Économie

PME africaines : il y a une meilleure façon de les financer

Mis à jour le 28 juillet 2021 à 17:46
Sidi Ould Tah

Par Sidi Ould Tah

Directeur général de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (Badea)

Incubateur de jeunes entreprises au Gabon, en 2018.

Créer une plateforme mondiale pour diffuser les bonnes pratiques en matière de soutien aux PME. C’est l’idée défendue par Sidi Ould Tah, le directeur général de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique (Badea).

Le rôle des micro-, petites et moyennes entreprises (MPME) dans l’essor économique des pays africains n’est plus à prouver. De fait, ces dernières sont au cœur des stratégies de développement de nombreux États au point qu’ils leur réservent un ministère dédié.

De plus en plus, les leaders africains participent activement aux événements du secteur privé soutenant l’entrepreneuriat et les MPME. Mieux encore, bon nombre d’entre eux se sont engagés à promouvoir les jeunes et les femmes entrepreneurs afin de libérer le potentiel d’innovation.

Or, la pandémie de Covid-19 met à rude épreuve les MPME, dont le nombre est estimé entre 85 et 95 millions sur le continent. Elles sont composées à 86 % de microentreprises comptant environ dix employés.

Objectif : 440 millions d’emplois en dix ans

C’est pourquoi l’Agence de développement de l’Union africaine (Auda-Nepad) a lancé en mai 2021 une campagne intitulée « 100 000 MPME » qui a pour objectif de créer un million d’emplois sur les trois prochaines années.

Cette initiative a pris de l’ampleur avec le soutien d’Ecobank et l’engagement de nombreux autres acteurs, dont la Badea. Elle doit permettre, une fois atteint son rythme de croisière, de générer 440 millions d’emplois en dix ans.

Pour apporter sa contribution, la Badea, qui a fait des MPME l’un des quatre piliers de la stratégie 2030, a déjà soutenu de nombreuses initiatives de promotion en rapport avec différents aspects de leur développement, dont la provision des financement par des institutions interposées, le développement des capacités et les plateformes de réflexion sur des thématiques précises.

Mettre sur pied des interventions calibrées et adaptées aux besoins des MPME, difficilement concevables en vase clos

Pour catalyser les efforts, la banque défend une initiative complémentaire : la création d’une coalition mondiale dans laquelle les principales parties prenantes, chacune sur la base de leurs avantages comparatifs, s’engagent à résoudre les défis auxquels sont confrontées les MPME.

Vision à 360 degrés

Déjà plébiscitée par un certain nombre d’acteurs de l’écosystème, une telle coalition – qui devrait être parrainée par un chef d’État – permettrait de fédérer des PME, des agences spécialisées des Nations unies, de l’Union africaine et des Communautés économiques régionales, mais aussi des institutions de développement, des banques, ou bien encore des entreprises spécialisées dans le crédit, les garanties et les assurances, des universitaires, sans oublier des think-tanks et des fondations.

L’action, via cette plateforme, assurerait une vision à 360 degrés synonyme de synergies. Elle contribuerait surtout à mettre sur pied des interventions calibrées et adaptées aux besoins des MPME, difficilement concevables en vase clos.

Par exemple, à la lumière des résultats des recherches académiques et des rapports des think-tanks, il apparaît que les philanthropes et les fondations peuvent canaliser leur soutien auprès des MPME à travers les institutions de garantie afin de sécuriser l’accès au financement auprès des banques commerciales.

Solutions ciblées

Par ailleurs, ce soutien peut être pertinemment dirigé vers le développement ou le renforcement des capacités à préparer des projets bancables et à se conformer aux standards internationaux afin d’accéder à de nouveaux marchés.

Des expérimentations ont également montré que les régulateurs sont aussi à même de mettre en œuvre des solutions ciblées afin de créer un environnement propice au développement des MPME.

Pour émerger, ce genre d’interventions requiert un cadre de dialogue et d’échange où les parties prenantes, sans entamer ni leur autonomie ni encore moins leur mission, peuvent s’informer des enjeux, des défis, des meilleurs pratiques et des possibilités d’initiatives conjointes.

C’est à ce titre qu’une coalition bien structurée s’impose comme facilitateur et catalyseur de synergies, afin de relever plus efficacement les défis des MPME et d’accélérer leur développement national et continental autant que global.