Politique

Lobbying de Michel Sidibé : la Tunisie approuve la création de l’Agence africaine du médicament  

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Mis à jour le 29 juin 2021 à 17:25

Michel Sidibé, l’envoyé spécial de l’Union africaine pour l’AMA, est l’ancien directeur exécutif d’ONUSIDA. © Vincent Fournier/Jeune Afrique

Kaïs Saïed s’apprête à ratifier le traité portant création de l’institution panafricaine. La visite à Tunis de l’ancien ministre et envoyé spécial de l’UA a accéléré les choses.

Deux commissions parlementaires se sont réunies le 16 juin à Tunis : celle des droits, des libertés et des relations extérieures d’une part, et celle de la santé et des affaires sociales de l’autre. Elles ont approuvé le projet de loi organique portant sur l’approbation de l’Agence africaine du médicament (AMA).

Le bureau de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP) doit décider ce 1er juillet de la date de la plénière qui lui sera consacrée. Plusieurs proches du dossier espèrent qu’elle se tiendra dès la semaine prochaine et, surtout, avant les vacances parlementaires qui débutent en août. Restera ensuite au chef de l’État, Kaïs Saïed, d’y apposer à son tour sa signature.

Cette ratification a pris du temps, le pays ayant signé ce traité dès la fin de 2019. Outre les changements de ministres et de chefs du gouvernement qui ont contribué à freiner les prises de décisions, aucun caractère d’urgence n’avait été conféré à ce dossier dans une ARP où les retards se sont accumulés. Sans compter qu’un mauvais aiguillage serait également en cause.

Entretiens fructueux

Selon nos sources, le projet avait en effet, dans un premier temps, été destiné à la seule Commission des droits et libertés, en juillet 2020. Celle de la santé, pourtant la plus sensibilisée à cette thématique, n’en avait pas été informée. Organiser une commission mixte plus tôt aurait donc permis de gagner du temps.

Une autre commission, créée cette fois au sein du ministère de la Santé et impliquant les Affaires étrangères, a également été organisée à ce sujet en juin. Elle a coïncidé avec la visite d’une délégation de l’Union africaine (UA), qui aurait accéléré le processus.

L’envoyé spécial de l’UA pour l’AMA, Michel Sidibé, s’est en effet rendu dans le pays, aux côtés de Margaret Agama-Anyetei, chef de la Division santé, nutrition et population à la commission de l’UA. Ils se sont entretenus le 9 juin avec les ministres Othman Jerandi (Affaires étrangères) et Faouzi Mehdi (Santé), ainsi qu’avec le président de l’ARP, Rached Ghannouchi.

À la sortie de ces entrevues, l’ex-ministre de la Santé et ancien patron de l’ONUSIDA les a qualifiées de « très fructueuses », soulignant également que « l’expertise de la Tunisie dans le domaine pharmaceutique sera essentielle pour l’AMA ».

Intense lobbying

Cette visite à Tunis s’inscrit dans le cadre d’une tournée qui, depuis mai, l’a également mené au Mali, au Bénin, au Sénégal, en Guinée, en Sierra Leone, au Rwanda, au Zimbabwe, en Côte d’Ivoire, en Éthiopie, au Maroc, en Algérie, au Niger et au Cameroun.

À ce jour, sur une vingtaine de signataires, treize ont ratifié le traité portant création de l’AMA et dix ont déposé leur instrument de ratification, une formalité nécessaire à sa prise en compte. Le fait que le Maroc ait effectué ces démarches auprès de l’UA le 17 juin a également pu participer au nouvel élan tunisien. Les deux pays sont des concurrents régionaux dans le domaine pharmaceutique.

Un minimum de quinze ratifications est nécessaire à la création effective de l’AMA. Les pays qui souhaitent y jouer un rôle ont tout intérêt à se trouver dans le peloton de tête. Ce sont en effet leurs conseils des ministres qui se réuniront afin de décider des grandes orientations stratégiques de l’agence.

D’autant plus que plusieurs d’entre eux ambitionnent d’abriter son siège. Tunis s’est déjà positionné dans cette course, en adressant en ce sens un courrier à l’UA dès le 21 décembre 2019.