épisode, qui va laisser des traces. Explications.

Le 9 juillet, le Groupement inter-patronal du Cameroun (Gicam) avait prévu d’organiser une conférence-débat à l’hôtel Hilton de Yaoundé sur le thème « Comment sortir du piège fiscal ». Piqués au vif, le ministre des Finances, Louis Paul Motaze, et le directeur général des impôts, Modeste Mopa Fatoing, ont peu apprécié cette initiative et l’ont fait savoir aux patrons.

Pour calmer les esprits, les entrepreneurs ont reformulé l’intitulé de la rencontre, devenu « la fiscalité en débat ». Mais cela n’a pas convaincu les deux argentiers de Yaoundé, qui ont boudé le rendez-vous animé par Alain Foka de RFI. Et ils ne seront pas les seuls absents.

Désistement

Principal conférencier invité, le Français Grégoire Rota-Graziosi, professeur des universités et directeur du Centre d’études et de recherches en développement international (Université Clermont-Auvergne) a adressé, 48 heures avant l’événement, un mail de désistement avec copie au… ministre des Finances.

La défection du « keynote speaker » aurait pu provoquer l’annulation de la conférence si les adhérents du syndicat patronal n’avaient été aussi nombreux à s’acquitter des 50 000 F CFA du ticket d’entrée. Pour pallier l’absence de Rota-Graziosi, l’économiste togolais Yves Ekoué Amaïzo a été invité au pied levé.

Déclaration de guerre

Ces différends interviennent dans un contexte tendu entre le Gicam et les Impôts. Le 16 janvier 2020, Célestin Tawamba, le président du syndicat patronal, a écrit à Paul Biya pour se plaindre de l’attitude du directeur général des impôts, dénonçant son « inaptitude à dialoguer et à faire face à la contradiction ». Cela a été interprété par l’intéressé comme une « demande de limogeage » et une déclaration de guerre.

Les deux entités s’opposent également sur des propositions de réforme fiscale. Les patrons souhaitent ramener le minimum de perception sur le chiffre d’affaires de 2,2 % à 1,1 % – ce qui représenterait un gain de 51 milliards de F CFA (77,7 millions d’euros) pour les entreprises. Ils continuent par ailleurs de plaider pour l’abandon d’une fiscalité assise sur l’activité, au profit d’une fiscalité reposant sur le bénéfice.

L’ensemble du gouvernement est cependant loin de faire bloc contre le Gicam. Plusieurs ministres ont pris part aux assises du syndicat, dont Grégoire Owona (Travail) et Gabriel Dodo Ndoke (Mines et Industrie).