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La peste, encore

Comment cet antique fléau épidémique est-il réapparu, en janvier 2005, à Damaseke, en République démocratique du Congo ? Cherchez le rat

Les médias en ont peu parlé. Et pourtant, la peste, fléau légendaire, a attaqué en janvier 2005 un camp de chercheurs de diamants, atteignant 130 personnes et en tuant 57 (44 %). Pourquoi ce silence ? Parce que c’était en République démocratique du Congo ?(et non à la Réunion). Parce que l’épidémie a été remarquablement maîtrisée grâce au personnel local, à Médecins sans frontières et à l’équipe technique de l’Organisation mondiale de la santé.

Que s’est-il passé ? La découverte de diamants à Damaseke a attiré dans cet endroit isolé environ 7 000 personnes obnubilées par la recherche de la pierre précieuse et vivant dans des conditions sanitaires effrayantes et une extrême promiscuité. Dans cet environnement, la peste est apparue dans sa forme la plus redoutable, la peste pulmonaire : mortelle?à 100 % en l’absence de traitement et terriblement contagieuse, directement d’homme à homme, ?par la salive ou ses gouttelettes projetées (postillons). Selon les règles, les malades ont été isolés et traités par antibiotique (gentamicine), ?le personnel sanitaire a été revêtu d’équipements individuels de protection. Trois cent soixante-trois personnes ayant été en contact avec les malades ont été également isolées, traitées et surveillées.?Il y a eu, cependant, 25 morts parmi elles. ?La plupart des chercheurs de diamants fuyaient la région. Mais celle-ci était tellement isolée que les malades mouraient avant d’atteindre une agglomération. Et l’épidémie s’est arrêtée.
Deux autres formes de peste existent. ?La forme septicémique (peste noire), également mortelle à 100 %, a été observée chez deux personnes. La forme bubonique, la moins grave (40 % à 70 % de mortalité) n’est pas apparue dans cette épidémie. Mais les antibiotiques sont efficaces dans toutes les formes si on traite précocement.
Cette « victoire » sur la peste contraste avec la terreur que la maladie a inspirée dans l’Histoire. Quand elle faisait des millions de morts jusqu’au XIXe siècle, on n’en connaissait rien : ni la cause (des « miasmes »), ni la transmission, ni le germe, ni, évidemment, le traitement.

Puis, en quarante ans, tout a été découvert. C’est une belle histoire médicale. En 1894, Alexandre Yersin, en service à Hanoi (dans l’ex-Indochine), se rend à Hong Kong, où sévit la peste. Il ponctionne des cadavres, travaille dans une cabane et découvre le germe responsable qu’on appellera le bacille de Yersin (Yersina pestis). En 1898, Paul-Louis Simond est envoyé par l’Institut Pasteur à Karachi (Pakistan), où l’épidémie flambe ; il découvre que les rats sont porteurs du bacille et que celui-ci est transmis, de rat à rat ou du rat à l’homme, par les puces du rongeur. ?En 1933, à Madagascar, Georges Girard et Jean Marie Léopold Robic mettent au point un vaccin dont ils font les premiers essais sur eux-mêmes ; étendu à toute l’île, ce vaccin réduit le nombre ?de cas, qui de 4 000 par an en 1933 passe à 50 en 1968. Il est vrai que, dans les années 1950, la streptomycine s’était révélée très efficace contre le bacille et que la lutte contre les puces et les rats avait progressé.
Comment cet antique fléau épidémique est-il réapparu à Damaseke ? Probablement à partir de foyers résiduels situés à quelques centaines de kilomètres et d’où seraient venus des chercheurs de diamants contaminés. On se demande avec inquiétude ce qui surviendrait si un rat infecté arrivait dans une grande ville où d’autres rats (et leurs puces) prendraient le relais. Les bidonvilles, avec leurs populations entassées et les décharges d’ordures fréquentées par les rats et, hélas ! par les hommes sont des conditions idéales pour que se développe une épidémie de peste. D’où la réunion internationale sur la peste qui s’est tenue du 7 au 11 avril 2006 à Madagascar.

P.S. : Cet article a bénéficié des conseils et de la publication du Dr Éric Bertherat (Médecine tropicale 2005, 65 : 511-514), du Département OMS de réponse aux épidémies.

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