Politique

Burundi-Rwanda, un nouveau chapitre ?

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Mis à jour le 13 juillet 2021 à 15:54
Olivier Caslin

Par Olivier Caslin

Spécialiste des transports et des questions économiques multilatérales. Il suit également l'actualité du Burundi, de Djibouti et de Maurice.

Albert Shingiro, ministre des Affaires étrangères du Burundi (g.), et son homologue rwandais, Vincent Biruta. © DR et Simon Wohlfahrt / AFP

Les relations, déjà compliquées, avec le Rwanda s’étaient dégradées en 2015. Mais ces derniers mois, les deux voisins semblent bien résolus à s’engager sur la voie de l’apaisement.

« On ne choisit pas ses voisins. Bons ou mauvais, il faut apprendre à vivre en paix et en harmonie avec eux », rappelait fin juin dans son bureau Albert Shingiro, le ministre burundais des Affaires étrangères. Hasard ou coïncidence, lors d’une conférence organisée à Kigali en septembre 2020, Paul Kagame, le président rwandais, avait lui aussi souhaité « vivre en harmonie avec les pays voisins », citant précisément le Burundi. Les deux pays n’en sont pas restés au stade des bonnes intentions.

Ils ont même entamé ces derniers mois une tentative de rapprochement aussi spectaculaire que rapide. À la surprise générale, Albert Shingiro et son homologue rwandais, Vincent Biruta, se sont retrouvés le 20 octobre 2020 au poste-frontière de Nemba-Gasenyi, en territoire rwandais mais, semble-t-il, sur initiative burundaise.

Premier signe de détente

Plus significative encore est la visite, rendue le 1er juillet à Gitega, par Édouard Ngirente, Premier ministre du Rwanda, au président burundais, Évariste Ndayishimiye. Les quelques heures qu’ont duré ces toutes premières rencontres officielles depuis 2015, entre les deux frères ennemis, n’ont évidemment pas permis d’aplanir les nombreux différends qui les opposent. Les déclarations sont à chaque fois restées des plus laconiques, mais tous s’accordent pour parler de « l’ouverture d’un nouveau chapitre » qui viendrait clore celui, houleux et délétère, de ces cinq dernières années, chaque camp accusant l’autre d’abriter des forces hostiles à son propre pouvoir.

Depuis quelques mois déjà, sans doute le temps de réaliser que les putschistes burundais qu’il hébergeait se révèlent plus encombrants qu’utiles, le Rwanda semble vouloir apaiser les relations avec son voisin. À défaut de toute possibilité de dialogue avec Pierre Nkurunziza, Paul Kagame a rapidement tendu la main à son successeur, Évariste Ndayishimiye, qui n’a pas voulu la saisir. Trop tôt certainement, pour ce dernier et pour les généraux qui l’entourent.

Le nouveau président burundais snobe d’ailleurs le sommet régional virtuel sur la sécurité, organisé par le Congolais Félix Tshisekedi début octobre 2020. Toutefois, depuis plusieurs semaines, ses services de renseignement ont déjà pris langue avec leurs homologues rwandais. Comme un premier signe de détente envoyé par l’appareil sécuritaire depuis Gitega vers Kigali, qui y répond en autorisant le rapatriement de quelques milliers de réfugiés frontaliers et en coupant le micro des radios burundaises qui émettaient depuis son sol.

Changement de cap amorcé

L’intensification de la chasse aux Hutu génocidaires des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) ces dernières semaines, dans la forêt de la Kibira, confirme qu’un changement de cap est bien amorcé des deux côtés et que la voie de la normalisation n’est plus forcément impénétrable, même si elle reste avant tout sécuritaire. « Dans l’intérêt de tous », soulignait Paul Kagame dans son discours de septembre 2020.

Au point qu’aucun des deux gouvernements n’a jugé bon de commenter officiellement le bref accrochage survenu en février dernier entre quelques éléments de leurs armées respectives alors à la poursuite des rebelles du FDLR, malgré les six blessés burundais. « C’est la logique qui nous guide dans nos relations avec le Rwanda », concluait Albert Shingiro il y a quelques semaines. Les deux camps semblent être arrivés au bout de celle qui a été la leur depuis cinq ans pour inaugurer une diplomatie du « donnant-donnant », laquelle semble pour l’heure satisfaire les deux capitales. En attendant l’harmonie.