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Égypte : funérailles militaires pour Jihane el-Sadate, veuve du président assassiné

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Mis à jour le 10 juillet 2021 à 16:40

Jihane el-Sadate, veuve du président égyptien assassiné Anouar el-Sadate, le 27 juillet 2009 au Caire. © AFP

Jihane el-Sadate, seconde épouse du président égyptien Anouar el-Sadate assassiné en 1981 et importante personnalité publique, a été enterrée vendredi après des funérailles militaires.

L’ancienne première dame a été enterrée dans le caveau de son époux au Mémorial du soldat inconnu à Nasr City (est du Caire), après, fait rare pour une femme, des funérailles militaires en présence de l’actuel président Abdel Fattah al-Sissi, de plusieurs ministres et dignitaires, selon des images retransmises sur la chaîne de télévision privée Extra News.

Le 6 octobre 1981, son mari Anouar el-Sadate avait été assassiné sous ses yeux à l’âge de 63 ans par des islamistes en ce même lieu, durant une commémoration militaire.

Âgée de 87 ans, Jihane el-Sadate est décédée vendredi avant l’aube, selon la presse locale. Hospitalisée depuis plusieurs semaines en Égypte après un voyage aux États-Unis pour des soins, celle-ci était jeudi encore dans un état « critique », selon son fils Mohamed Anouar el-Sadate, cité par le journal local Youm7.

« La paix n’était pas seulement un rêve »

Dans un communiqué officiel, la présidence égyptienne a rendu hommage à l’ »épouse de feu le président Anouar el-Sadate, héros de la guerre et de la paix », soulignant que l’ancienne première dame était « un modèle pour les femmes égyptiennes ».

« J’ai été peiné d’apprendre le décès de Jihane el-Sadate, veuve de l’ancien président (…) Jihane s’était jointe à son mari durant sa visite historique à Jérusalem et s’est tenue courageusement à ses côtés durant son travail acharné pour la paix avec l’État d’Israël », a tweeté le président israélien Isaac Herzog.

La visite d’Anouar el-Sadate à Jérusalem et son discours au parlement israélien, le 20 novembre 1977, avaient conduit 15 mois plus tard à la signature du premier traité de paix entre Israël et un pays arabe. Malgré les vives critiques que Anouar el-Sadate a essuyées en raison de ce rapprochement, l’ex-première dame a défendu sa position longtemps après le décès de son époux.

Elle avait confié que son époux pensait que cette paix lui coûterait la vie

« La paix n’était pas seulement un rêve, c’était quelque chose que j’espérais ardemment, tout en prévoyant la mort de mon mari », avait-elle dit lors d’une interview télévisée en 1997, durant laquelle elle avait confié que son époux pensait également que cette paix lui coûterait la vie. « Mais cela ne l’a pas fait hésiter ou changer d’avis (…) », avait-elle ajouté.

Droits des femmes

Née au Caire en 1933 d’une mère anglaise et d’un père égyptien, Jihane el-Sadate était la seconde épouse du président Sadate. De 15 ans sa cadette, elle a partagé sa vie de 1949 à sa mort.

Tour à tour universitaire et diplomate, elle a été une importante personnalité publique des 50 dernières années en Égypte. Docteure en littérature comparée, elle enseignait jusqu’à cette année à l’université du Maryland aux États-Unis.

Active avec des dizaines d’associations (dont certaines qu’elle a elle-même fondées), l’ex-première dame est devenue dès les années 1970 une personnalité incontournable de la vie publique égyptienne, se battant pour les droits des anciens combattants, des orphelins et des nécessiteux.

Elle s’est particulièrement investie pour les droits des femmes dans une société égyptienne conservatrice, notamment pour une réforme de la législation du statut personnel, davantage de représentation et un meilleur accès à l’éducation.

Selon le communiqué de la présidence, Abdel Fattah al-Sissi a décidé de décorer Jihane el-Sadate, à titre posthume, de « l’ordre de l’intégrité », une distinction décernée aux « femmes ayant rendu des services exceptionnels au pays ou à l’humanité ».