Politique

Côte d’Ivoire – Laurent Gbagbo : « Il fallait écarter un concurrent gênant »

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Mis à jour le 29 juin 2021 à 13:30

Laurent Gbagbo s’exprime devant ses partisans à son arrivée à Abidjan, le 17 juin 2021. © REUTERS/Macline Hien

L’ex-président a affirmé lundi qu’en 2011, il avait été envoyé devant la CPI à La Haye car « il fallait écarter un homme gênant ». Laurent Gbagbo intervenait devant la presse et des chefs coutumiers dans son village de Mama.

« La CPI, ce n’était pas sérieux, il fallait écarter un homme gênant, un concurrent gênant, alors on m’a mis là-bas », a déclaré Laurent Gbagbo, lundi 28 juin, alors qu’il se trouvait à son domicile de Mama, son village natal, dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire. « Mais je ne regrette pas, parce que si j’étais revenu avec un titre de criminel, c’est vous tous ici qui alliez avoir honte », a ajouté l’ancien président, définitivement acquitté fin mars par la CPI, où il était notamment poursuivi pour crimes contre l’humanité.

« Je ne suis pas un criminel »

« Même les blancs qui ne nous connaissent pas, qui suivent nos petites querelles ici, ont su que je [n’étais] pas un criminel. Moi je fais tout, hein, mais je ne suis pas un criminel », a poursuivi Laurent Gbagbo sous les rires de l’assistance. C’est la première fois depuis son retour en Côte d’Ivoire le 17 juin après dix ans d’absence que l’ex-président évoque publiquement son jugement et son acquittement par la CPI. Plusieurs milliers de personnes lui ont réservé dimanche un accueil triomphal à Mama.

Lundi, il y a rencontré à son domicile des chefs traditionnels venus de tout le centre-ouest de la Côte d’Ivoire, une région qui est son fief, et ils lui ont confié une mission de « réconciliation ». « C’est sa présence qu’on attendait pour la réconciliation. Il faut qu’il s’appuie sur sa popularité pour appeler le peuple ivoirien à la réconciliation totale », a déclaré Joseph Goli Obou, le « chef des terres » de Mama, une autorité locale, entouré de notables. Ces chefs traditionnels devraient également participer à une cérémonie destinée à le « purifier », comme le veut la tradition bété pour quelqu’un qui a été emprisonné et libéré.

« Purification » et « réconciliation »

« Demain [mardi] quand je vais le purifier, je vais lui demander d’être au service de la réconciliation, que ses premiers mots à la nation aillent dans le sens la réconciliation », a affirmé le « chef des terres », affirmant être mandaté par ses pairs pour cette cérémonie. « En pays bété, lorsqu’un membre de la famille sort d’une situation difficile, on lui fait une purification. Celle-ci consiste à le laver au seuil de sa porte très tôt le matin, avant le lever du soleil, avec une mixture à base de rameaux et de feuilles traditionnelles Kpobrai et Titai », a expliqué le chef septuagénaire.

Sur la place publique de Mama, des habitants du village ont attendu en vain, en dansant et en chantant, que l’ex-président vienne leur parler. « Gbagbo est venu pour rendre la paix dans la nation », s’est exclamé Brigitte Koudou, venue du village mitoyen de Zébizékou. « Je suis en joie, cette journée est particulière. Le président Gbagbo est libre. On veut l’entendre, qu’il dise seulement un seul mot », a déclaré de son côté Béatrice Djédjé, venue de Kpakpékou, un rameau en « signe de paix et de réconciliation » à la main.