Société

Affaire Martin Camus Mimb : après la sextape, un #MeToo au Cameroun ?

Mis à jour le 3 juillet 2021 à 10:26
Damien Glez

Par Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Damien Glez © Damien Glez

Les excuses du journaliste Martin Camus Mimb vont-elles solder l’affaire de la sextape filmée dans son bureau ? Ça serait oublier qu’un séisme est souvent suivi d’un tsunami…

Au moment où le Cameroun feint de découvrir ce que le musicien Richard Bona appelle une « pornocratie » ambiante, notamment dans les cercles de pouvoir de toutes natures, le journaliste sportif et entrepreneur Martin Camus Mimb, proche du régime, sera-t-il le Harvey Weinstein du pays de Paul Biya ? Comparaison est rarement raison et les défenseurs – devenus rares – de celui dont le bureau abrita le tournage d’une récente sextape virale tentent de balayer les dimensions de « harcèlements » ou « d’agressions sexuelles » dont fut accusé le producteur américain.

Si les images de la vidéo camerounaise ne semblent pas établir formellement une contrainte exercée sur Malicka Bayemi, des enquêtes journalistiques superposent, tous les jours, des détails qui la dépeignent comme une victime. Martin Camus Mimb et le « sextapé » Wilfrid Eteki appartiennent à une sphère de patrons aux bras longs dans le Landernau politique et la chefferie traditionnelle. Et c’est sous l’effet combiné d’analgésiques – elle sortait de chez le dentiste – et de whisky que la jeune femme de 24 ans se serait livrée à plusieurs rapports sexuels.

Qu’elle ait ou non cédé de son plein gré à des avances, Malicka Bayemi est clairement victime d’un délit : l’atteinte à son droit à l’image. Elle considère aujourd’hui qu’elle risque d’« être lynchée en pleine rue ». Accidentelle ou pas, la mise en ligne de la vidéo a permis au collectif d’avocats Universal Lawyers and Human Rights Defence d’introduire, le 23 juin, une citation directe au tribunal de première instance de Douala-Bonanjo.

Tsunami de témoignages

Comme l’affaire Weinstein avait lancé le mouvement de libération de la parole féminine #Metoo, le buzz camerounais actuel pourrait devenir le point d’appui d’une insurrection médiatico-judiciaire féministe.

À titre personnel, le journaliste camerounais autrefois encensé devient un pestiféré, lâché par son éditeur, par les libraires, par ses partenaires commerciaux et par la plupart de ses confrères. Au-delà de son cas ciblé par les organisations féministes, qui ont lancé un appel à d’autres témoins, le « séisme Mimb » provoque, comme aux États-Unis, un tsunami de témoignages qui ne concernent pas que le journaliste sportif mais apparaissent déjà comme une libération de la parole.

Un tabou s’est brisé, celui de l’hypocrisie sur le traitement réservé aux femmes. Des témoignages dénoncent des réseaux adeptes de l’asservissement sexuel, des groupes qui s’apparenteraient à des « sociétés secrètes » dont les membres seraient, entre autres, des politiciens, des sportifs, des journalistes et des hommes d’affaires qui se croiseraient notamment dans un groupe WhatsApp nommé « On déconne un peu ».

Alors que bruissent les réseaux sociaux camerounais et après de premiers hashtags africains comme le #Mêmepaspeur, focalisé sur les actrices, ou le #EnaZeda, né dans le Maghreb, le comportement de Martin Camus Mimb pourrait susciter un mouvement équivalent en Afrique centrale…