Politique

Togo : les réformes électorales au cœur des crispations entre pouvoir et opposition

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Par - à Lomé
Mis à jour le 7 juillet 2021 à 11:56

Faure Gnassingbé, au palais présidentiel à Lomé, en décembre 2017. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Le parti de Jean-Pierre Fabre menace de claquer la porte des discussions en cours sur les réformes électorales, affirmant ne pas être suffisamment entendu. Le parti de Faure Gnassingbé dénonce pour sa part une forme de « radicalisation » de l’opposition.

Le dialogue politique entamé à Lomé est-il condamné à l’impasse ? Sept mois après avoir été lancées, les discussions semblent en passe de se rompre entre le parti au pouvoir et l’opposition. Quant à savoir à qui en revient la faute, chaque partie accuse l’autre.

Dans un communiqué au vitriol, l’Unir, le parti du président Faure  Essozimna Gnassignbé, a dénoncé dans des termes peu amènes la volonté affichée par l’Alliance pour le changement (ANC), le parti de Jean-Pierre Fabre, de quitter le Cadre national des acteurs politiques (CNAP). Dénonçant une « politique de la chaise vide », le secrétaire exécutif du parti présidentiel, Atcholé Aklesso, accuse l’ANC de « radicalisation », « d’absence de cohérence » et de pratiquer « une forme de chantage ».

Fin de non-recevoir

Dans le viseur du parti au pouvoir, un courrier adressé par Fabre, le 27 mai dernier, à Payadowa Boukpessi, le ministre de l’Administration, chargé par le chef de l’État de conduire les discussions. Le patron de l’ANC y dresse la liste de ses récriminations. « Le rejet par le gouvernement de mesures qui, à l’évidence, doivent contribuer à la transparence des élections et empêcher la fraude, confirme, une fois encore, le manque total de volonté du pouvoir en place, d’assainir le cadre électoral de notre pays », écrit-il.

Il évoque notamment la fin de non-recevoir opposée à la demande formulée par l’ANC de refondre la composition d’une Commission électorale nationale indépendante (Ceni) qu’il juge « totalement déséquilibrée » pour atteindre une égalité de représentants du pouvoir et de l’opposition.

Lors de son dernier congrès, en octobre dernier, l’ANC avait pourtant affiché sa volonté de rompre avec la stratégie du boycott des élections et avec son refus de participer à toute instance de dialogue avec les autorités, qui avait coûté cher, politiquement, au parti de Fabre. Après avoir boycotté les législatives de décembre 2018, et vu la Coalition des 14 (C14) voler en éclats quelques mois plus tard, l’ANC promettait alors qu’on ne l’y reprendrait plus.

Le pouvoir veut discuter mais donne le sentiment de rechercher des complices

Sauf que cette nouvelle posture, initiée par un Jean-Pierre Fabre échaudé par son score d’à peine 5 % des suffrages exprimés lors de la présidentielle de février 2020, est très fortement contestée en interne. La fronde a été telle qu’à la mi-mai, le bureau politique de l’ANC a officiellement exclu les cadres de la fédération internationale Europe-Asie du parti. Ceux-ci faisaient en effet ouvertement campagne pour un congrès électif, avec l’objectif affiché de sortir Jean-Pierre Fabre. Ils réclamaient en outre de renouer de nouvelles alliances avec d’autres formations politiques, en contradiction frontale avec les axes défendus par la direction du parti, donc.

Espoir de reconquête

Si des voix dissonantes continuent de se faire entendre au sein de l’ANC, bien qu’en sourdine, la direction du parti a repris la main, et continue de miser sur son ancrage passé en espérant rebattre les cartes lors de la prochaine élection. C’est dans la perspective de ces espoirs de reconquête électorale qu’il faut lire le refus de l’ANC de se voir aujourd’hui associer au consensus que l’Unir tente de constituer. « Le pouvoir veut discuter mais donne le sentiment de rechercher des complices. Si le régime même demande des échanges, c’est qu’il y a des choses à corriger. Pourquoi maintient-il ce que nous contestons ? », a d’ailleurs insisté Jean-Pierre Fabre, lors d’une conférence de presse au siège de son parti, le 30 juin.

« Il y a certes de fortes divergences entre nous, mais elles ne doivent pas être un prétexte à abandonner les discussions. Au contraire, ce doit être les points d’attention à aborder par l’ensemble des acteurs en vue de dégager des solutions consensuelles », plaide un cadre du parti au pouvoir, qui dit espérer que Jean-Pierre Fabre ne mettra pas à exécution sa menace et renverra tout le monde à la table des discussions. Ce cadre de l’Unir le concède d’ailleurs, le retour de Fabre permettrait de montrer que « la volonté d’ouverture » affichée par le chef de l’État se traduit effectivement par un réel apaisement du climat politique.