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Cet article est issu du dossier «Sénégal : Dakar, la grande métamorphose»

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Culture

Sénégal : quand Dakar honore les cultures urbaines

| Par - à Dakar
Mis à jour le 06 septembre 2021 à 15h31
De g. à d., les rappeurs Fou Malade et Didier Awadi aux côtés d’Amadou Fall Ba, le 23 juin 2021, à la Maison des cultures urbaines de Dakar.

De g. à d., les rappeurs Fou Malade et Didier Awadi aux côtés d’Amadou Fall Ba, le 23 juin 2021, à la Maison des cultures urbaines de Dakar. © Sylvain Cherkaoui pour JA

Du slam au skateboard, en passant par le graff et le deejaying, la ville de Dakar et l’État sénégalais ont hissé les cultures urbaines au rang d’art majeur, en leur érigeant une maison, une place et des équipements de classe internationale.

À l’occasion des Jeux olympiques qui se tiendront à Paris en 2024, deux sports atypiques feront leur apparition sur la liste, déjà longue, des disciplines homologuées aux JO : le skateboard et la breakdance. Une consécration pour ces étendards des cultures urbaines, au risque de faire se retourner dans sa tombe le baron Pierre de Coubertin (1863-1937), rénovateur français de l’olympisme, à qui l’on prête abusivement cette devise, en réalité apocryphe : « L’important n’est pas de gagner mais de participer. »

À Dakar, au pied des collines des Mamelles, dans le quartier de Ouakam, Amadou Fall Ba revient sur cette évolution inédite qui, dans la capitale sénégalaise, aura accouché de deux projets dédiés. D’un côté, un skatepark, encore en construction, qui devrait voir le jour à Grand Yoff à la fin de 2021. De l’autre, la Maison des cultures urbaines (MCU), où le quadragénaire, qui en assure la coordination, a reçu Jeune Afrique à la mi-juin.

Rap, sports et vidéo

Depuis 2014, Amadou Fall Ba est chargé de mission au cabinet du maire de Dakar (Khalifa Sall, puis Soham El Wardini), en charge des cultures urbaines. « Un mouvement artistique et culturel qui puise son origine dans le hip-hop », explique-t-il, et qui mêle notamment la musique (rap en tête), la poésie (le slam), la danse, le street-art et les sports urbains.

Né à Ouakam et ayant longtemps œuvré dans la banlieue populaire de Pikine, Amadou Fall Ba est le fondateur du Festival international de hip-hop et de cultures urbaines (Festa2H), qui affiche 15 éditions. Fait chevalier des Arts et Lettres de la République française en 2019, il est également – avec le musicien Matador, du groupe Wa BMG 44 – à l’origine de l’association Africulturban, qui a accouché du Flow Up, un tremplin pour les talents hip-hop du Sénégal.

« En 2016, j’ai fait des rencontres fructueuses avec des interlocuteurs qui intervenaient dans l’univers des sports et des arts urbains, relate-t-il. C’est là que le projet du skatepark est né. » Avec son équipe, et l’appui de la mairie de Dakar, Amadou Fall Ba déniche des partenaires : l’Institut français de Paris, via le programme Liaisons urbaines, la Fondation Edmond de Rothschild, la Cité de l’architecture de Paris… Pour le projet de skatepark, un terrain adapté est déniché dans la commune de Grand Yoff. La maîtrise d’ouvrage est assumée par la MCU, et le chantier confié à Constructo, une société marseillaise spécialisée dans ce secteur.

« Le placement en détention du maire Khalifa Sall, au début de 2017, a retardé de deux ou trois ans l’aboutissement du projet », déplore Amadou Fall Ba. Mais avec les financements de la ville (122 000 euros) et de l’Association internationale des maires francophones (150 000 euros), le skatepark finira par sortir de terre au cours des prochains mois. À la suite d’un appel d’offres, l’architecte Carole Diop et le designer Bibi Seck ont été choisis pour en piloter la conception.

Conçu par l’architecte Carole Diop et le designer Bibi Seck, le skatepark de la Maison des cultures urbaines de Dakar devrait être opérationnel d’ici à la fin de 2021.

Conçu par l’architecte Carole Diop et le designer Bibi Seck, le skatepark de la Maison des cultures urbaines de Dakar devrait être opérationnel d’ici à la fin de 2021. © DR

JO de la jeunesse

En attendant cette nouvelle réalisation, la MCU a pris de l’ampleur et a diversifié la gamme de ses activités :  rap, danse, graffiti, deejaying, veejaying, montage et gestion de projets culturels, marketing culturel, musique et vidéo par ordinateur, photographie, scénographie urbaine, sérigraphie, mode et streetwear, etc. Face à ce foisonnement, l’État sénégalais n’est pas resté en marge, même si la relation entre la présidence de la République et la municipalité de la capitale, du temps de l’ex-maire Khalifa Sall, a été parfois houleuse.

« À la MCU, nous sommes soutenus par le ministère de la Culture, précise Amadou Fall Ba. Nous n’avons pas de problèmes avec l’État, nous estimons que ces projets sont de nature à l’inspirer. Lors de discussions avec le président Macky Sall, nous avons ainsi suggéré de construire un skatepark national à Diamniadio en vue des Jeux olympiques de la jeunesse, initialement prévus au Sénégal en 2022, mais finalement repoussés à 2026. »

Depuis les World Roller Games, en 2017, le Sénégal s’est distingué dans la discipline, où Awa Baldé et son compatriote Dame Fall ont accumulé les titres mondiaux. « Aujourd’hui, on dénombre plus de 20 compagnies de rollers dans la capitale », précise Amadou Fall Ba.

Épaulé par des représentants éminents des cultures urbaines, comme Didier Awadi, Fou Malade, Matador, Pindra, Simon, Docta ou Gacirah Diagne – à travers l’association Urban Culture Consulting –, Amadou Fall Ba peut donc mesurer le chemin parcouru au cours de la dernière décennie. « Nous ne défendons ni les intérêts de Macky Sall ni ceux de Khalifa Sall, mais uniquement la promotion des cultures urbaines, conclut-il. Et les autorités n’ont eu d’autre choix que celui de collaborer. »

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