Économie

RDC : 5 choses à savoir sur Malangu Kabedi Mbuyi, première femme gouverneure de la Banque centrale du Congo

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Mis à jour le 7 juillet 2021 à 19:03

Malangu Kabedi Mbuyi a travaillé l’essentiel de sa carrière au Fonds monétaire international avant de devenir la 13e personne à occuper le siège de gouverneur de la BCC. © DR

Cette économiste passée par le Fonds monétaire internationale (FMI) rejoint un cercle ultra fermé de femmes à la tête de banques centrales. Sa mission sera d’assurer l’indépendance de l’institution, la stabilité du système monétaire et une régulation bancaire efficace.

Âgée de 63 ans, Malangu Kabedi Mbuyi est la première femme à être nommée à la tête de la Banque centrale du Congo (BCC) depuis sa création en 1961. La décision a été annoncée le 5 juillet par le porte-parole du président de la République Félix Tshisekedi.

Cette nomination intervient dans le cadre d’une réforme en profondeur de la Banque centrale, impulsée par une loi de décembre 2018 mais en suspens depuis, visant notamment à moderniser sa structure, ses ressources et son fonctionnement.

L’ensemble du conseil d’administration de la BCC a été aussi remanié. Parmi les partants, outre Deogratias Mutombo, l’ex-gouverneur, on retrouve également Albert Yuma, homme d’affaires réputé proche de l’ex-président Joseph Kabila qui siégeait au conseil d’administration de la BCC depuis près de vingt ans.

Cette refonte est l’une des conditions posées par le Fonds monétaire internationale (FMI) préalablement au décaissement d’un financement triennal d’environ 1,5 milliard de dollars en cours de discussion depuis plusieurs mois.

• Pionnière

Malangu Kabedi Mbuyi est la 13e personne à occuper le siège de gouverneur de la BCC. C’est la première femme responsable d’une telle institution en Afrique centrale et en Afrique continentale francophone. Elle rejoint le cercle des dirigeantes ayant jamais accédé au poste de gouverneur de banque centrale, jusqu’ici extrêmement limité dans le monde.

Parmi ses prédécesseurs en Afrique, on compte la Botswanaise Linah Mohohlo (1999-2016), la Sud-africaine Gill Marcus (2009-2014), la Seychelloise Caroline Abel (en poste depuis 2012) et la Lésothienne Retselisitsoe Matlanyane (également en poste depuis 2012).

Le secteur bancaire congolais a également applaudi sa nomination

• Une vétérane des équipes du FMI

La nouvelle gouverneure de la Banque centrale du Congo connaît bien le FMI, où elle a passé l’essentiel de ses 32 ans de carrière professionnelle. Elle s’y est notamment occupé, en collaboration avec les autorités du pays et en coordination avec les équipes-pays au siège du FMI, des questions liées à la gestion des politiques macroéconomiques, celles rattachées à la situation sociale, ainsi qu’à la mise en œuvre des réformes structurelles dans le cadre des programmes économiques et financiers soutenus par le FMI.

• Plébiscitée

Sa nomination a été largement saluée aussi bien par des membres de la majorité que de l’opposition en RDC. Le secteur bancaire du pays, qu’elle devra superviser, a également applaudi sa promotion. Ecobank RDC et Rawbank – première banque du pays – ont notamment rappelé l’exemple qu’elle représente pour le leadership féminin dans le pays.

Selon nos informations, c’est Nicolas Kazadi, le ministre des Finances, dont la bonne gestion des finances publiques est l’une de ses priorités, qui a proposé et obtenu de Felix Tshisekedi la nomination de Malangu Kabedi Mbuyi.

• Globe-trotteuse et formatrice

Malangu Kabedi Mbuyi a fait ses débuts en 1984 comme économiste au centre d’économie appliquée de l’université libre de Bruxelles où elle a travaillé pendant un an, avant de rejoindre le département d’études de la BCC – à l’époque Banque du Zaïre – où elle a travaillé deux ans.

Parlant couramment le français et l’anglais, elle a notamment été économiste-pays pour le Togo, le Bénin, Haïti, la République dominicaine et le Mali. Ses responsabilités portaient principalement sur la gestion des données statistiques, l’analyse et les projections macroéconomiques.

Elle a été également cheffe de division adjointe et cheffe de mission pour cinq pays : le Togo (2003-2004), le Tchad (2004-2005), le Burkina Faso (2009-2012), la Sierra Leone (2012-2015) et le Cap Vert (entre 2018 et sa nomination à la BCC). Elle a aussi été représentante-résidente du FMI pour le Bénin et le Togo à la fin des années 1990, ensuite pour le Cameroun entre 2005 et 2009.

Enseignante à l’Institut de formation du FMI (1994-1996), ses cours traitaient entre autres de la programmation de politiques financières à destination des fonctionnaires des ministères des Finances et des Banques centrales. La responsable congolaise a été également directrice de l’Afritac Ouest –­ le Centre régional d’assistance technique pour l’Afrique de l’Ouest du FMI – entre 2015 et 2018, situé à Abidjan, et couvrant neuf pays de la région.

Le FMI exige un strict respect de la règle de non-financement du budget par la Banque centrale

• Lourdes missions

Parmi les nombreuses missions que devra mener l’équipe pilotée par Malangu Kabedi Mbuyi figure l’application de la réforme de la Banque centrale, attendue depuis une nouvelle loi votée en décembre 2018. Cette dernière accroît notamment l’indépendance de la BCC, mais aussi sa responsabilisation et sa transparence ainsi que son rôle de contrôle du « bon fonctionnement du système de paiement » et celui sur ses actifs.

Les équipes du FMI, du temps où la nouvelle gouverneure travaillait au sein de cette institution, attendent de la BCC « un retour au strict respect de la règle de non-financement du budget par la Banque centrale [qui] devrait être imposé pour éviter de monétiser le déficit et de créer de l’inflation », selon un document consulté par Jeune Afrique.

La Banque centrale devra également s’assurer que l’ensemble du système bancaire mette à jour ses normes comptables au niveau IFRS (normes internationales d’information financière). Le FMI la presse également de « tirer parti de l’abondance des liquidités dans le système bancaire pour transférer à l’étranger les dépôts en monnaies étrangères qu’elle détient ».

Enfin, la gouverneure devra mettre en œuvre la recapitalisation de la BCC. Les fonds propres de l’institution sont attendus à 130 millions de dollars, mais « du fait de contraintes budgétaires, le calendrier de recapitalisation n’a pas encore été arrêté », regrette le Fonds.