Politique

Algérie : retour de Lamamra, départ de Zeghmati… Les enseignements du remaniement ministériel

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Par - à Alger
Mis à jour le 8 juillet 2021 à 17:52

Ramtane Lamamra, le 20 mars 2019 à Berlin, en Allemagne, lors de sa tournée diplomatique. © Thomas Imo/Photothek via Getty Images

Le nouveau gouvernement est marqué par l’arrivée de Ramtane Lamamra et la sortie du ministre de la Justice Belkacem Zeghmati.

Le nouveau gouvernement algérien nommé le 7 juillet s’est départi de l’un des visages de la répression contre les manifestants du Hirak, avec le départ du ministre de la Justice Zeghmati. Le remaniement a également été marqué par le retour aux Affaires étrangères de Ramtane Lamamra, un proche du président déchu Boutefika.

En 2019, alors que le pouvoir est confronté aux premières manifestations populaires contre le cinquième mandat de Bouteflika, Ramtane Lamamra intègre le gouvernement de transition et entame immédiatement une tournée en Russie, en Italie et en Allemagne pour les convaincre de soutenir le pouvoir en place.

Au correspondant de l’Agence algérienne de presse (APS) à Rome, il affirme que « ceux qui observent de loin notre réalité ont l’impression qu’il se développe une situation potentiellement porteuse de risques. L’Algérie, connue pour être exportatrice de paix, de stabilité et de sécurité rassure ses partenaires étrangers sur le fait que ce moment privilégié de notre histoire se passe en famille ». L’ancien ministre des Affaires étrangères de 2013 à 2017 avait déjà  loué « la transparence » du scrutin ayant conduit au quatrième mandat de Boutefilka en avril 2014.

Diplomate reconnu

Sur la scène internationale, il n’en demeure pas moins un diplomate reconnu. Il a conduit plusieurs missions de l’ONU en Afrique et a un temps été pressenti pour succéder à Ghassan Salamé au poste de représentant spécial de l’ONU en Libye. Un dossier dans lequel Alger tente de jouer un rôle plus actif depuis le départ de l’ex-président Bouteflika.

Passé par Washington et New York (aux Nations unies), ce vieux routier de la diplomatie algérienne est aussi bien introduit en Union africaine (UA) – où il a été commissaire Paix et sécurité entre 2008 et 2013 –, puis haut-​représentant de l’UA pour « Faire taire les armes » en 2017. Un passé qui peut s’avérer utile, alors que la dispute avec le Maroc a regagné en intensité ces derniers mois, et qu’Alger s’estime insuffisamment écouté sur la crise au Mali.

Zeghmati a été la cible du courroux des manifestants algériens pour la répression du Hirak

Malgré les apparences, le départ surprise du désormais ex-ministre de la Justice Belkacem Zeghmati n’augure pas nécessairement d’un changement majeur dans la politique répressive du pouvoir. Son remplaçant n’est autre qu’Abderrachid Tabi, premier président de la Cour suprême depuis juin 2019. Le départ de Zeghmati a été décidé à la dernière minute.

Zeghmati a été la cible du courroux des manifestants algériens pour la répression du Hirak. Environ 300 personnes sont aujourd’hui détenues pour ce qui s’apparente à des délits d’opinion, comme « atteinte au président » et « publications sur Facebook portant atteinte à l’unité nationale ».

Homme du sérail

Le mandat de Zeghmati a aussi été marqué par de vives tensions entre le corps des magistrats et des avocats. La récente passe d’armes entre le bâtonnat d’Alger et le procureur de la République du tribunal de Dar El Beida a abouti à un boycott, le 5 juin dernier, de l’ensemble de l’activité judiciaire dans la capitale. L’ancien ministre n’a cessé aussi de croiser le fer avec le Club des magistrats, un syndicat qui regroupe plus de 1 000 adhérents et qui milite pour l’indépendance de la justice.

Belkacem Zeghmati a également dirigé les premières opérations anti-corruption contre le clan Boutefilka, sans opérer de réelle refonte du système judiciaire. Diplômé de l’École nationale d’administration (ENA), le successeur de Zeghmati, Abderrachid Tabi, 61 ans, a été directeur du personnel de rééducation au ministère de la Justice, procureur auprès de plusieurs tribunaux et juge d’application des peines à Tizi-Ouzou. Cet homme du sérail a également occupé le poste de chef de cabinet du gouvernement d’Ahmed Benbitour (1999-2000), et du ministère des Moudjahidine.

En tant que président de la Cour suprême, il présidait également le Conseil supérieur de la magistrature dont la session disciplinaire a décidé, fin mai, de la radiation de Sadedin Merzoug. L’ex-magistrat était réputé pour ses positions en faveur du Hirak et de l’indépendance de la justice. Il est donc peu probable de voir le département de la Justice opérer une rupture totale avec la gestion de Belkacem Zeghmati.