Politique

Marocains résidant à l’étranger : le royaume déroule le tapis rouge

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Par - à Casablanca
Mis à jour le 7 juillet 2021 à 15:28

Aéroport Mohammed-V après la réouverture des vols, le 15 juin 2021. © JALAL MORCHIDI/Anadolu Agency via AFP

Billets d’avions à prix cassés, réductions dans les hôtels, nouvelles lignes maritimes subventionnées… le Maroc n’a pas lésiné sur les moyens pour favoriser l’arrivée de ses expatriés qui avaient hâte de passer leurs traditionnelles vacances d’été au pays.

Aéroport Mohammed-V à Casablanca. Le terminal des vols internes, flambant neuf, est noir de monde : une poignée de locaux, quelques touristes étrangers, mais surtout des Marocains résidant à l’étranger (MRE), beaucoup de MRE. Dans le fumoir, Brahim ne tient pas en place en attendant sa correspondance pour Oujda.

« Dieu merci, je suis au bled. Cela fait deux ans que je n’ai pas remis les pieds ici et j’avais hâte », lance le quinquagénaire installé en Angleterre depuis vingt-huit ans. « Jamais je n’ai passé plus de douze mois sans rendre visite à la famille. »

« Deux à trois semaines passées pendant l’été parmi les nôtres, c’est un rituel sacré », poursuit-il en se lançant dans une série de prières pour le roi Mohammed VI. « C’est Sidna, le souverain, qui fait en sorte que l’on reste attaché à notre pays. C’est notre ciment et il prouve à chaque fois que le Maroc reste attaché à ses citoyens où qu’ils soient dans le monde », assure Brahim qui a profité de toute la panoplie de réductions offertes cet été aux Marocains du monde.

Instructions royales

Le royaume a déroulé le tapis rouge à l’occasion de cette édition spéciale de l’opération « Marhaba » (bienvenue), dispositif déployé chaque année pour faciliter l’accueil de plus de deux millions de Marocains résidant à l’étranger qui passent la totalité ou une partie de leurs vacances dans le pays.

Le premier million de billets mis en vente a été écoulé en quelques jours

« Sa Majesté le Roi a ordonné à l’ensemble des intervenants dans le domaine du transport (…) de veiller à pratiquer des prix raisonnables qui soient à la portée de tous, ainsi que d’assurer un nombre suffisant de rotations afin de permettre aux familles marocaines à l’étranger de rentrer au pays et de renouer avec leurs familles et leurs proches, particulièrement dans le contexte de la pandémie de la Covid-19 », peut-on lire dans un communiqué du cabinet royal daté du 13 juin.

Quelques jours plus tard, la compagnie aérienne a dévoilé des tarifs imbattables pour les billets achetés par les MRE. « Le premier million de billets mis en vente a été écoulé en quelques jours. Les vols supplémentaires que nous avons mis en place ont été bookés en quelques heures. C’est un engouement inédit dans l’histoire de l’aviation civile », explique une source de la Royal Air Maroc (RAM).

Depuis le déclenchement de la crise sanitaire en mars 2020, la flotte de la RAM est restée clouée au sol quand elle n’a pas été tout bonnement retirée du circuit. La société publique gérée par Abdelhamid Addou comptait se refaire durant cette haute saison estivale, marquée par une reprise du trafic aérien à travers le monde avec l’allègement des restrictions de déplacement.

Des liaisons maritimes ont été renforcées ou créées avec les ports de Gênes, Marseille et Sète

Seulement, avec les instructions royales l’entreprise étatique a dû faire un effort et se contenter d’une compensation publique pour rentrer dans ses frais avec des tarifs dignes d’une grande braderie : 130 euros pour les vols en provenance d’Europe, 450 euros pour ceux en provenance d’Amérique du Nord.

Contourner l’Espagne

Si les hautes autorités du royaume ont encouragé le transport aérien des MRE, c’est aussi pour contourner l’Espagne, ce voisin du nord par lequel passe une majeure partie des MRE installés en Europe de l’Ouest, avant de traverser le Gibraltar.

La crise diplomatique déclenchée en avril dernier, sur fond de conflit du Sahara, n’a pas favorisé la relance du trafic maritime entre les deux pays, déjà immobilisé depuis la propagation de la pandémie de Covid-19.

Les MRE constituent un matelas de sécurité important en matière de réserves de changes

Des liaisons maritimes ont été d’ailleurs renforcées voire créées avec des ports européens comme Gênes, Marseille et Sète en plus d’autres ports portugais pour permettre le transport de ces Marocains habitués au voyage en famille à bord du « 504 break chargé » du Tonton du Bled. Mieux, les MRE qui choisissent cette option sont indemnisés pour alléger le coût de leur billet de ferry.

Le pays n’a pas lésiné sur les moyens pour assurer la réussite de cette opération. L’ensemble de ces subventions maritimes et aériennes est estimé à quelque 4 milliards de dirhams. Mais le jeu en vaut largement la chandelle. Les MRE constituent pour le royaume un matelas de sécurité important en matière de réserves de changes. Leurs transferts représentent près d’un tiers de celles du royaume, avec des montants frôlant les 70 milliards de dirhams.

En plus des acteurs du transport, les hôteliers marocains ont également mis en place un dispositif tarifaire préférentiel : 30 % de réduction sur les séjours des Marocains, qu’ils soient installés au pays ou à l’étranger.

« Nous avons pu afficher complet dès le premier week-end suivant cette annonce. Aujourd’hui, il n’y a pas une seule nuitée de libre jusqu’au 5 septembre », confie le directeur commercial d’un palace d’Agadir. Sur place, Adil qui vient des Pays-Bas sirote un thé à la menthe au bord de la piscine. « Il n’y a pas un goût comparable au thé du pays », lance-t-il.