Économie

Dette : retour du FMI au Burundi, petit PIB au fort potentiel

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Mis à jour le 29 juillet 2021 à 17:01

L’aéroport de Bujumbura, capitale économique du Burundi.

Le FMI vient de débloquer 78 millions de dollars pour soutenir une économie sinistrée après cinq ans de crise politique et de sanctions internationales. Mais, si l’ouverture du nouvel exécutif se confirme, le pays pourrait rapidement renouer avec la croissance. Décryptage.

La seule chose que l’on sait de l’économie du Burundi, c’est que l’on n’en sait pas grand-chose ! Le Fonds monétaire international (FMI) non plus, lui qui déclarait en juillet 2020 que « l’absence de consultations au titre de l’article IV depuis 2014 et les carences des données nuisent à la compréhension de l’économie et de la politique par les services du FMI ». Sept ans sans pouvoir ausculter les indicateurs macroéconomiques d’un pays ne permettent guère d’établir un diagnostic fiable sur sa santé, même si la Banque mondiale a maintenu un certain suivi macroéconomique.

La condamnation par la communauté internationale de la répression – que le régime a pratiquée à partir de 2015 contre son opposition – a isolé le pays. Les sanctions en résultant l’ont privé de l’aide vitale qui représentait la moitié des recettes de l’État. Les conséquences de la pandémie de Covid-19 ont fini de fragiliser une économie déjà à la peine, conduisant l’exécutif à solliciter l’aide du Fonds monétaire international (FMI). À l’issue d’une mission virtuelle qui s’est tenue du 23 juin au 26 juillet 2021, ce dernier a accordé, le 27 juillet, une enveloppe de 78 millions de dollars au titre de la facilité de crédit rapide (FCR).

Une économie étouffée

Comme le Burundi n’exporte que des produits non transformés et de faible valeur ajoutée (café, thé), la croissance a calé : + 1,6 % en 2018, + 1,8 % en 2019, + 0,3 % en 2020, selon la Banque mondiale qui ne prévoit qu’une reprise de + 2 % en 2021 (voir « Repères »). Or, la forte croissance démographique (quelque 3,2 % par an) excède ces piètres résultats et provoque un grave appauvrissement de la population. Celle-ci a vu chuter le produit intérieur brut (PIB) par tête de 16 % en cinq ans : il est tombé à 270 dollars en 2020, soit près de trois fois moins que celui des Rwandais voisins. Et plus de 70 % des Burundais vivent sous le seuil de grande pauvreté (1,90 dollar par jour).

Le Burundi est l’un des pays les moins développés du monde. Selon la Banque africaine de développement (BAD), le taux de chômage des jeunes s’élève à 65 %. Comme l’offre en électricité de 80 mégawatts (MW) ne parvient pas à satisfaire une demande de 120 MW, seulement 11 % de la population y a accès. Le taux d’inclusion financière est très bas, à 21,5 %. Le climat des affaires se dégrade d’année en année et une grande partie des marchandises consommées dans le pays sont importées, ce qui veut dire que le déficit commercial est important. Faute d’aide, les réserves en devises couvrent à peine un mois d’importations. Comme le souligne le professeur Léonidas Ndayizeye, de l’université du Burundi, « la rareté des devises pour un pays qui dépend fortement des importations étouffe l’économie et contribue à la hausse des prix ». Tout repose sur le budget de l’État qui, en manque de recettes, est contraint à creuser son déficit.

Jeune Afrique

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Dispositifs isolationnistes

Il n’était pas possible de continuer à faire payer à la population les turpitudes de ses dirigeants. Dès que des signes d’ouverture du pouvoir ont suivi l’accession à la présidence d’Évariste Ndayishimiye, en juin 2020, les bailleurs ont recommencé à ouvrir leur portefeuille. Le Japon a annoncé 30 millions de dollars pour réhabiliter le port de Bujumbura. Afin d’amortir la crise sanitaire et économique, la Banque mondiale a délivré un programme d’urgence Covid de 5 millions de dollars et un financement additionnel au système de santé de 54,6 millions. Le FMI a, lui, apporté 25 millions. Ce qui ne fait pas le compte avec des besoins (filets sociaux, infrastructures de santé et de communication) que le gouvernement a estimé à 150 millions de dollars.

