Économie

Les discrets VIP africains du Mobile World Congress de Barcelone

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Par - Envoyé spécial à Barcelone
Mis à jour le 2 juillet 2021 à 13:50

Augustin Kibassa Maliba, ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles Technologies de l’information et de la communication de RDC, en visite sur le stand Huawei lors de l’édition 2021 du Mobile World Congress de Barcelone. © Quentin Velluet/2021

Des délégations ministérielles africaines ont participé à cette grand-messe de l’industrie des télécoms, malgré une audience réduite et moins d’acteurs privés, Covid-19 oblige. Reportage.

Sur le vaste stand que Huawei a installé à l’occasion de l’édition 2021 du Mobile World Congress de Barcelone (28 juin-1er juillet), en Espagne, un groupe d’officiels venus de Kinshasa écoute attentivement les explications d’un consultant de l’équipementier chinois. En ce premier jour du plus grand raout annuel des télécoms, l’ingénieur est chargé de présenter les différents produits et services dernier cri exposés par le groupe.

L’exercice se fait dans un décor composé de murs végétalisés ou en plastique lustré, d’un blanc immaculé. Au premier rang, devant un écran tactile qui affiche des schémas complexes, l’imposante carrure d’Augustin Kibassa Maliba détone. Le ministre des Postes, Télécommunications et Nouvelles technologies de l’information et de la communication de Félix Tshisekedi écoute et acquiesce en silence durant l’exposé de Huawei sur les équipements 5G dernier cri, les routeurs nouvelles génération ou les « racks compactes » (matériaux d’empilage) de serveurs.

Le stand de Huawei au Mobile World Congress 2021, de Barcelone en Espagne.

Le stand de Huawei au Mobile World Congress 2021, de Barcelone en Espagne. © Quentin Velluet/2021

Une dizaine de délégations

Il ne sera pas le seul ministre africain, ce lundi 28 juin, à fouler les 850 mètres carrés d’exposition de Huawei. Ses homologues Tahanni Abdalla Attia du Soudan, Paula Ingabire du Rwanda, ou encore Isa Ali Pantami du Nigeria et Janfar Abdulai du Mozambique, ont eux aussi eu le droit à une présentation exhaustive sur invitation officielle du géant de Shenzhen.

La visite d’une dizaine de délégations africaines au Mobile World Congress 2021 n’a pas été mis en avant dans le programme du principal rendez-vous mondial des télécoms qui, en format allégé cette année pour cause de restriction sanitaire, a réuni 35 000 personnes, contre plus de 100 000 les éditions précédentes. Pourtant les rendez-vous entre ministres et patrons de régulateurs s’enchainent dans les salons feutrés – et inaccessibles à la presse – du « Ministerial Program », l’espace dédié aux rencontres entre responsables publics et grands patrons.

Une conférence du Mobile World Congress 2021 de Barcelone en Espagne

Une conférence du Mobile World Congress 2021 de Barcelone en Espagne © Quentin Velluet/2021

Harmoniser les politiques numériques continentales

Le 29 juin au matin, une réunion s’y est d’ailleurs tenue entre Lacina Koné, directeur général de Smart Africa, Saïd Oumar Koulibaly, ministre guinéen des Télécoms, et le nigérian Isa Ali Pantami. « Le but est que chaque pays puisse présenter les avancées technologiques en marche dans nos pays respectifs, explique le ministre guinéen. Nous sommes tous membres de l’alliance Smart Africa qui veut faire du continent un marché digital unique. Donc le Mobile World Congress est le lieu idéal où se rencontrer et rencontrer les industriels », confie-t-il à Jeune Afrique.

« Nous venons de parler de la zone de libre échange », lance Augustin Kibassa Maliba, à la sortie d’une réunion tenue au même endroit le lendemain matin en présence – à nouveau – du directeur général de Smart Africa mais également de la ministre rwandaise des télécoms, Paula Ingabire.

« L’un des problèmes majeurs en Afrique vient de la disparité dans la conception des lois et des bonnes pratiques. Donc nous devons être en mesure d’échanger plus et d’harmoniser tout cela. Être ici cette année est intéressant, mais cela aurait pu l’être davantage si tout le monde avait été là », regrette Augustin Kibassa Maliba, en poste depuis février 2019.

Un Mobile World Congress pas comme les autres

Il est vrai que dans les allées d’un événement qui fourmille habituellement d’experts, de dirigeants et de médias du monde entier, l’affluence n’est pas au rendez-vous. Seulement 20 % de l’espace total du Fira Gran Via, l’espace d’exposition de Barcelone, est occupé et malgré un léger brouhaha ambiant, l’atmosphère est étrangement paisible. Après un an d’absence, les visiteurs s’attendaient donc à retrouver l’effervescence d’un des plus grands shows de la tech avec le CES de Las Vegas. « C’est vraiment triste cette année, se désole un visiteur allemand habitué des lieux. On devrait jouer des coudes pour accéder aux stands et les grandes annonces devraient pleuvoir », peste-t-il.

Les géants comme Samsung, Google, Ericsson ou encore l’opérateur télécoms britannique Vodafone – maison mère de Vodacom et Safaricom, acteurs majeurs des télécoms en Afrique – demeurent aux abonnés absents. Airtel plutôt habitué des lieux et également un des leaders de la téléphonie sur le continent a déserté l’édition 2021. Seul Orange paraissait pouvoir peser dans la balance, mais malgré un stand imposant installé dans le Hall 2 du bâtiment, aucun des représentants des filiales africaines n’a décidé de faire le pèlerinage de Barcelone cette fois-ci.

Comme les allées du salons, les espaces de test pour le Covid-19 ne sont pas pris d’assaut à l’édition 2021 du Mobile World Congress de Barcelone.

Comme les allées du salons, les espaces de test pour le Covid-19 ne sont pas pris d’assaut à l’édition 2021 du Mobile World Congress de Barcelone. © Quentin Velluet/2021

Les participants ont pris, semble-t-il, leur mal en patience. Au pavillon tunisien décoré du slogan « Tunisia Build Innovation », les représentants des deux entreprises (Omniacom et Roam Smart) et cinq start-up (Go Mybiz, Digital Virgo Tunisie, Eklectic, BI4T, Insomea) sélectionnées par le Centre tunisien de promotion des exportations (Cepex) ainsi que ceux du Technopole de Sfax, ont néanmoins fait le voyage. Il en va de même pour plusieurs jeunes pousses embarquées par le gouvernement égyptien, même si les visiteurs des stands ne sont pas particulièrement nombreux.

Peut-être auront-ils plus chance dans moins d’un an, quand l’événement organisé par la GSMA, principal lobby des télécoms, reprendra ses quartiers aux dates habituelles de février. En attendant, ceux qui ont supporté le casse-tête sanitaire transfrontalier – et les masques FFP2 exigés par MWC – pourront respirer, à l’extérieur, la tiédeur moite de Barcelone.