Politique

L’Afrique du Sud en proie à des violences meurtrières après l’incarcération de Jacob Zuma

| Par Jeune Afrique
Mis à jour le 13 juillet 2021 à 11h32
Des manifestants érigent une barricade en Afrique du Sud, le dimanche 11 juillet 2021.

Des manifestants érigent une barricade, le dimanche 11 juillet 2021. © Yeshiel Panchia/AP/SIPA

L’armée a été appelée en renfort lundi pour contenir les débordements en Afrique du Sud, au quatrième jour de violences déclenchées par l’incarcération de l’ex-président Jacob Zuma et qui ont déjà fait 32 morts.

Les incidents ont éclaté vendredi en pays zoulou (Est), dont Jacob Zuma est originaire et où il s’est constitué prisonnier après avoir été condamné à 15 mois de prison pour outrage à la justice.

Depuis, l’agitation a gagné les quartiers déshérités de Johannesburg où le moteur de la colère est alimentaire et économique. Les restrictions imposées fin juin pour contenir une troisième vague meurtrière de Covid-19 y ont étouffé les petits boulots et les moyens de subsistance des plus pauvres.

« Frustrations et colère »

Un porte-parole de la police a dénoncé un chaos de « criminels et d’individus opportunistes » ciblant centres commerciaux et magasins. Ces derniers emportent téléviseurs géants, nourriture, matelas, réfrigérateurs… Les forces de l’ordre, en infériorité numérique flagrante, coursent les pillards en tirant des balles caoutchoutées pour les disperser. Ils ont arrêté 489 personnes, a précisé le chef de l’État dans la soirée.

La police surveille des pilleurs arrêtés dans un centre commercial du canton d’Alexandra, à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 12 juillet 2021.

La police surveille des pilleurs arrêtés dans un centre commercial du canton d’Alexandra, à Johannesburg, en Afrique du Sud, le 12 juillet 2021. © Yeshiel Panchia/AP/SIPA

Avec « un coeur lourd », Cyril Ramaphosa a souligné le caractère inédit de ces violences, estimant que si les « frustrations et la colère » exprimées ont des « des racines politiques », « aucune cause ne peut les justifier ». Il a promis de restaurer « le calme et la stabilité ».

Lundi, le centre de Johannesburg présentait un paysage désolé de vitres brisées et de carcasses de voitures brûlées. Des hélicoptères de la police survolaient la mégalopole. Dans les quartiers aisés, des commerces ont fermé tôt, les rumeurs courant bon train. « On nous a informés que les pillards étaient en route pour ici », a confié un garde du Rosebank Mall, en cours d’évacuation.

À Pietermaritzburg (Est), des soldats patrouillaient déjà parmi les débris et beaucoup de magasins n’ont pas ouvert, y compris les stations service. Au milieu de pillages systématiques, les pompiers s’employaient à éteindre plusieurs sinistres, selon des témoins.

Des pillards devant un centre commercial à Durban, en Afrique du Sud, le 12 juillet 2021.

Des pillards devant un centre commercial à Durban, en Afrique du Sud, le 12 juillet 2021. © Andre Swart/AP/SIPA

Dans cette ville, le centre commercial de Brookside a flambé. L’immense panache noir s’élevant du toit n’a pas découragé les dizaines de pillards qui se sont précipités vers le bâtiment en feu. À la sortie, des caddies remplis de marchandises volées, selon les images des chaînes locales.

32 morts

À Soweto ces scènes se sont répétées, comme dans le township de Katlehong, dans l’agglomération de Johannesburg. Sur un parking, un corps gisait sous une couverture. La veille, dans le quartier de Jeppe, le corps d’un homme dans le caniveau était aussi recouvert. Un garde tué d’une balle dans la tête, selon des témoins.

Depuis vendredi, 32 personnes sont mortes. Vingt-six personnes ont été tuées dans la province du Kwazulu-Natal (KZN, Est), où les heurts ont débuté, et six autres ont trouvé la mort dans l’agglomération de Johannesburg. Sihle Zikalala, le Premier ministre du KZN, a assuré que plusieurs de ces décès avaient eu lieu lors de « bousculades dans ce contexte d’émeutes », sans préciser de lieu.

Lundi, une audience virtuelle de la Cour constitutionnelle, celle qui a condamné Jacob Zuma pour outrage fin juin, a débattu de sa peine pendant dix heures. Elle a mis son jugement en délibéré, sans préciser de date.

L’ancien président, 79 ans, a été jugé coupable d’avoir multiplié les prétextes fallacieux pour ne pas comparaître devant la commission qui enquête sur la corruption d’État sous sa présidence, de 2009 à 2018.

Avec AFP

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