Politique

Maroc : le parquet assure que Soulaimane Raissouni a bénéficié d’un procès « équitable »

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Mis à jour le 13 juillet 2021 à 14:47

Rassemblement de journalistes, à Tunis, en soutien à Omar Radi et Soulaimane Raissouni. © AFP

Face aux critiques, le ministère public a assuré lundi que le procès du journaliste marocain, condamné à cinq ans de prison pour « agression sexuelle » et en grève de la faim depuis 96 jours, avait été « équitable ».

La justice a « rempli toutes les conditions d’un procès équitable » pour Soulaimane Raissouni, « poursuivi pour des délits qui n’ont rien à voir avec son travail journalistique », d’après un communiqué du parquet.

Le journaliste, 49 ans, a été placé en détention préventive en mai 2020 à la suite d’une plainte d’un militant LGBT pour « agression sexuelle », des faits qu’il a toujours niés. Le rédacteur en chef du quotidien Akhbar Al Yaoum – fermé depuis mars pour des raisons financières – a réaffirmé son « innocence », dans un message transmis lundi à un de ses avocats, Mohamed Messaoudi.

Le parquet a déclaré que le journaliste – absent des audiences depuis le 10 juin – avait « refusé » de prendre part à son procès, « il a donc été décidé de continuer la procédure en son absence », tout en le tenant « informé du déroulé de chaque audience ». Lui s’était dit prêt à y assister à condition « d’être transporté en ambulance et d’avoir un fauteuil roulant ». Une demande rejetée par le juge.

Critiques de l’allié américain

Au lendemain de sa condamnation vendredi, le comité de soutien de l’éditorialiste a dénoncé « une volonté politique d’instrumentaliser la justice afin de légitimer l’injustice », jugeant les cinq ans de prison « aussi sévères qu’incompréhensibles ». « La justice a triomphé. Toutes les sales manoeuvres de politiser l’affaire seront vaines », a écrit pour sa part le plaignant sur Facebook.

La sentence prononcée contre Soulaimane Raissouni – qui est par ailleurs l’oncle de la journaliste Hajar Raissouni détenue pendant six semaines en 2019 pour « avortement illégal » et « relations sexuelles hors mariage » –  a fait réagir au Maroc comme à l’international.

Le gouvernement doit s’assurer que les journalistes peuvent jouer leur rôle essentiel sans craindre une attention injustifiée, la violence ou les menaces »

Les États-Unis, allié historique du Maroc, ont critiqué lundi cette condamnation. « Nous pensons que la procédure judiciaire ayant mené à ce verdict est en contradiction avec les promesses fondamentales du système marocain sur des procès équitables pour les individus accusés de crimes, et avec la promesse de la Constitution de 2011 et le calendrier de réformes de sa majesté le roi Mohammed VI », a déclaré le porte-parole de la diplomatie américaine, Ned Price. La liberté de la presse est un fondement des sociétés sûres et prospères et le gouvernement doit s’assurer que les journalistes peuvent jouer leur rôle essentiel sans craindre une attention injustifiée, la violence ou les menaces. ». Ned Price a indiqué que les États-Unis avaient évoqué les cas d’autres journalistes marocains emprisonnés, comme Omar Radi, poursuivi pour « viol » et pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’État ».

Face aux critiques, les autorités marocaines ont toujours mis en avant l’indépendance de la justice et la conformité des procédures. Plus de 350 personnalités marocaines et étrangères ont appelé lundi l’éditorialiste à mettre fin à sa grève de la faim.

Avec AFP