Politique

RDC – Nationalité des candidats à la présidentielle : avis de tempête sur l’Union sacrée

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Mis à jour le 9 juillet 2021 à 13:58

Félix Tshisekedi et Moïse Katumbi. © Photomontage/ Photos : Vincenzo Pinto/AP/SIPA ; JOHANNA DE TESSIERES /COLLECTIF HUMA

Un projet de loi visant à n’autoriser la candidature à la présidentielle qu’aux seuls Congolais nés de père et de mère congolais a été déposé au Parlement. La majorité de Félix Tshisekedi se déchire sur le sujet.

« Pour des raisons de loyauté et de fidélité à la nation congolaise, l’exercice de la fonction de président de la République, de président de l’Assemblée nationale et du Sénat n’est réservé qu’aux seuls Congolais nés de père et de mère ». Cette disposition, qui figure dans l’article 24 d’une proposition de loi initiée par un ancien candidat à la présidentielle de 2018, l’économiste Noël Tshiani, provoque de forts remous au sein de la majorité présidentielle.

Le texte, en passe de faire son chemin jusqu’à l’Assemblée nationale, suscite une violente controverse depuis plusieurs semaines, d’autant qu’il propose d’étendre ce « verrouillage » de la fonction présidentielle à une série d’autres hautes responsabilités, notamment celles de Premier ministre, de président de la Cour constitutionnelle et même aux généraux de l’armée congolaise.

Noël Tshiani n’étant pas député, il ne pouvait lui-même pas déposer son texte au Parlement. Le député Nsingi Pululu, membre de l’Union sacrée et transfuge du Front commun pour le Congo (FCC, de Joseph Kabila), s’en est chargé pour lui. Il s’est présenté au Palais du Peuple aux côtés de Noël Tshiani, ce jeudi 8 juillet, pour déposer le projet de loi et défendre la proposition de l’économiste qui, assure-t-il, est soutenue par plus de « 260 députés ».

« Ligne rouge »

Pour l’heure, aucune date n’a été fixée pour que cette proposition de loi soit débattue à l’Assemblée. Elle doit d’abord être examinée au bureau d’étude, puis en commission, avant d’être présentée en plénière. Mais les réactions, tant au sein de la société civile que de la sphère politique, sont d’ores et déjà très vives.

Le texte porté par Noël Tshiani a déclenché le courroux du camp de Moïse Katumbi, qui y voit une tentative de museler les ambitions présidentielles de l’ancien gouverneur du Katanga, actuellement allié politique de Félix Tshisekedi au sein de l’Union sacrée. Né d’une mère congolaise et d’un père originaire de l’île grecque de Rhodes – alors sous domination italienne – dont la famille a émigré au Katanga dans l’entre-deux-guerres, Katumbi a lui-même dénoncé fin mai un projet qui « vise l’unité du Congo ».

Soit cette proposition est retirée, soit nous nous retirerons de l’Union sacrée »

Vent debout contre cette proposition de loi, les proches du chef d’Ensemble pour la République, qui compte 70 députés, soupçonnent une manœuvre du camp présidentiel et n’hésitent pas à agiter la menace d’un retrait de la coalition au pouvoir.

« Une telle proposition n’a jamais été à l’ordre du jour de l’Union sacrée. À l’évidence, c’est une manœuvre de ceux qui veulent garder le pouvoir. Si on annonce une candidature à une élection deux ans et demi avant l’échéance, et que l’on commence déjà à envisager l’élimination de candidats, c’est un problème », dénonce Olivier Kamitatu, le directeur de cabinet de Katumbi, faisant référence à la confirmation par Félix Tshisekedi de sa volonté de briguer un deuxième mandat en 2023, dans une interview accordée à Jeune Afrique.

« Pour nous, la suite est claire. Est-ce que vous accepteriez de monter dans la charrette qui vous conduit à la potence ? Quand vous êtes au pied de la guillotine, il est déjà trop tard. Là, nous risquons de franchir la ligne rouge. La mise à l’ordre du jour de l’Assemblée d’une telle proposition constituerait un point de non retour, continue Olivier Kamitatu. Soit cette proposition est retirée, soit nous nous retirerons de l’Union sacrée. Et il ne s’agit pas uniquement de la position de Moïse Katumbi. Ce dont il s’agit, c’est de maintenir les acquis qui sont dans la Constitution. »

« Impliquer Tshisekedi est inacceptable »

Ces accusations, le camp du chef de l’État les dénoncent, assurant n’avoir jamais été impliqué dans la conception de ce projet de loi. « Nous n’avons pas été associés. L’initiateur est connu et ce n’est pas le chef de l’État, assure ainsi Peter Kazadi, cadre de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS). C’est légitime que le camp de Moïse Katumbi réagisse comme cela, mais nous n’acceptons pas qu’ils associent le président. »

Ce proche du chef de l’État souligne par ailleurs que Tshisekedi « avait tous les moyens de laisser Katumbi en exil à l’extérieur du pays » mais qu’il a au contraire « tout fait pour qu’il revienne, contre la volonté de Kabila ». « Et maintenant que nous sommes en coalition, il voudrait l’éliminer de cette manière ? Félix Tshisekedi ne fonctionne pas comme ça », conclut Kazadi.

La proposition n’agite pas seulement le landerneau politique congolais, et a fait réagir au sein de la communauté internationale. Notamment la nouvelle patronne de la Monusco, Bintou Keïta, qui, mercredi 7 juillet devant le Conseil de sécurité de l’ONU, a tenu à souligner « la nécessité d’organiser des élections inclusives et apaisées en prenant garde aux conséquences potentiellement dangereuses d’un débat clivant sur la nationalité ».