Économie

Herbert Wigwe (Access Bank) : « Nous voulons être la Citibank de l’Afrique »

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Mis à jour le 2 juillet 2021 à 19:07

Herbert Wigwe (54 ans) est le directeur général d’Access Bank. © Chevening

Herbert Wigwe, patron d’Access Bank, travaille à l’acquisition d’une licence bancaire en France. Une étape clé pour la banque nigériane, qui entend combler les lacunes d’une architecture financière mondiale empêchant les entreprises africaines d’accéder aux marchés internationaux de capitaux.

De ses débuts modestes, en 2002, comme banque de financement à son statut actuel de première banque du Nigeria en termes d’actifs, de prêts et dépôts, le groupe Access Bank s’est montré maître dans l’art de la croissance externe (fusion-acquisition, absorption…).

Ces dernières années, Herbert Wigwe, le patron d’Access Bank, s’est pleinement investi dans l’intégration du nigérian Diamond Bank acquis en 2018 et du kényan Transnational Bank (2020).

« Ce n’est pas la première fois que nous faisons ce type d’opérations », explique Herbert Wigwe à The Africa Report/Jeune Afrique, en référence au rachat d’Intercontinental Bank en 2011. « Il faut au minimum cinq ans pour le faire correctement ». Il s’agit notamment de construire une culture d’entreprise commune et d’intégrer à une plateforme unifiée les opérations bancaires des structures acquises.

Expansion numérique

Access Bank qui cherchait depuis longtemps à se développer la banque de détail y est parvenue rapidement au cours des dernières années. Tout s’est enchaîné avec le développement des services bancaires en ligne. « Il y a quinze ans, le coût des prestations bancaires pour les clients aurait été ahurissant », explique Herbert Wigwe. Aujourd’hui en revanche, il est possible « d’enregistrer des centaines de milliers de clients directement sur leur téléphone portable, tout en respectant les exigences en matière de lutte contre le blanchiment d’argent et les règles de connaissance du client [Know-Your-Client] ».

En plus de cette évolution structurelle, Access Bank a su profiter dans les années 2000 de son expérience avec le géant sud-africain des communications MTN. Access Bank a en effet aidé le groupe « dans le déploiement de son réseau » au Nigéria, qui est d’ailleurs devenu ces dernières années le premier marché du groupe de Johannesburg.

Access Bank a beaucoup appris grâce à ce contrat : « Nous avons dû former des personnes à la comptabilité de base. Et ces personnes sont devenues par la suite les distributeurs de MTN – c’étaient les jeunes gens qui vendaient des cartes de recharge de crédit dans la rue. »

Rien ne nous empêchera de créer l’institution de niveau mondial dont nous rêvons

Commerce intra-africain

C’est aujourd’hui au tour d’Access Bank d’afficher des ambitions panafricaines. « Nous voulons devenir la Citibank de l’Afrique », assume son directeur général.

Plusieurs observateurs s’interrogent sur la capacité pour un acteur économique de se déployer dans un marché véritablement panafricain au vu des barrières réglementaires et des fractures transfrontalières. Le commerce intra-africain est-il suffisamment important pour justifier de telles ambitions ? En réponse, Herbert Wigwe note le vide laissé par les groupes bancaires internationaux qui ces dernières années ont réduit la voilure en Afrique, à mesure que les réglementations bancaires – notamment celles de Bâle III, rendaient leurs activités et le respect des règles de conformité sur le continent plus coûteuse pour de tels acteurs.

Herbert Wigwe lui considère au contraire qu’il y a une opportunité à saisir. « Il ne sert à rien d’espérer que d’autres banques venues d’ailleurs viendront fournir les services nécessaires à la clientèle africaine. Vous devez créer vous-même la banque qu’il faut ».

Par ailleurs, pour le patron d’Access Bank, sa stratégie est justifiée par la montée croissante du commerce intra-africain. Les volumes de paiements intra-africains sont en hausse – les frais de scolarité réglés depuis le Nigeria par les parents d’étudiants installés au Ghana voisin en sont une illustration. Idem pour les investissements et les transferts de fonds qui représentent plusieurs milliards de dollars chaque année.

Herbert Wigwe l’a bien compris : « Nous voulons que toutes ces transactions se déroulent à travers notre réseau bancaire ». C’est pourquoi le groupe, qui souhaite renforcer ses capacités dans la banque de correspondance à l’international, dispose d’un bureau à Londres et veut prochainement obtenir une licence en France.

Leçons du passé

Mais tout n’a pas été aussi facile. Par le passé, plusieurs banques nigérianes ont échoué à se développer ailleurs en Afrique. Pour le banquier de Lagos, les leçons du passées ont été retenues, au premier rang d’entre elles, la nécessité de soigner son business plan. Pour le déploiement récent d’Access Bank au Mozambique, il note ainsi qu’elle s’inscrit dans l’expansion de l’industrie gazière dans ce pays, qui a d’ailleurs attiré plusieurs spécialistes nigérians des hydrocarbures…

Le directeur général d’Access Bank a lui-même conscience des difficultés que son entreprise peut rencontrer. Il est totalement transparent sur cette question : « Nous avons dû céder une filiale en Côte d’Ivoire », rappelle-t-il, avant de préciser que son groupe, qui planche sur un retour sur les bords de la Lagune Ébrié, le fera cette fois avec une approche nouvelle. Le quinquagénaire se dit résolu et optimiste : « Rien ne nous empêchera de créer l’institution de niveau mondial dont nous rêvons ».