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Économie

Angleterre, Russie, Chine : comment le thé burundais veut s’imposer

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Par - Envoyé spécial
Mis à jour le 5 août 2021 à 16:43

Les thés burundais jouissent d’une réputation qui a depuis longtemps dépassé les frontières du pays et même du continent.

Principales sources de devises du pays et essentielles dans sa stratégie de relance, les filières théicoles et caféicoles du Burundi font référence dans le monde pour la qualité de leurs produits. Reste à les faire connaître davantage.

Dans un pays qui dispose de moins d’un mois de réserve de devises pour financer des importations qui pèsent dans le produit intérieur brut (PIB) cinq fois plus lourd que ses propres exportations, il y a urgence à tenter de rééquilibrer la balance commerciale. Le Burundi peut déjà se targuer d’avoir réussi à baisser la facture en ramenant la valeur de ses importations de 31 % du PIB entre 2010-2015 à moins de 25 % pour les quatre années suivantes. Mais au prix de nombreux sacrifices.

L’Ijenda à Buckingham Palace

Avec un PIB lié pour plus d’un tiers à des activités agricoles, qui font vivre les 9/10e de la population, le Burundi manque de tout, à commencer par les carburants et les médicaments, fournis par les autres membres de l’East African Community. Pour retrouver un peu d’aisance financière, le pays mise donc à nouveau sur ses deux seules filières suffisamment organisées pour répondre au plus vite aux besoins actuels du pays : celles du thé et du café.

La théiculture fait vivre plus de 60 000 ménages dans les collines burundaises avec près de 10 000 hectares de plantations.

OTB

D’autant que, dans ces deux filières, les produits burundais jouissent d’une réputation qui a depuis longtemps dépassé les frontières du pays et même du continent. En matière de qualité, « les thés du Burundi sont classés parmi les deux premiers du continent, avec ceux du Rwanda, précise Emmanuel Ndayiziga, directeur commercial à l’Office du thé du Burundi (OTB). D’ailleurs, la reine Elizabeth II boit depuis quelques années de l’Ijenda » – du nom de la région où est implanté l’un des cinq complexes théicole de l’OTB.

Ce thé noir cultivé sur les hauts plateaux du centre du Burundi a depuis longtemps obtenu ses lettres de noblesse sur le marché aux enchères de Mombasa, au Kenya. Et le gouvernement burundais voudrait faire de ses arômes si caractéristiques la signature de toute la filière. Incontournable dans le paysage, avec près de 10 000 hectares (ha) de plantation, dont près de 80 % sont exploités par les villageois, la délicate feuille verte fait vivre plus de 60 000 ménages dans les collines. Elle est tout aussi essentielle pour les comptes de l’État en tant que première source de devises, avec une moyenne de 35 millions de dollars par an.

Modernisation, certification et plans marketing

Elle pourrait cependant tellement mieux faire, de l’avis même des pouvoirs publics qui semblent enfin avoir un plan de relance pour le secteur, sévèrement impacté par les années de crise. « L’objectif est de jouer à la fois sur la qualité et la quantité », explique Emmanuel Ndayiziga. Les zones d’extension sont en cours d’identification et l’OTB s’est engagé à moderniser et à faire certifier les cinq usines de ses unités de production (Buhoro, Rwegura, Teza, Tora et Ijenda).

L’Office compte faire de même avec une production qui s’est diversifiée. Au classique thé noir, qui représente l’essentiel des 11 000 tonnes (t) exportées chaque année par le pays, s’ajoute désormais un thé vert, déjà connu mais pas encore assez valorisé sur les marchés, tout comme le thé dit orthodoxe, de plus haut standing, particulièrement apprécié des Russes.

En plus de son thé noir très réputé, le pays mise depuis quelques années sur le thé vert, de plus en plus prisé à travers le monde.

OTB

« Le problème, reprend le responsable de l’OTB, est que leurs coûts de production sont élevés. » Et donc difficilement supportables pour une filière sans appui financier depuis cinq ans. Des plans marketing ont été conçus, afin de donner au « thé burundais » une identité forte. Ils vont de la marque unique à la recherche de partenariats passés en direct avec des acheteurs, comme Lipton.

Un arabica d’exception, à mieux valoriser

Mais avant tout, « il faut faire revenir les investisseurs étrangers », insiste Emmanuel Ndayiziga. Son homologue de l’Office pour le développement du café (Odeca), Emmanuel Niyungero, ne dit pas autre chose. Sauf que son secteur revient de plus loin encore, puisqu’aux troubles politiques, c’est ajouté le désintérêt manifeste de l’État pour sa filière caféicole pendant plus de dix ans. Créé en 2020, l’Odeca semble pouvoir compter sur le soutien financier des pouvoirs publics, notamment pour la remise en état des installations industrielles. En attendant l’arrivée des investisseurs privés.

Aujourd’hui, le Burundi exporte en moyenne 18 000 t/an de café vert, soit deux fois moins qu’au début des années 2000. Les superficies plantées ont été ramenées à 35 000 ha contre près de 60 000 ha il y a une quinzaine d’années. L’heure est donc « à la redynamisation de la filière », pour reprendre la formule d’Emmanuel Niyungero. Et, comme pour la théiculture, la stratégie consiste à s’appuyer sur la qualité établie du café burundais auprès des professionnels « pour gagner en visibilité auprès des consommateurs », souligne le responsable de l’Odeca. Celui-ci prévoit également d’ouvrir des espaces de représentation sur certains marchés ciblés, comme la Chine, la Russie ou encore le Royaume-Uni.

Plusieurs marques internationales haut de gamme mettent désormais en avant le café du Burundi.

KIBOKO

Pour conquérir sa place sur le marché international, tout en valorisant un arabica « qui pourrait être vendu le double de son prix », l’Office a pour objectif de renouveler son verger et de l’étendre, mais aussi de moderniser ses stations de lavage et ses usines de déparchage afin de retrouver les rendements d’antan.