Politique

RDC : décès de Mgr Laurent Monsengwo, homme d’Église et « acteur majeur de la démocratisation »

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Mis à jour le 12 juillet 2021 à 07:11

Le cardinal Laurent Monsengwo, à Kinshasa, le 9 février 2018. © REUTERS/Robert Carrubba

L’archevêque émérite de la capitale de Kinshasa est décédé ce dimanche à Paris à l’âge de 81 ans. L’annonce de son décès a été suivie d’hommages unanimes au sein de la classe politique.

L’influent archevêque émérite de Kinshasa, Laurent Monsengwo Pasinya, voix critique des régimes qui se sont succédé en République démocratique du Congo, est mort dimanche près de Paris à 81 ans, après avoir longtemps joué un rôle politique de premier plan.

Mgr Monsengwo avait été évacué lundi en France «dans un état critique», selon son diocèse, pour des soins appropriés. Les causes de son décès n’ont pas été précisées.

Le cardinal Fridolin Ambongo, archevêque de Kinshasa, « a la profonde douleur d’annoncer à la communauté chrétienne catholique et à toutes les personnes de bonne volonté le décès du cardinal Laurent Monsengwo, ce dimanche 11 juillet en France (Versailles) », a indiqué dans un communiqué l’archidiocèse.

Les évêques de France ont salué de leur côté « une grande figure de l’Eglise Congolaise ». « Homme de paix, il s’est inlassablement engagé pour le dialogue et la réconciliation dans son pays. Homme de détermination et de courage, il a dénoncé, sans concession, les dérives et les compromissions politiques dont il était témoin », ont-ils écrit dans un communiqué.

À l’annonce de sa mort, les cloches de la cathédrale Notre-Dame du Congo ont retenti. Un sacristain est venu installer l’effigie du prélat défunt à l’autel alors que des femmes, en pleurs, commençaient à affluer dans l’église.

Enfant de la famille royale de l’ethnie Sakata, Laurent Monsengwo Pasinya est né le 7 octobre 1939 à Inongo dans la province de Mai-Ndombe (ouest de la RDC). Il a été ordonné prêtre en 1963, puis évêque en 1980 par le pape Jean-Paul II à Kinshasa. Il est d’abord évêque auxiliaire d’Inongo, puis muté en 1981 à Kisangani en province Orientale (nord-est) comme évêque auxiliaire. Sept ans plus tard, il est porté à la tête de l’archevêché de cette ville.

Premier Africain docteur en sciences bibliques, cet intellectuel jouissait d’un grand prestige en RDC pour son rôle majeur dans l’ouverture démocratique au début de la décennie 1990, alors qu’il était archevêque de Kisangani et président de la conférence épiscopale nationale.

Initiateur en 1990 d’un mémorandum demandant plus de libertés au maréchal Mobutu, au pouvoir depuis près de 30 ans, Laurent Monsengwo était alors considéré comme «un personnage incontournable, le cerveau moteur de la poussée vers la démocratie», selon les écrivains Roger Gaise et Isidore Ndaywel dans un livre consacré au prélat.

Pour l’ex-député Gilbert Kiakwama, témoin de cette époque agitée, Laurent Monsengwo était « la passerelle idéale », une des « rares personnalités congolaises qui faisait l’unanimité ».

Vérité et justice

Dans le Stade des Martyrs, le Cardinal Mosengwo (rouge) et Msgr Fridolin (violet) effectuent un tour de stade devant la foule en liesse pour leur passation de pouvoir.

Dans le Stade des Martyrs, le Cardinal Mosengwo (rouge) et Msgr Fridolin (violet) effectuent un tour de stade devant la foule en liesse pour leur passation de pouvoir. © Quentin Bruno/SIPA

Il est à Kisangani lorsqu’éclate en 1996 la première guerre du Congo, qui verra Mobutu, abandonné par les occidentaux, chassé l’année suivante par les rebelles de l’Alliance des forces démocratiques pour la libération (AFDL) de Laurent-Désiré Kabila, fortement appuyés par le Rwanda.

Rapidement, Monsengwo se montre critique du nouveau pouvoir, attitude qu’il conservera après l’accession à la tête du pays de Joseph Kabila, à la suite de l’assassinat de son père en 2001, en pleine deuxième guerre du Congo (1998-2003).

Pendant ce conflit d’une extrême violence, il dénonce les crimes commis par les belligérants dans sa ville, et doit, pour sa sécurité, vivre un temps hors de Kisangani, pour le contrôle de laquelle Ouganda et Rwanda se livreront des combats sans merci, directement ou par milices congolaises interposées. À la fin de la guerre, il ne participe pas à la transition politique mais reprend vite son rôle d’aiguillon du pouvoir.

En décembre 2007, Mgr Monsengwo succède à la tête de l’archevêché de Kinshasa au cardinal Frédéric Etsou, décédé en janvier de la même année. Laurent Monsengwo est fait cardinal par Benoît XVI en 2010.

Sous son impulsion, l’Église catholique, seule institution réellement présente sur l’ensemble du territoire et dont se revendique environ 40% de la population, lance régulièrement des mises en garde au pouvoir.

En 2011, le cardinal conteste la réélection de Joseph Kabila, en estimant que les résultats de la présidentielle de novembre ne sont « conformes ni à la Vérité, ni à la Justice ». Ses détracteurs l’accusent d’être proche de l’opposition, ou de jouer le jeu des Occidentaux : d’être « un Blanc à la peau noire ».

Le prélat avait cédé son fauteuil à la tête de l’archidiocèse de Kinshasa à Mgr Fridolin Ambongo en novembre 2018. Mais il était toujours régulièrement consulté par des hommes politiques de tous bords.

Hommages unanimes

L’annonce de son décès a été suivie d’hommages unanimes. Sur Twitter, le chef de l’État, Félix Tshisekedi « exprime sa douleur », et rend hommage à ce « Prince de l’Église qui œuvra longtemps au service du peuple » et « fut l’un des acteurs majeurs de la démocratisation de notre pays ».

« Immense perte pour notre pays. Le cardinal Laurent Monsengwo était une bibliothèque socio-politique, un scientifique de haute facture, un prélat dévoué, un défenseur acharné des intérêts de l’Église et du peuple Congolais », a écrit la ministre congolaise de l’Environnement Ève Bazaiba.

« Toute votre vie vous avez mené le juste combat. Contre vents et marées, vous êtes resté un berger courageux attaché à cultiver l’amour entre tous les Congolais, à pour sa part réagi Moïse Katumbi. La justice sociale était votre idéal. À nous de le perpétuer. »

L’opposant Martin Fayulu s’est dit « atterré » par l’annonce du décès de celui qui était « le ciment de la cohésion nationale ».

Avec AFP