Politique

Algérie : 10 choses à savoir sur Ramtane Lamamra

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Mis à jour le 11 juillet 2021 à 10:11

Ramtane Lamamra, le 20 mars 2019 à Berlin, en Allemagne, lors de sa tournée diplomatique. © Thomas Imo/Photothek via Getty Images

Plusieurs fois ambassadeur, grand connaisseur du continent africain, l’ancien chef de la diplomatie est de retour avec sa nomination comme ministre des Affaires étrangères dans le nouveau gouvernement du président Tebboune.

• Major de promo à l’ENA

Originaire de Oued Amizour, dans la petite Kabylie, il effectue de brillantes études au lycée de Béjaïa avant de sortir major de promotion à l’ENA d’Alger. Passionné par la diplomatie et les questions internationales, il a l’habitude de découper dans le journal El Moudjahid les discours que prononçait notamment à l’ONU un certain Abdelaziz Bouteflika, ministre des Affaires étrangères entre 1963 et 1979.

Stage moscovite

En 1975, à 23 ans, il effectue un stage de six mois à l’ambassade d’Algérie à Moscou, que dirige alors Redha Malek, un des négociateurs des Accords d’Evian qui ont abouti à l’indépendance en 1962. Redha Malek a inspiré des générations de diplomates algériens.

Passage à la présidence

Après son service militaire effectué à l’École de formation des officiers de réserve (EFOR) de Blida et un passage au centre des études et de la documentation du ministère de la Défense, ce passionné de livres et de journalisme intègre le service presse de la présidence de la République jusqu’en 1979.

Une vieille connaissance de Walhdeim

Ambassadeur en Éthiopie et à Djibouti, et représentant permanent auprès de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) et de la Commission économique pour l’Afrique entre 1989 et 1992, il est nommé à Vienne comme ambassadeur le jour même de son retour de Addis-Abeba. En 1992, lorsqu’il remet ses lettres de créances au président autrichien Kurt Waldheim, ce dernier se souvient l’avoir croisé au siège de l’ONU lorsqu’il était secrétaire général de 1972 à 1981.

La confiance de Redha Malek

Il ne reste pas longtemps à Vienne. En 1993, Redha Malek, alors chef du gouvernement et membre du Haut comité d’État (HCE), se souvient de son ancien stagiaire et le rappelle pour lui confier le poste de représentant permanent de l’Algérie auprès de l’ONU. Poste qu’il va assurer pendant trois ans avant de diriger l’ambassade d’Algérie à Washington jusqu’en 1999.

Bouteflika avait peur que Lamamra lui fasse de l’ombre et acquiert une plus grande stature internationale.

Ami de chefs d’États africains

Sa profonde connaissance des affaires du continent africain lui permet de nouer de solides liens et de vraies amitiés avec nombres de chefs d’États et de dirigeants. Lors d’un sommet de l’Union africaine (UA), Mouammar Kadhafi se tourne vers lui pour lui demander des explications sur le discours prononcé par Jean Ping, président de la commission de l’UA. En 2001, au cours de la crise ivoirienne, Alassane Ouattara l’invite dans sa suite à l’hôtel du Golf à Abidjan pour parler de l’issue du conflit. Depuis, les deux hommes entretiennent une solide amitié.

Lettre de démission rédigée au Mali

Nommé ministre des Affaires étrangères en 2013, il noue d’excellentes relations avec le président Bouteflika en dépit de l’hostilité manifestée par l’entourage de ce dernier à son égard. Reconduit en mai 2015, le chef de l’État lui adjoint sans le prévenir Abdelkader Messahel comme ministre des Affaires maghrébines et africaines. Ramtane Lamamra se met en colère et rédige sa lettre de démission alors qu’il termine une mission au Mali. Après une confusion de 5 jours, les choses rentrent dans l’ordre. Il est maintenu à son poste et élevé au rang de ministre d’État.

Privé de présidence de l’UA

Fin 2015, il est fortement pressenti pour prendre la succession de la Sud-Africaine Nkosazana Dlamini-Zuma à la présidence de la Commission de l’Union africaine (UA). Malgré le soutien de nombreux chefs d’États et dirigeants africains, Bouteflika n’a pas soutenu la candidature de Lamamra au motif qu’il avait besoin de lui à ses côtés. « Il avait peur que Lamamra lui fasse de l’ombre et acquiert une plus grande stature internationale qui lui permettrait de devenir un potentiel candidat à sa succession », note un diplomate algérien.

Entre Macron et Lamamra, le courant passe très vite lors de la visite du Français à Alger en 2016.

Candidature combattue

Il renonce en avril­ 2020 à sa candidature au poste de représentant permanent de l’ONU en Libye pour remplacer le Libanais Ghassan Salamé, malgré le soutien de l’Union africaine. Plusieurs États dont les États-Unis, l’Égypte, les Émirats arabes unis et le Maroc se sont opposés à sa candidature. L’argument portait en particulier sur la nationalité de l’intéressé dans la mesure où il n’est pas dans les usages onusiens qu’un médiateur soit originaire d’un État frontalier du pays en crise.

L’oreille de Macron

Avril 2016 : Emmanuel Macron, alors ministre de l’Économie, accompagne le Premier ministre Manuel Valls à Alger pour une visite de deux jours. Entre Macron et Lamamra, le courant passe très vite. Lors d’un aparté, le ministre français lui confie – il le déclarera publiquement six mois plus tard – qu’il va se présenter comme candidat à l’élection présidentielle de mai 2017.