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Cet article est issu du dossier «Sénégal : Dakar, la grande métamorphose»

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Patrimoine

Sénégal : quel futur pour Gorée ?

Réservé aux abonnés | | Par - Envoyée spéciale
Mis à jour le 12 août 2021 à 17h57
Petit bout de terre de moins de 1 km2, Gorée est située à 3,5 km au large du port de Dakar.

Petit bout de terre de moins de 1 km2, Gorée est située à 3,5 km au large du port de Dakar. © Sylvain Cherkaoui pour JA

Symbole de la traite négrière, passage quasi-obligé des touristes, cette commune de Dakar doit aujourd’hui lutter pour sauvegarder son patrimoine, son environnement et son économie.

Le choix avait paru, au mieux, douteux. Une « place de l’Europe », sur l’île marquée à jamais par le passé esclavagiste de l’Occident ? Face à la bronca soulevée par le choix de ce nom, la municipalité de Gorée était rapidement revenue sur sa décision. En juin 2020, son maire Augustin Senghor décidait d’abandonner la référence à l’ex-colon, au profit de la « Place de la liberté et de la dignité humaine ». « Face à la vague de violences raciales dont la communauté noire et afrodescendante est régulièrement victime, la communauté de l’île-mémoire veut être à l’avant-garde du combat pour l’éradication totale et définitive de toutes les formes de racismes », annonçait-il à cette occasion.

Située à 3,5 km au large de Dakar, « l’île-mémoire » est un symbole de la traite négrière et l’un des lieux les plus touristiques du pays. Classée au patrimoine mondial de l’humanité par l’Unesco en 1978, elle a une vocation « de lieu de mémoire », a rappelé Augustin Senghor. Selon un membre de la municipalité, en tant que « chasse gardée » du ministère de la Culture (par le biais de la Direction du patrimoine culturel), l’île pâtit du manque d’un réel plan de sauvegarde de ses bâtiments historiques. Elle est pourtant devenue en 1996 l’une des 19 communes d’arrondissements de la capitale, un statut qui aurait dû lui conférer plus de compétences en la matière.

Reloger et restaurer

Symbole de ces vestiges laissés à l’abandon : le Palais des gouverneurs, qui fait face à Dakar… et à beaucoup de convoitises. Parmi les intéressés, les chanteurs Akon et Youssou N’Dour, la mairie de Gorée et la France. Aujourd’hui, le bâtiment, qui appartient à l’État, tombe doucement en ruines. « La situation est la même pour le camp des gardes ou pour l’école Ponty », se désole l’architecte goréen Xavier Ricou.

Il y aurait pourtant une solution : attribuer des baux aux particuliers afin qu’ils puissent les restaurer. Mais à condition de trouver un moyen pour reloger les dizaines de familles goréennes qui occupent actuellement les lieux. Plusieurs habitants de l’île, Xavier Ricou compris – qui regrette que « de plus en plus de gens construisent n’importe comment » –, s’étaient ainsi engagés dans le programme Sauvons Gorée, qui visait à protéger les bâtiments historiques, et l’île tout entière.

Symbole des vestiges laissés à l’abandon à Gorée : le Palais des gouverneurs, que beaucoup aimeraient racheter à l’État.

« Gorée la glorieuse » existait avant même que Dakar ne se développe mais, à partir de la création de la capitale à la fin du XIXe siècle, l’île a perdu une grande partie de ses habitants. Ils sont officiellement 1 200, mais pourraient être environ 2 000 selon la municipalité. Autre facette de la gestion du patrimoine : le logement social reste une question sans réponse pour les élus. La mairie se bat notamment pour percevoir une taxe de 10 % des revenus de la chaloupe effectuant la liaison Dakar-Gorée, sans succès jusqu’à présent. L’équipe municipale déplore le « manque d’intérêt » de l’État pour la commune, au-delà du « mythe goréen » que constitue l’île, pour des raisons historiques.

Gorée fait ce qu’elle peut pour tenter de résister aux assauts de l’océan

Petite en superficie (0,182 km2), préservée de la pollution grâce à l’absence de véhicules, Gorée serait aussi protégée, selon les Lébous, par cinq boucliers mystiques. Ne tire-t-elle d’ailleurs pas son nom de l’anglais good rade, en raison de sa position stratégique qui offrait aux bateaux un abri sûr ?

Problèmes d’érosion

L’île est pourtant soumise aux mêmes problèmes d’érosion côtière que les communes de la presqu’île du Cap-Vert. Elle fait ce qu’elle peut pour tenter de résister aux assauts de l’océan qui grignote sa côte, lentement mais sûrement. En 2020, elle a rejoint le programme de gestion du littoral ouest-africain (Waca), qui tente de réduire les risques auxquels sont exposés les habitants des côtes. Par ailleurs, en mai 2020, afin de mieux contribuer à la conservation et à la gestion de la diversité biologique marine et côtière, le gouvernement sénégalais a créé l’aire marine protégée de Gorée (comprise dans les limites maritimes des communes de Gorée, Dakar-Plateau, Hann-Bel-Air, Thiaroye-sur-Mer, Mbao et Rufisque-Ouest).

Gorée, en juin 2021. Le patrimoine naturel et historique de l’île, comme son charme, sont encore préservés.

Gorée, en juin 2021. Le patrimoine naturel et historique de l’île, comme son charme, sont encore préservés. © SYLVAIN CHERKAOUI pour JA

La pandémie de Covid-19 a aussi fortement impacté l’île. Si son accès a été rapidement interdit aux non-résidents, afin de la préserver sur le plan sanitaire, la commune a été touchée dans son économie, avec l’arrêt des revenus générés par le tourisme. Ses responsables envisagent de développer d’autres secteurs d’activité, comme la pêche ou le commerce. Une façon de pouvoir aussi placer Gorée, qui s’est construite en tant que lieu du passé, « dans le futur ».

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