Défense

Des pirates condamnés par la justice, une première au Togo

| Par - à Lomé
Mis à jour le 05 juillet 2021 à 22h22
Lors d’un exercice anti-piraterie entre les marines françaises et togolaises, en mai 2017.

Lors d'un exercice anti-piraterie entre les marines françaises et togolaises, en mai 2017. © DR / Marine nationale

Le procès de neuf pirates, qui s’est tenu ce lundi au Togo, est le premier du genre. Les accusés présents lors de l’audience ont été condamnés à des peines allant de 12 à 15 ans de prison.

Ils sont neuf, assis sur trois rangés face aux juges de la cour d’assises de la cour d’appel de Lomé, où leur procès a démarré ce lundi. Le visage à moitié caché par les masques de rigueur en cette période de pandémie, les prévenus, sept Nigérians et deux Togolais, comparaissent pour « piraterie », « violences volontaires » et « association de malfaiteurs ». Ils risquent jusqu’à 20 ans de prison. La tête baissée, ils se sont tus pendant la plus grande partie de l’audience, échangeant parfois quelques mots chuchotés.

Les neufs hommes présents – ainsi qu’un Ghanéen, à l’encontre duquel un mandat d’arrêt international a été émis, et qui sera jugé par contumace – sont accusés d’avoir participé à la tentative de détournement du tanker G-Dona 1, un navire appartenant à un armateur béninois, dans la nuit du 11 au 19 mai 2019. Le bateau se trouvait dans la zone de mouillage togolaise lorsque l’assaut a été lancé. Une fois parvenus à bord, les assaillants ont menacé l’équipage – cinq Ghanéens, un Béninois et un Nigérian – pour tenter de détourner le bateau.

Tirs de sommation

Alerté par ses mouvements inhabituels, le Centre des opérations de la Marine nationale togolaise a tenté d’entrer en contact avec le G-Dona 1. Lors de l’audience de ce lundi, consacrée à la présentation des charges qui pèsent à l’encontre des prévenus, le procureur Garba Gnambi Kodjo a affirmé qu’il détenait des enregistrement audio de la conversation entre les agents de la Marine nationale et l’un des membres de l’équipage. Selon l’accusation, ce dernier aurait assuré, sous la menace, que les mouvements suspects étaient dus à des travaux d’entretien. Mais l’explication n’aurait pas convaincu les autorités togolaises, qui ont immédiatement lancé une opération militaire.

Le gang n’aurait pas hésité à braquer des armes sur l’équipage et le capitaine

Une vedette rapide et deux patrouilleurs transportant des commandos de la Marine nationale ont été lancés à la poursuite du tanker. « Nous avons procédé à plusieurs tirs de sommation en direction du navire, avant que les pirates ne décident d’obtempérer », a rapporté un officier venu témoigner à la barre. Selon lui, les pirates se sont ensuite « cachés dans un compartiment du navire » avant de « se rendre ». Pour appuyer ses dires, le procureur a en outre diffusé des images satellites montrant les mouvements inhabituels du navire ainsi que des images de l’assaut mené par les commandos de marine.

Le « cerveau » nie

Sur le banc des accusés, face au juge Dindangue Kominte qui les pressait de questions, seul un Togolais a plaidé coupable. Les autres, après avoir reconnu les faits pendant l’instruction, ont tous nié à la barre avoir participé cette nuit-là à un acte de piraterie. À en croire Peter Paul, un Nigérian présenté par l’accusation comme le « cerveau » de l’opération, lui et ses acolytes étaient bel et bien à bord du navire, mais dans le cadre d’un achat de carburant, pour lequel ils avaient spécialement loué une pirogue à une compagnie togolaise.

Les mouvements inhabituels du G-Dona 1 n’auraient été provoqués que par les opérations destinées à transvaser le carburant depuis le tanker jusque dans les bidons amenés à bord de la pirogue… Sauf que les enquêteurs affirment n‘avoir trouvé aucun bidon dans le bateau des prévenus.

Surtout, la version de Peter Paul contraste singulièrement avec celle donnée par les membres de l’équipage au cours de l’instruction. Selon eux, le gang a pris possession de la passerelle et n’a pas hésité à braquer des armes sur l’équipage et le capitaine, le forçant notamment à changer de cap.

Confronté à la recrudescence de la piraterie dans le Golfe de Guinée, devenu ces dernières années la zone maritime la plus dangereuse du monde, Lomé a largement renforcé leur arsenal pénal. Mais jusqu’à présent, aucun pirate n’avait été poursuivi au Togo.

Les neuf prévenus dont le procès s’est tenu ce lundi risquaient vingt ans de prison ferme. À l’issue de l’audience, le tribunal a été particulièrement sévère à l’encontre de Peter Paul. Le « cerveau » du gang de pirates a été condamné à 15 ans de prison ferme, peine assortie d’une interdiction de séjour de cinq ans sur le territoire togolais et d’une amende de 50 millions de F CFA.

Six autres membres de l’équipe qui avait lancé l’assaut sur le G-Dona 1 en mai 2019 ont été condamnés à 12 ans de prison ferme, avec 5 ans d’interdiction de séjour pour les étrangers ou la privatisation des droits civique pour les Togolais. Chacun d’entre-eux devra en outre s’acquitter de 25 millions de F CFA au titres des dommages et intérêts. Un seul des prévenus présents a été acquitté : le ressortissant togolais chez qui la pirogue ayant servi à mené l’opération avait été louée.

Le Ghanéen, toujours en fuite, a pour sa part été condamné par contumace à 20 ans de prison et une amende de 50 millions de F CFA. Tous disposent désormais de huit jours pour se pourvoir en cassation.

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