Politique

Burundi : le CNDD-FDD, plus tout-puissant que jamais

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Par - Envoyé spécial
Mis à jour le 19 juillet 2021 à 16:45

Meeting du CNDD-FDD dans la province de Rutana, le 10 avril 2021. © Twitter Révérien Ndikuriyo

Plus d’un an après la disparition de Pierre Nkurunziza et l’investiture d’Évariste Ndayishimiye, le parti présidentiel ne semble ni s’ouvrir ni vouloir changer de ligne… et continue de concentrer tous les pouvoirs.

En ordre de marche, derrière le chef. Rien n’a vraiment changé au sein du Conseil national pour la défense de la démocratie-Force de défense de la démocratie (CNDD-FDD) qui, depuis 2005, concentre les pouvoirs au Burundi. La révision constitutionnelle de 2018 – mettant fin aux obligations de concertation et d’inclusion de l’opposition – a encore renforcé son contrôle sur les institutions du pays, alors que la disparition inattendue, le 8 juin 2020, de l’ancien président Pierre Nkurunziza, n’a fait qu’élever davantage ce dernier dans le panthéon du parti, et donc de l’État, tant les deux semblent s’être confondus au fil des ans.

Le jour de sa mort est d’ailleurs devenu férié pour les Burundais, appelés à commémorer chaque année celui qui est très officiellement consacré « guide suprême du patriotisme », « en reconnaissance de son engagement pour la défense et la souveraineté nationale », comme le dispose la loi adoptée par le Parlement le 4 juin dernier.

Des vertus d’un saint

Prières et chansons à la gloire et en l’honneur du chef de l’État défunt se sont donc succédé, quatre jours plus tard, à Gitega, devenue en décembre 2018 la nouvelle capitale politique du pays. C’est là que repose la dépouille de Pierre Nkurunziza – désormais auréolé des vertus d’un saint. « Ceux qui ne s’associent pas aux célébrations d’aujourd’hui sont des suppôts du diable », a lancé le très pratiquant président Évariste Ndayishimiye (fervent catholique), lors de l’hommage qu’il a rendu à son prédécesseur (qui était évangélique) devant les principaux responsables du parti – donc, du pays –, au pied du monument (en cours de construction) à la gloire du grand homme.

Les mêmes se sont retrouvés à quelques kilomètres de là, le 18 juin dernier, cette fois pour célébrer le premier anniversaire de l’arrivée au pouvoir du nouveau chef de l’État, anciennement secrétaire général du CNDD-FDD d’août 2016 à janvier 2021. L’événement a duré trois jours, que le président a voulu consacrer à la prière plutôt qu’au discours. « Une nouvelle manipulation du fait religieux », selon les rares détracteurs du parti présents dans le pays. « Un événement national placé sous le sceau du rassemblement le plus large possible, dans un contexte de réconciliation nationale », corrige la garde rapprochée du chef de l’État. L’occasion en tout cas, pour le CNDD-FDD, de montrer une fois encore sa belle unité et de tordre le cou à certaines rumeurs de dissensions internes qui circulent à Bujumbura. Tensions supposées au sein de l’exécutif entre le président et son Premier ministre, conflits de personnes ou de générations… Autant d’on-dit balayés d’un revers de la main par Révérien Ndikuriyo, ancien président du Sénat et actuel secrétaire général (tendance « ligne dure ») du parti.

Les Imbonerakure sont toujours soupçonnés de contribuer à maintenir sous pression les collines

Ce dernier, pas plus que ces prédécesseurs, ne comprend l’obstination de la communauté internationale à voir dans les Imbonerakure autre chose que le mouvement des jeunes du CNDD-FDD. Accusés de toutes les violences commises en 2015 et les années suivantes, ils sont toujours soupçonnés de contribuer à maintenir sous pression les collines. « Il arrive parfois qu’ils travaillent aux côtés des forces de police pour maintenir l’ordre », concède Révérien Ndikuriyo. Lequel préfère retenir qu’« au Burundi, il n’existe pas un mètre carré où règne l’insécurité ».

Rester dans le rang

Au point de donner l’impression à de nombreux observateurs internationaux de militariser le pays aussi vite que le parti. Mieux vaut, en effet, rester dans le rang au CNDD-FDD. Jusqu’à présent, ce dernier a été capable de survivre à toutes les frondes, notamment à celle de 2015, où quelques-uns des rares caciques à oser claquer la porte du parti ont vite saisi la première opportunité pour la rouvrir.

Depuis la permanence du parti, à Gitega, la ligne à suivre est simple pour Révérien Ndikuriyo : « Elle s’inscrit dans la continuité de ce qui a été réalisé jusqu’à présent. » Aujourd’hui, cette ligne est incarnée par Évariste Ndayishimiye, dauphin et véritable « héritier » (samurarwa, en kirundi), puisque le guide suprême en personne l’avait choisi, dès 2019, pour lui succéder. Ce qui ne dédouane pas le chef de l’État de devoir composer avec le premier cercle du CNDD-FDD, dont certains membres sont très attentif à ses désirs affichés d’ouverture et de lutte contre la corruption qu’ils sont loin de partager. « Ayant passé plusieurs années à la tête du parti, le président a eu la main sur toutes les nominations. Il devrait donc être en mesure de s’imposer », veut cependant croire un diplomate étranger. Même si pour l’instant, Évariste Ndayishimiye doit essentiellement se contenter de s’inscrire dans les pas de celui qui l’a précédé.