Économie

Coronavirus : 600 millions d’euros pour des vaccins produits en Afrique

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Mis à jour le 1 juillet 2021 à 18:40

Vaccination contre le Covid-19 à l’hôpital Central de Yaoundé, le 12 avril 2021 © MABOUP

Makhtar Diop, à la tête de IFC, a mobilisé ses ressources pour accélérer la production sur le continent du vaccin contre le Covid-19. Pour cette opération, la filiale du groupe de la Banque mondiale s’est associée au français Proparco, à l’allemand DEG et à l’américain DFC.

Agir pour ne plus revivre les épisodes derniers au cours desquels, certains des pays les plus développés se sont accaparé la totalité de la production de vaccins contre le Covid-19, là où elle était disponible. Et ce, au détriment des pays les plus pauvres, contraints à passer au second plan.

C’est l’un des principaux leitmotivs qui animent le groupe de la Banque mondiale – qui a déjà mobilisé une enveloppe de 12 milliards de dollars spécialement pour les vaccins – et en particulier, sa filiale dédiée au secteur privé. La Société financière internationale (IFC) annonce en effet avoir rassemblé quelque 600 millions d’euros, avec ses partenaires le français Proparco, la banque de développement allemande DEG et l’agence de coopération américaine DFC pour soutenir le sud-africain Aspen Pharmacare, plus grand laboratoire pharmaceutique du continent.

Dans le détail, en tant que chef de file de l’opération, IFC engage 200 millions d’euros en fonds propres. Proparco, filiale de l’Agence française de développement (AFD) dédiée au secteur privé, apporte 156 millions d’euros. L’institution allemande de développement DEG a pour sa part arrangé un apport de 144 millions d’euros. DFC, l’institution américaine de développement fournit de son côté une enveloppe de 100 millions d’euros.

Makhtar Diop est directeur général de IFC, filiale du groupe de la Banque mondiale. Ici lors du Forum Afrique de Bercy, en 2015.

Makhtar Diop est directeur général de IFC, filiale du groupe de la Banque mondiale. Ici lors du Forum Afrique de Bercy, en 2015. © Bruno Levy pour Jeune Afrique

Vaccin « made in Africa »

« À travers ce consortium, nous allouons de la manière la plus rapide, des ressources pour Aspen, afin qu’ils puissent réinvestir dans les chaînes de production localement », précise Makhtar Diop, le directeur général de IFC, joint à Washington par Jeune Afrique. Concrètement, les 600 millions d’euros mobilisés serviront à refinancer la dette accumulée ces derniers mois par le fabricant sud-africain de médicaments, liée à ses nouveaux investissements dans la lutte contre la pandémie de Covid-19.

L’Afrique ne fabrique environ que 1 % des vaccins qu’elle utilise

Aspen, dirigé par l’entrepreneur sud-africain Stephen Saad, a établi un partenariat avec le laboratoire américain Johnson & Johnson pour la préparation, la finition, le remplissage et le conditionnement du vaccin Covid-19 de Janssen (une société de Johnson & Johnson) sur son nouveau site stérile pour solutions injectables de Gqeberha (ex-Port Elizabeth). Au 30 juin 2020, ses revenus annuels étaient de 33,7 milliards de rands (1,73 milliard d’euros), en recul de – 5,2% sur un an, pour un bénéfice de 4,7 milliards de rands (- 28%).

Aujourd’hui, le groupe sud-africain revendique une capacité de production de 600 millions de doses d’ici à la fin 2022. « Et grâce aux accords conclus entre Johnson & Johnson et l’Union africaine, l’entreprise va pouvoir servir en priorité le marché africain », ajoute Makhtar Diop.

La vaccination a un impact majeur sur la reprise économique

Cet investissement certes important, le plus grand jamais réalisé par IFC dans le domaine de la santé, ne sera toutefois pas suffisant à lui seul pour garantir l’autosuffisance en vaccins du continent africain. Mais il devrait fortement contribuer à dynamiser sa capacité propre de production. Le nouveau de IFC le rappelle : « L’Afrique ne fabrique environ que 1 % des vaccins qu’elle utilise. Or la vaccination a un impact majeur sur la reprise économique. »

En avril dernier, l’Union africaine et Africa CDC ont formulé l’ambition pour l’Afrique de fabriquer – sur le continent – 60 % de ses besoins en matière de « vaccination de routine » d’ici à 2040.

Aspen Pharmacare ets le plus grand laboratoire pharmaceutique africain. Sans titre

Aspen Pharmacare ets le plus grand laboratoire pharmaceutique africain. Sans titre © https://www.aspenpharma.com/

Soutenir également les États

C’est pourquoi le bailleur international, en coordination avec sa maison mère, la Banque mondiale, continue de soutenir les pays dans l’acquisition de vaccins à l’étranger.

En parallèle, IFC travaille en partenariat avec l’Institut Pasteur de Dakar, qui produit déjà massivement un vaccin contre la fièvre jaune, à une initiative pour le financement et l’accroissement de leur capacité de production. De même avec le Rwanda, où Makhtar Diop s’est récemment rendu lors de la visite officielle du président français dans le pays, le 27 mai dernier, IFC se penche sur la question des Ingrédients pharmaceutiques actifs (IPA). Ces composants sont nécessaires à la confection de nouveaux médicaments

Enfin, lors de sa dernière visite au Maroc, le DG de IFC a également rencontré les principaux acteurs de l’industrie pharmaceutique locale qui montrent un fort intérêt pour la production de vaccins.

Les négociations au Sénégal et au Rwanda sont plutôt avancées, et « le moment venu », IFC réunira à nouveau ses partenaires Proparco, DEG et DFC pour concrétiser son action.