Économie

Elon Musk : qui utilisera son service Starlink en Afrique ?

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Par - Envoyé spécial à Barcelone
Mis à jour le 8 juillet 2021 à 14:32

Elon Musk, propriétaire de SpaceX et PDG de Tesla, arrive sur le tapis rouge du prix Axel Springer pour les médias, à Berlin, en Allemagne, mardi 1er décembre 2020. © Hannibal Hanschke/AP/SIPA

Le milliardaire veut connecter la totalité du globe grâce à son offre d’accès à internet. À quelle clientèle en Afrique s’adresse ce service ?

Canadien depuis 1988, naturalisé américain depuis 2002, le natif de Pretoria, patron du constructeur de voitures électriques Tesla, et de la société de vol spatial SpaceX, aurait-il oublié les réalités économiques de son continent d’origine ? Lors d’une keynote qui s’est déroulée par visio-conférence le 29 juin au Mobile World Congress de Barcelone, l’entrepreneur à la triple nationalité a promu Starlink, sa constellation satellitaire, dont l’ambition est de couvrir en haut débit la totalité du globe d’ici à quelques mois.

Un service aux coûts élevés

Mais ce service qui nécessite de débourser 499 dollars (environ 420 euros) pour l’équipement (une parabole, un trépied, un câble d’alimentation et un routeur), puis 99 dollars chaque mois pour la connexion, semble très éloigné du pouvoir d’achat des Africains. D’autant que Musk promeut ce service de SpaceX comme une solution à même de connecter les zones non couvertes par la fibre optique ou les fréquences 3G et 4G.

Starlink peut représenter une solution rentable pour les réseaux backhaul des opérateurs télécoms

« Certains particuliers qui ne veulent pas que leur accès à internet soit suivi par les autorités locales, ou qui ont des demeures dans des zones non couvertes, s’abonneront à Starlink pour ne pas être connus par les opérateurs locaux, analyse un haut dirigeant d’opérateur panafricain. Les ONG, qui jusqu’ici utilisent beaucoup les liaisons VSAT (connexion satellitaire classique), pourraient aussi utiliser le service d’Elon Musk dans des zones reculées, dépourvues de 4G, 5G ou fibre », poursuit-il soulignant que le choix pris par le patron de 50 ans – appliquer le même prix partout – est loin de faire de la constellation un service grand public. 

À Barcelone, celui qui a gagné ses premiers millions grâce à la création puis à la revente du service de paiement en ligne Paypal, a donné d’autres pistes commerciales. « Starlink peut représenter une solution rentable pour les réseaux backhaul (réseaux intermédiaires permettant d’acheminer un signal radio satellitaire vers une antenne relai) des opérateurs télécoms. »

Problème pour les zones difficiles d’accès

À ce jour, la constellation satellitaire lancée en 2015 dispose de plus de 1 500 petits satellites positionnés en orbite proche (entre 300 et 500 kilomètres au-dessus de nos têtes) ce qui permet, selon la société située près de Los Angeles, de fournir une connexion haut débit comprise pour le moment entre 50 et 150 mégabits par secondes (Mbit/s) pour une latence de 20 à 40 millisecondes.  

En comparaison, une connexion 4G fournit un débit de 80 à 90 Mbit/s pour une latence de 50 millisecondes en moyenne. L’abonnement est annulable à tout moment sous condition de rendre le matériel sous trente jours – un délai qui là aussi peut représenter un problème dans les zones difficiles d’accès en Afrique.

En Afrique du Sud, Starlink sera considéré comme un fournisseur d’accès à internet (FAI) ayant la particularité d’utiliser comme réseau d’accès le satellite

Malgré ces limites, Starlink, qui est présidé par Gwynne Shotwell, ingénieure aéronautique et bras droit de toujours d’Elon Musk, a entamé des discussions avec les régulateurs nigérians et sud-africains afin d’obtenir des licences d’opérateur local. Au pays de Nelson Mandela, les pré-commandes sont déjà ouvertes et le service devrait être opérationnel en 2022.

Quelle régulation ?

« En Afrique du Sud, Starlink sera considéré comme un fournisseur d’accès à internet (FAI) ayant la particularité d’utiliser comme réseau d’accès le satellite », indique notre expert des télécoms. Cette situation devrait, selon lui, soumettre le service à deux régimes différents : celui des FAI et celui des opérateurs satellitaires comme Eutelsat, Intelsat, Arabsat ou autres. 

L’allocation des fréquences, elle, ne dépend pas du régulateur local mais de l’Union internationale des télécommunications (UIT). La demande peut néanmoins revenir au régulateur comme cela a été le cas en 2019 aux États-Unis. 

Déjà opérationnel dans une douzaine de pays dont les États-Unis, le Canada, l’Allemagne, la Pologne, la Nouvelle-Zélande et l’Australie, Starlink revendique 500 000 pré-commandes et 69 000 utilisateurs. Au Mobile World Congress, Elon Musk a également indiqué qu’il cherchait à investir 20 à 30 milliards de dollars dans le projet afin de poursuivre le lancement de satellites, et qu’un demi-million de clients étaient attendus au cours des douze prochains mois.