Une franche reprise de l’aide et des investissements étrangers suppose que le pouvoir supprime ses dispositifs isolationnistes. Refusant de reconnaître la pandémie, il avait expulsé le représentant de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Après le décès de l’ancien président Pierre Nkurunziza, provoqué par le coronavirus, il n’était plus question de nier la réalité. Dans sa lettre d’intention adressée en 2020 au FMI, Domitien Ndihokubwayo, ministre des Finances, du Budget et de la Coopération au développement économique, a reconnu que « le Burundi n’a pas été épargné » par le virus.

L’apaisement est perceptible avec le Rwanda, le Kenya, l’ONU et l’Union européenne qui ne demandent qu’à commercer et apporter leur aide à un pays en souffrance, à condition qu’il prouve qu’il a mis bas les armes, au moins sur le plan international. Le mieux va-t-il persister ?

Thierry Vircoulon, chercheur associé à l’Institut français des relations internationales (Ifri) n’y croit guère. Les membres du gouvernement sont les mêmes généraux que sous Nkurunziza. « Il n’y a rien de neuf et l’élite de la société civile est en exil, analyse-t-il. Le Burundi recevra un peu plus d’aide, mais cela ne le fera pas sortir de son extrême pauvreté. Il n’a rien à offrir à part son secteur minier mais, vu sa gouvernance, celui-ci n’est pas attractif. Son gisement de nickel demeure un “éléphant blanc”. L’exploitation de ses “terres rares” restera modeste. Dans l’orbite de la Tanzanie, ils auront du mal à se défaire de leur isolationnisme. »

Tout autre est le point de vue de Véronique Kabongo, résidente de la Banque mondiale à Bujumbura. « Certes, la crise de 2015 s’est traduite par des déséquilibres importants qui ont été aggravés par la pandémie, dit-elle. Malgré les efforts du gouvernement pour investir dans les soins pour les mères et les enfants, l’indice de développement humain demeure au-dessous de la moyenne africaine. La moitié de la population a moins de 15 ans. L’emploi demeure un challenge. Le tableau semble sombre, mais il est possible de renverser cette tendance à la pauvreté. »

Renouer avec la décennie 2004-2014

Elle rappelle que, entre 2004 et 2014, le Burundi était l’un des grands pays réformateurs. Il affichait une croissance annuelle moyenne de 4 %, car il attirait les investisseurs en améliorant son climat des affaires. « Il s’agit d’une petite économie qui a un potentiel pour renouer avec la performance de la période 2004-2014. Pour cela, nous avons choisi de renforcer nos interventions, précise Véronique Kabongo. Notre portefeuille actuel est de 713 millions de dollars pour les projets nationaux et de 188 millions pour l’intégration régionale. Nous intervenons dans l’éducation, la santé, la protection sociale, l’énergie, l’environnement, l’agriculture, ainsi que le développement local et celui des PME. »

Le défi demeure, car les réformes ne font pas plaisir à tout le monde

Lors de la visite en juin 2021 à Bujumbura du vice-président de la Banque mondiale, Hafez Ghanem, il a été décidé de privilégier quatre priorités en partenariat avec les autorités. D’abord, soutenir le gouvernement dans son désir de réformes destinées à assurer la stabilité du cadre macroéconomique. Ensuite, contribuer à l’accès universel à l’énergie et au digital d’ici à la fin de la décennie. Sur le plan de la santé, combattre le retard de croissance des enfants de 0 à 5 ans, dont 54­ % grandissent « de façon insuffisante », soit l’un des taux les plus élevés du monde. Enfin, contribuer à l’autonomisation des femmes, notamment en s’assurant qu’elles restent bien scolarisées. « Nous sentons un souffle nouveau, conclut Véronique Kabongo. Mais le défi demeure, car les réformes ne font pas plaisir à tout le monde… »