Politique

À la CAF, depuis l’arrivée de Patrice Motsepe, les têtes tombent

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Mis à jour le 11 juillet 2021 à 10:33

Le président de la CAF, Patrice Motsepe, s’exprime lors d’une conférence de presse à Johannesburg, en Afrique du Sud, le mardi 16 mars 2021. © AP Photo/Themba Hadebe/Sipa

La nouvelle direction de la Confédération africaine de Football (CAF), présidée par le milliardaire sud-africain Patrice Motsepe, a décidé de procéder à plusieurs licenciements. Dans un style jugé brutal.

Dans la nuit du 24 au 25 mai dernier, une quinzaine d’employés de la CAF ont été avertis par un simple mail que leur mission était terminée. Un message identique pour tous les destinataires, limité à quelques phrases sibyllines et très explicites :  « Votre mission à la CAF est terminée. Ne venez plus au siège. Vous recevrez votre salaire du mois de juin. »

Pour ceux qui avaient éteint leur téléphone, le réveil a été brutal. « Cela ressemble à des licenciements abusifs. Il n’y a pas eu d’entretiens préalables, ce qui est la règle en Égypte, où est situé le siège de la CAF. On savait qu’il y avait des tensions depuis l’élection de Motsepe, que des têtes allaient tomber, ce qui n’a rien d’étonnant quand une nouvelle direction arrive, confirme, sous couvert d’anonymat, le dirigeant d’une fédération africaine. Par contre, ce qui surprend, c’est la méthode. »

Des proches d’Ahmad Ahmad ciblés

Le mail visait une quinzaine de personnes, dont certaines occupaient des postes stratégiques. Ainsi, Marwa Hosam Eldin, la directrice des ressources humaines, Nevine Tahseen Ibrahim, responsable du département des finances et qui travaillait à la CAF depuis 23 ans, Mohamed Salem, le directeur de l’information et des technologies, ou encore Achta Mahamat Saleh, la directrice juridique.

Abdel Bah, ancien secrétaire général par intérim nommé en avril 2020, attend toujours de son côté la notification de son licenciement, mais il est considéré comme ne faisant plus partie des effectifs de la CAF.

À cette liste non exhaustive viennent s’ajouter les noms de deux proches d’Ahmad Ahmad, ancien président de la CAF (2017-2021) : son ex-conseiller Abdullah Moustapha et Aimane Hamadi, qui fut son assistante. Quant à Ali Aissaoui, le directeur commercial, il a préféré donner sa démission. « Une nouvelle direction arrive, il y a une réorganisation, c’est quelque chose de tout à fait logique. Mais beaucoup estiment que ces licenciements ont eu lieu en dehors de tout cadre légal », intervient un proche d’une des personnes mises à l’écart.

Une deuxième vague de licenciements ?

Selon nos informations, la majorité des cas ont été ou sont en passe d’être réglés à l’amiable. « Ces licenciements ne visaient pas des proches d’Ahmad, hormis Abdullah Moustapha et Aimane Hamadi, dont les départs ne sont pas surprenants, poursuit cette source. Il est davantage question de renouveler le personnel. Même s’il se raconte que pour Marwa Hosam Eldin et Mohamed Salem, leur réticence à mettre en application les mesures préconisées par le cabinet d’audit PIW a joué en leur défaveur. »

Les personnes licenciées n’ont pour l’heure pas été remplacées. Mais elles le seront, et pour certaines à des niveaux de rémunération supérieurs. Ces licenciements n’entrent donc visiblement pas dans le cadre d’un plan d’austérité.

Ils ne devraient pas être les derniers, puisqu’une seconde vague est attendue dans les prochaines semaines et pourrait viser d’autres départements, comme celui de la communication.

Infantino n’ignore rien de ce qui se passe à la CAF

Dans les locaux de la CAF, où une centaine de personnes sont employées, l’ambiance est donc loin d’être sereine. Plusieurs salariés ont déjà été avertis que d’autres licenciements étaient envisagés. La communication de la direction n’est pas de nature à rassurer les plus anxieux.

« On ne peut pas parler d’un management brutal au quotidien. Le problème, c’est qu’il y a très peu d’échanges entre le secrétaire général et les différents services. Beaucoup de mails sans réponse, de projets bloqués, raconte une source interne. Depuis un peu plus de trois mois, l’ambiance est très particulière, et cela génère pas mal de stress. »

L’ombre de la FIFA

Dans les bureaux de l’institution, les salariés ont aussi pris l’habitude de croiser des émissaires de la FIFA venus accompagner la nouvelle direction. Le nouveau secrétaire général de la CAF, le Congolais Veron Mosengo-Omba, transfuge de la FIFA et réputé très proche de Gianni Infantino, a ainsi fait venir à ses côtés son ancienne assistante à Zurich, l’Italienne Sandra Lattore.

Ces allées et venues ont renforcé les certitudes de certains acteurs et observateurs du football africain, qui voient désormais la CAF comme une simple chambre d’enregistrement des directives imposées par la FIFA. Un avis nuancé par le dirigeant d’une fédération subsaharienne, qui a lui aussi requis l’anonymat. « Dire que c’est la FIFA qui décide de tout, c’est exagéré, assure-t-il. Mais elle a de l’influence, renforcée par la nomination de Mosengo-Omba. Infantino n’ignore rien de ce qui se passe à la CAF, mais ce n’est pas lui qui décide. Enfin, je l’espère… »

Patrice Motsepe n’est venu qu’une fois, et n’est resté qu’une trentaine de minutes dans les locaux. Au quotidien, la gestion de la CAF est l’affaire de Mosengo-Omba et de ses collaborateurs. En attendant une nouvelle vague de départs, l’ancien international ghanéen Anthony Baffoe a pris les devants et démissionné de son poste de directeur des compétitions. Il devrait être remplacé par Patrick Mboma, l’ex-capitaine des Lions indomptables du Cameroun. La CAF a débuté sa mutation. Celle-ci n’est visiblement pas terminée…