Économie

À Londres, Ecobank fait un pari audacieux sur le marché de la dette

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Mis à jour le 29 juin 2021 à 18:25

Le siège d’Ecobank, à Lomé. © Michel Aveline pour JA

Pour cette émission de dette subordonnée, l’institution panafricaine a convaincu un pool très varié d’investisseurs, parfois peu familiers des marchés africains.

La sortie d’Ecobank à la Bourse de Londres le 24 juin dernier, n’a pas manqué de susciter des réactions. La symbolique étant forte : Ecobank Transnational Incorporated (ETI), holding du groupe bancaire éponyme, a été convié par la London Stock Exchange (LSE) à ouvrir la séance sur le marché principal, pour solenniser la réussite de l’émission de 350 millions de dollars d’obligations durables.

L’opération représente en effet la première émission par une institution financière subsaharienne d’euro-obligations (eurobonds) subordonnées conformes aux normes de développement durable. Un succès pour le groupe dirigé depuis septembre 2015 par le Nigérian Ade Ayeyemi.

Il faut cependant noter que le coupon associé à ces obligations a été arrêté à 8,75 %, sur une maturité longue (dix ans). Avec un tel taux, les investisseurs ont été nombreux puisque l’émission a été sursouscrite près de quatre fois. Et leur origine géographique est très variée : Royaume-Uni, États-Unis, Europe, Moyen-Orient, Asie et Afrique.

Mais pour la banque, le coût reste élevé. Par comparaison, en 2019 déjà, ETI avait émis un eurobond de 450 millions de dollars avec un coupon de 9,5 %. Or pour cette opération, les titres étaient des obligations classiques – donc plus liquides que des obligations durables – et la maturité, elle, ne dépassait pas cinq ans.

Ade Ayeyemi, DG d’Ecobank, ici en mars 2016, durant le Africa CEO Forum, à Abidjan.

Ade Ayeyemi, DG d’Ecobank, ici en mars 2016, durant le Africa CEO Forum, à Abidjan. © Eric Larrayadieu/AFRICA CEO FORUM/JA

Dette subordonnée

Interrogé par Jeune Afrique, Ecobank justifie le taux élevé de la dernière émission par la spécificité du financement. « En tant que capital de niveau 2 (Tier 2), cette dette est subordonnée, en plus d’être une émission durable », précise la banque.

En d’autres termes, le caractère subordonné de l’obligation lui confère une moindre priorité dans le remboursement. À titre d’illustration : même en cas de faillite de la banque, les épargnants ordinaires et les autres créanciers auront un droit prioritaire sur les actifs recouvrés par rapport aux souscripteurs à ces obligations subordonnées, d’où les taux d’intérêts plus élevés de ce dernier type d’obligation. Ces caractéristiques expliquent également que ce type d’obligations soient particulièrement utiles pour les banques dans la comptabilisation des plusieurs ratios prudentiels.

l’obligation a encore progressé sur le marché secondaire

« La fixation du coupon de l’obligation est basée sur de nombreux facteurs, notamment les notations de l’émetteur, les perspectives de crédit, les réactions et l’appétit des investisseurs », complète Samuel Sule, haut cadre du  pôle financement de Renaissance Capital, l’un des arrangeurs de la transaction.« L’obligation a encore progressé sur le marché secondaire, soulignant la solidité de l’historique de crédit d’Ecobank », ajoute l’ancien de HSBC et de Standard Bank.

Basé à Lomé, Ecobank Transnational Incorporated a enregistré une croissance de +4 % de son chiffre d’affaires à 1,7 milliard dollars en 2020, malgré les difficultés liées à la crise du Covid-19. Mais dans ce contexte, son résultat avant impôt s’est fortement contracté (- 57 %), à 174 millions dollars, en raison de provisions sur la dépréciation de son portefeuille d’actifs et divers frais, juridique notamment.

Attirer un nouveau type d’investisseurs

« La nature durable de cette émission aidera Ecobank à diversifier sa base d’investisseurs. En effet, les investisseurs axés sur les critères ESG [environnement, social, gouvernance] qui misent généralement dans ces émissions d’obligations durables peuvent diverger – dans une certaine mesure – des investisseurs internationaux sur les marchés émergents », explique Mik Kabeya, analyste à l’agence de notation Moody’s.

Selon lui, la nature durable de cette émission devrait aider Ecobank à aligner son financement sur ses objectifs de durabilité, puisque le groupe est tenu d’utiliser ces fonds pour financer des projets verts et des actifs sociaux éligibles.

En mai dernier, le groupe Ecobank a en effet établi un « cadre de financement durable » en vertu duquel il peut émettre des instruments financiers, pour financer et refinancer des projets verts et/ou sociaux éligibles.