Culture

Sénégal : à Dakar, plongée au cœur du Q08, un studio « artysanal »

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Mis à jour le 9 août 2021 à 11:46

La galeriste Vydia Tamby au Studio Quatorzerohuit à Dakar.

Quand un célèbre designer – Bibi Seck –, s’allie avec un entrepreneur-collectionneur de renom – Oumar Sow, patron de CSE –, cela donne naissance au Studio Quatorzerohuit : une galerie d’art contemporain et un concept-store très, très tendances.

« Studio Quatorzerohuit ». Derrière cet intitulé abscons se dissimule un clin d’œil aux points communs entre les promoteurs de cette nouvelle galerie d’art contemporain. D’un côté, Bibi Seck, 56 ans, célèbre designer sénégalais. De l’autre, Oumar Sow, 59 ans, président du directoire de la Compagnie sahélienne d’entreprises (CSE), poids lourd du BTP au Sénégal. À trois ans d’écart, tous deux sont nés un 14 août. Peu de gens le savent, mais le second est un amateur passionné d’art contemporain, dont la collection s’élève à quelque 400 œuvres. Et lorsque Bibi Seck lui fait part de son projet de concept-store à Dakar, Oumar Sow lui propose d’héberger le projet dans un immeuble de deux étages avec terrasse dont il est le propriétaire (et qui fut son domicile), non loin de la place de l’Indépendance.

« Nous nous sommes associés en décembre 2019, deux mois avant la pandémie, et nous souhaitions initialement ouvrir la galerie en mai 2020 », explique Bibi Seck. Le Covid-19 retardera leur projet de quelques mois. Le Studio Quatorzerohuit sera finalement inauguré à la fin de 2020. « J’y ai posé ma table de travail et je m’occupe de l’administration de l’espace, ajoute-t-il. Oumar Sow, partenaire à 50/50 avec moi, soutient le projet à titre personnel. »

Boutique, expo, restau et rooftop

Le projet initial de concept-store (artisanat et design) a perduré, occupant le rez-de-chaussée. Avec un objectif : « Créer en Afrique, pour nous-mêmes, des objets qui nous ressemblent », selon la formule de Bibi Seck. Mais à l’étage, l’art contemporain a envahi l’espace : peintures, sculptures, art numérique… En juin, lorsque JA a visité la galerie, les peintures numériques de Muriel Kla avaient pris la relève des œuvres de Solly Cissé. « Nous décidons à deux, avec Oumar, de la programmation », précise Bibi Seck, revendiquant leur ambition commune de « valoriser à la fois l’artisanat, l’art et le design ». En guise de boussole, « des choix émotionnels ».

Un projet qui ne s’arrête pas à l’avenue Ponty, puisque les deux acolytes organisent parallèlement des résidences d’artistes à Pointe-Sarène, au sud de Mbour, dont les restitutions se font au Studio Quatorzerohuit. « On manque de galeries à Dakar, déplore Bibi Seck. Ce lieu, qui regroupe arts appliqués et arts plastiques, permettra de donner plus de visibilité à de jeunes artistes et à des disciplines nouvelles, comme l’art numérique. »

 

Bibi Seck, cofondateur du Studio Quatorzerohuit, et sa galeriste, Vydia Tamby.

Sylvain Cherkaoui pour JA

« Sous la présidence de Senghor, le secteur artistique le plus soutenu était celui des arts plastiques », rappelle Vydia Tamby qui, outre ses fonctions de conseillère culturelle de la maire de Dakar, est désormais également directrice du Studio. « Aujourd’hui, poursuit-elle, l’important c’est de ne pas rester figés dans une approche de cette discipline datant des années 1970, mais de faire évoluer le curseur en alliant les disciplines. »

Encore en travaux, le rooftop de la galerie devrait bientôt refléter cet objectif de polyvalence. Y cohabiteront des concerts intimistes, des séances de cinéma et même des défilés de mode. Avec pour horizon de constituer une communauté d’artistes venus des quatre coins du monde. D’ores et déjà, l’espace réservé aux bureaux de l’équipe doit servir de cocreative space (espace cocréatif transdisciplinaire) avec une place privilégiée accordée aux designers.

« Je lutte pour que l’on cesse d’aggraver la précarité des artisans sénégalais », explique Bibi Seck quand il évoque le concept-store du studio. Dans un pays où les rejets de plastique en tout genre posent des problèmes environnementaux majeurs, le designer, qui affectionne cette matière, en fait des meubles : chaises, tables, tabourets et autres éléments de mobilier… « “Tu fais du design équitable”, m’a-t-on dit un jour. Je suis un designer global, tout dépend avec qui je travaille, résume-t-il. Je m’adapte au savoir-faire des artisans. »