Économie

Recettes pétrolières : le Tchad perd 1 million d’euros par jour

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 2 juillet 2021 à 11:08

Grâce aux revenus du pétrole, le Tchad a multiplié les projets d’infrastructures dans le pays. Pas nécessairement à bon escient. © Réussite

Face à la pandémie, le gouvernement a allégé la fiscalité, engendrant un important manque à gagner pour le Trésor public, déjà exsangue.

« Malgré la hausse de volume des exportations et le cours du Brent, les recettes pétrolières diminuent par rapport au premier trimestre 2020 », a indiqué l’Observatoire tchadien des finances publiques dans une note sur le service pétrolier publiée le 29 juin.

Les recettes pétrolières ont diminué de -68,4 % entre le premier trimestre 2020 et le premier trimestre 2021  –passant de 102 milliards de F CFA (156 millions d’euros) à 32,2 milliards de F CA (49 millions d’euros). Cela représente un manque à gagner d’environ 107 millions d’euros sur trois mois, soit 1,2 million d’euros par jour en moyenne, pour l’État tchadien durant cette période.

Par ailleurs, rappelle l’Observatoire, qui dépend du ministère des Finances et du Budget, le cours moyen du Brent était de 60,82 dollars au premier trimestre 2021 contre 50,43 dollars un an plus tôt, soit une progression de +20,6%.

Allégements fiscaux

La baisse des recettes est la conséquence des allégements fiscaux décrétés par N’Djamena pour soutenir l’économie en réponse à la crise du Covid-19. « Cette diminution est en lien avec la baisse de l’impôt sur les sociétés causée par la crise sanitaire mondiale en début de l’année 2020, malgré la hausse de volume des exportations et du cours de Brent », ajoute l’observatoire.

Les recettes tirées des impôts sur les sociétés pétrolières ont baissé de – 46 %

L’État a ainsi réduit de moitié plusieurs prélèvements pour six mois en avril 2020 et prolongé ces mesures d’un semestre supplémentaire en octobre.

Dans le détail, les recettes tirées des impôts sur les sociétés pétrolières ont baissé de – 46 % à 22 milliards de F CFA, tandis que la redevance sur la production et le dividende (52 milliards de F CFA au premier trimestre 2020) n’a pas été perçue au titre des trois premiers mois de cette année.

Par ailleurs, en dépit du manque à gagner lié aux exonérations fiscales, le gouvernement doit rembourser sa dette auprès de la société minière et de négoce Glencore – qui représente près d’un tiers de ses encours extérieurs.

Selon les chiffres de l’Observatoire tchadien des finances publiques, les créances dues par N’Djamena au trader basé en Suisse ont atteint 32 millions de dollars au premier trimestre 2021, dont 25 millions de dollars de principal et 7 millions de dollars d’intérêts.

Rembourser la dette

Le gouvernement table toutefois sur une hausse des encaissements sur l’ensemble de l’année, avec 346 milliards de F CFA de recettes pétrolières attendues pour 2021, provenant à moitié des versements des compagnies et à moitié des ventes directes à l’export.

N’Djamena parie également sur un rebond des impôts sur les bénéfices à 141 milliards de F CFA sur l’ensemble de l’année, ils avaient reculé de moitié sur un an à seulement 22 milliards au premier trimestre 2021.

Ces nouvelles entrées d’argent frais seront d’autant plus nécessaires qu’en plus des incitations fiscales, le gouvernement a dû sortir le chéquier pour soutenir l’économie pendant la pandémie.

Feu le président Idriss Déby Itno avait annoncé l’an dernier le paiement d’une partie des arriérées dus aux entreprises privées (110 milliards de F CFA sur les 1 000 milliards estimés), ainsi que la création d’un fonds pour faciliter l’octroi aux jeunes de prêts bancaires garantis par l’État à hauteur de 70 % (30 milliards de F CFA).

Pour réduire la pression sur sa trésorerie et relancer l’économie, le Tchad a demandé la restructuration de sa dette dans le cadre de l’initiative « cadre commun » mise en place entre le Club de Paris et le G20.

Par ailleurs, en janvier, le FMI et N’Djamena ont conclu un accord dans le cadre de la Facilité élargie de crédit et du Mécanisme élargi de crédit portant sur 560 millions de dollars sur quatre ans.