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Cet article est issu du dossier «Sénégal : Dakar, la grande métamorphose»

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Architecture

Sénégal : l’ancien aéroport de Yoff passe en partie au vert

Réservé aux abonnés | | Par - Envoyée spéciale
L’ex-aéroport international Léopold-Sédar-Senghor, en pleine zone d’habitat, vu depuis le monument de la Renaissance africaine (ici en 2012).

L’ex-aéroport international Léopold-Sédar-Senghor, en pleine zone d’habitat, vu depuis le monument de la Renaissance africaine (ici en 2012). © Sylvain Cherkaoui pour JA

Quasiment inutilisé depuis l’ouverture du nouvel aéroport Blaise-Diagne fin 2017, le site de l’ancien aéroport international aiguise les appétits fonciers. Si un parc forestier urbain est prévu sur dix hectares, d’autres projets, dont des programmes immobiliers, sont dans les tuyaux.

Une mine d’or au cœur de la ville. Depuis qu’il a été remplacé par le nouvel aéroport international Blaise-Diagne (AIDB), l’ancien aéroport de Yoff est quasiment inutilisé, si ce n’est par l’armée qui en avait récupéré la gestion, accueillant quelques rares vols et délégations officielles. Trop urbain, trop dangereux, le site a été délaissé au profit du nouvel aéroport inauguré en décembre 2017 près de la ville nouvelle de Diamniadio, à 50 kilomètres du centre de Dakar.

Il ne devrait toutefois pas rester inutilisé très longtemps. Au-delà de la conversion d’une partie du terrain en aéroport militaire, qui avait été actée par décret fin 2017, c’est désormais l’ensemble des 600 hectares du site qui doit être redistribué par l’État entre différents projets d’aménagement et programmes immobiliers. Mais une grande partie de la superficie n’a pas encore été attribuée, officiellement du moins.

C’est d’ailleurs pourquoi, en juin dernier, un collectif de villages lébous (Ngor, Ouakam et Yoff), décidait de lancer un « mouvement de refus et de résistance contre la spoliation de ses terres », en réclamant directement au chef de l’État l’octroi d’une partie de l’assiette foncière de l’ancien aéroport.

Appétits fonciers

Son emplacement – sur la commune de Yoff – et sa superficie – dans une ville-presqu’île où se dispute le moindre mètre carré – font du site une pépite aussi rare que convoitée. Au moins 30 hectares ont déjà été attribués à la Caisse des dépôts et consignations qui est, entre autres, le « banquier » des organismes publics locaux et de nombreux programmes de logements sociaux. Une autre partie du terrain doit également être réservée à des logements dits administratifs, pour permettre notamment de reloger les ménages déguerpis par la construction du train express régional (TER).

Mais pour l’heure, c’est surtout un autre projet qui a retenu l’attention des Dakarois : la création d’un parc forestier urbain. Début 2020, une pétition lancée par l’activiste écologiste Mamadou Sakho pour la création d’un « Central Park dakarois » avait recueilli plus de 20 000 signatures. Si son initiative n’a pas été retenue, l’ancien ministre de l’Urbanisme Abdou Karim Fofana a néanmoins reçu plusieurs citoyens mobilisés sur le sujet.

le parc de Yoff aura une fonction à la fois écologique, économique et sanitaire

Le 15 juillet 2020, le président Macky Sall évoquait officiellement l’utilisation d’un espace de 10 hectares réservé au parc forestier urbain de Dakar-Yoff, en tant que « zone de promotion de la biodiversité floristique », afin de corriger un « déficit notable d’espaces verts à Dakar ». Une initiative appuyée par Abdou Karim Fofana, puis par son successeur Abdou Karim Sall.

Un nouveau poumon

Pour concevoir l’aménagement de ce parc urbain, l’État a choisi d’organiser un concours international, auquel ont répondu 15 cabinets d’architectes. Le comité chargé d’examiner les projets, constitué de 17 membres (architectes, urbanistes et juristes), a désigné le bureau français Djellali, basé à Marseille, qui a donc signé un contrat de maîtrise d’œuvre.

« Nous voulons faire de ce parc le nouveau poumon de Dakar », a fait savoir l’architecte-urbaniste Chafik Djellali. « Dakar souffre d’un déficit de poumon vert. Et les rares points verts qui résistent à cette pression, comme la forêt de filaos de Mbao [dont une partie a été déclassée en juin 2021] ou le parc de Hann, sont anciens », a souligné le ministre des Finances, Abdoulaye Daouda Diallo, le 8 juin dernier, lors d’une cérémonie organisée pour saluer la victoire du cabinet Djelalli. Avant d’ajouter que « le parc de Yoff aura une fonction à la fois écologique, économique et sanitaire ».

Filtration et épuration de l’air, atténuation de la pollution, séquestration du carbone, préservation de la biodiversité, amélioration des conditions de vie par la pratique sportive, l’élimination du stress et de l’anxiété… Outre l’aménagement paysager, le projet comprend la création d’un lac artificiel, l’installation d’équipements sportifs, ainsi que la construction d’une ombrière monumentale, mais aussi de boutiques. Selon une source au ministère de l’Urbanisme, le coût de ce projet de parc forestier urbain est estimé à 13 milliards de F CFA (plus de 19,8 millions d’euros). « Les travaux devraient commencer dans un délai de douze mois, a assuré Chafik Djellali début juin. C’est ambitieux, mais nous avons compris l’urgence de ce programme et nous commençons déjà à étudier les entreprises avec lesquelles nous allons travailler. »

Une future cité des affaires ?

Si les militants écologistes se félicitent du projet, ils remarquent cependant qu’une portion minimale de l’espace de l’ancien l’aéroport y est réservée. Que deviendront les quelque 590 hectares restants ?

Selon nos informations, les plans d’une « cité des affaires » avaient été demandés à plusieurs cabinets d’architecture. « Nous avons été reçus par le président Macky Sall, qui a validé nos plans. Mais après cela, nous n’en avons plus jamais entendu parler », indique l’un de ceux qui ont travaillé sur le projet, en précisant que celui-ci s’étendait sur une superficie bien plus importante que celle destinée au parc urbain. « Ce projet de parc permettra de répondre aux attentes de la population, commente un autre architecte sénégalais. Mais il semble que la majorité de l’espace de l’aéroport sera réservée aux promoteurs immobiliers. »

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