Politique

Algérie : un gouvernement sur mesure pour Tebboune ?

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Par - à Alger
Mis à jour le 5 juillet 2021 à 17:37

Le président algérien au Palais présidentiel, à Alger. © Farouk Batiche / PPAgency/Sipa

Les résultats des législatives ne devraient pas bouleverser la composition de l’équipe gouvernementale et laissent au président une certaine latitude dans ses choix. Quels sont les ministres qui devraient rester en place ?

L’attente est longue pour de nombreux aspirants à une nomination de ministre, suspendus à leur téléphone. Le nouveau Premier ministre algérien, Aymen Benabderrahmane, installé à son poste le 30 juin par le chef de l’État Abdelmadjid Tebboune, dispose de quelques jours pour finaliser une liste exhaustive des membres de son gouvernement.

Mais la promotion de l’ex-ministre des Finances au rang de Premier ministre a déjà permis d’esquisser les contours du futur exécutif. Les hommes du président seront, probablement, préservés, avec peut-être un subtil échange de rôles.

Le changement sera probablement perceptible pour les portefeuilles moins stratégiques

Selon la tendance des tractations en cours, la balance penche pour le maintien de Sabri Boukadoum au poste de ministre des Affaires étrangères, en raison de sa gestion estimée « qualitative » des  dossiers sensibles, en particulier du conflit libyen, dans un climat de vives tensions aux frontières algériennes.

Zeghmati devrait « survivre »

Très actif sur la scène internationale, l’actuel ministre des Affaires étrangères a participé récemment à la réunion du G20, a œuvré à la consolidation des relations algéro-syriennes en même temps qu’il a multiplié les rencontres avec ses homologues de pays européens, américains et africains.

Le ministre de la Communication, Ammar Belhimer, pourrait aussi conserver son portefeuille, afin de parachever les chantiers en cours : la réorganisation du secteur des médias, la structuration et l’instauration d’un cadre règlementaire de la presse électronique et la réforme de la loi sur la publicité institutionnelle.

Bien que fortement contesté par l’opinion publique pour sa gestion à la hussarde du département de la justice, Belkacem Zeghmati « survivrait » au changement de l’exécutif, tout comme son collègue de l’Intérieur, de l’Aménagement du territoire et des Collectivités locales, Kamel Beldjoud. Mohamed Arkab, qui a engagé de multiples projets dans le domaine de l’énergie et des mines, compte parmi les potentiels ministres qui seront reconduits dans leurs fonctions.

Le changement sera probablement perceptible pour les portefeuilles moins stratégiques. Le chef de l’État consentirait à confier leur gestion à des ministres partisans, sous réserve de contrôler de bout en bout les nominations.

Les députés indépendants ont fait « allégeance » au chef de l’État

« Il nous a été demandé de proposer une liste de 27 noms et eux (l’équipe de la présidence, ndlr) choisiront 4 ou 5 noms. Nous n’avons même pas la possibilité de choisir les ministères ou les noms qui seront retenus », a dénoncé le président du MSP, Abderrazak Makri, dans une conférence de presse qu’il a animée mercredi 30 juin.

Sans islamistes mais avec les indépendants

Le parti d’essence islamiste a décidé de ne pas participer au prochain gouvernement sur lequel il n’aura aucune influence. À ses hôtes, qu’il a reçus au palais d’El Mouradia en audience bilatérale dans le cadre des consultations d’usage autour de la composition du gouvernement, le président algérien a clairement exprimé ses intentions : le Premier ministre et son équipe seront chargés d’exécuter son programme décliné en 54 points. « Le président nous a signifié que celui qui veut être dans le gouvernement doit adhérer à son programme électoral », révèle Abderrazak Makri.

L’absence de majorité franche à l’Assemblée issue des législatives anticipées du 12 juin 2021 offre certes au premier magistrat du pays une large marge de manœuvre dans la sélection des membres de l’exécutif, en prenant en compte les scores enregistrés par le FLN (98 élus), les indépendants (88 élus), le MSP (65 députés), le RND (58 élus), le front El Moustakbal (48 élus) et El Bina (39 élus).

Même si le FNL bénéficie d’une implantation ancienne, ses liens avec le président déchu Bouteflika et l’incarcération de plusieurs de ses membres dirigeants dans le cadre des affaires de corruption l’ont fortement pénalisé lors du dernier scrutin. Si le secrétaire général du FLN Abou El Fadel Badji semble croire au retour en force de son parti, ce dernier a toutefois perdu 61 sièges par rapport à la législature précédente et ne sera donc pas en position de force pour négocier une place prépondérante au sein du gouvernement.

Le scénario qui se dessine est plutôt celui d’une alliance présidentielle. Quelques jours après la proclamation des résultats définitifs du scrutin par la Cour constitutionnelle, et sans attendre l’installation de l’Assemblée nationale prévue le 7 juillet, les députés indépendants ont fait « allégeance » au chef de l’État, rapidement suivis par le FLN et le RND.

« Nous appelons tous les indépendants à rejoindre cette initiative pour préserver la stabilité du pays et participer à son développement », ont ainsi appelé trois députés indépendants de la wilaya de Bordj Bou Arréridj le 16 juin, un premier pas vers la formation d’un bloc parlementaire pro-Tebboune.