Politique

Cameroun – « Covidgate » : comment le palais a bloqué le deuxième rapport d’audit 

Réservé aux abonnés | | Par Jeune Afrique
Mis à jour le 09 juillet 2021 à 15h19
Le président camerounais Paul Biya.

Le président camerounais Paul Biya. © Victor Zebaze

Le deuxième rapport de la Chambre des comptes, embarrassant pour la présidence, a fuité le 28 juin… mais il n’avait pas vocation à être publié. Explications.

La présentation par la Chambre des comptes du rapport d’audit du Fonds spécial de solidarité nationale pour la lutte contre le coronavirus et ses répercussions économiques et sociales était initialement prévue le 23 juin devant les députés. Surprise, la veille, cet exposé a été subitement annulé, sans explication ni date de report.

Selon nos sources, seule la présidence a le pouvoir de faire déprogrammer une séance plénière de l’Assemblée nationale. Aussitôt annoncée, l’annulation a suscité l’ire des députés de l’opposition, qui attendaient la présentation du rapport définitif pour affûter leurs questions aux membres du gouvernement.

Un ministre épinglé

En première ligne dans la dénonciation des soupçons de malversation, les députés du Social Democratic Front (SDF) ont mis en cause les manœuvres de la présidence pour tenter d’enterrer un rapport embarrassant. Il se sont également dits prêts à provoquer un incident de séance pour obtenir sa reprogrammation.

Mais, tandis que ces parlementaires réfléchissaient au meilleur moyen de faire pression pour obtenir la publication du document, une synthèse de ce dernier a fuité sur les messageries cryptées le 28 juin au soir. Le nouveau rapport couvre l’intégralité de l’exercice 2020, alors que le premier – élaboré en mars dernier et partagé mi-mai – couvrait la même période, mais de manière moins exhaustive.

Ce second document confirme les irrégularités imputées dans le premier à certains acteurs, dont le ministre de la Santé publique, Malachie Manaouda. Les auditeurs ajoutent cette fois que son ministère a passé quatre marchés d’achats de médicaments pour 536 millions de F CFA (près de 820 000 euros) mais que le principal intéressé n’a pas été en mesure d’indiquer le lieu de stockage desdits produits.

Les auditeurs relèvent également que des marchés d’acquisition d’équipements et de prise en charge des patients ont été attribués à 96 fournisseurs non présélectionnés ou encore que 1,25 milliards de F CFA de marchés de construction ont été payés sans être réceptionnés.

Hautement sensible

Toutefois, sur la forme, les rédacteurs de ce rapport d’audit se montrent plus circonspects et moins tranchés que ceux du premier. Ils émettent beaucoup d’hypothèses sans établir clairement les détournements. Ils suggèrent par ailleurs des améliorations pour une dépense publique plus efficace, en recommandant notamment d’interdire tout paiement en numéraire dans les marchés publics et de mettre un terme à l’autorisation de recours aux marchés spéciaux dans le cadre de la lutte contre la pandémie.

Ils proposent une panoplie de recommandations visant à renforcer les contrôles,  numériser les transactions et instaurer plus de transparence dans les procédures de passation des marchés publics. Au bout du compte, ils demandent l’ouverture de 14 procédures pour faute de gestion et révèlent que 12 dossiers sont susceptibles de revêtir une qualification pénale.

Les magistrats ont manifestement tenu compte de l’extrême sensibilité du sujet eu égard à la vive polémique suscitée en mai dernier lorsque le rapport d’étape avait fuité. Sans doute ont-ils estimé qu’il y avait un risque de trouble à l’ordre public si leurs travaux participaient à discréditer davantage le gouvernement.

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