Politique

Tunisie : la hantise d’une nouvelle saison morte

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Par - à Tunis
Mis à jour le 29 juin 2021 à 11:04

Le tourisme a toujours été un secteur clé de l’économie tunisienne grâce à son climat, ses plages et son patrimoine (huit sites inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco. © DR

Alors que le pays connait une nouvelle vague de Covid-19, les professionnels du tourisme craignent un été 2021 aussi morne que le précédent.

« Une compagnie aérienne vient d’annuler tous ses vols pour la Tunisie », annonce le 24 juin la présidente de la Fédération tunisienne de l’hôtellerie (FTH), Dora Miled. Cette phrase, à elle seule, sonne comme le clap de fin d’une saison touristique qui n’a pas même débuté. La pandémie, qui s’invite pour la deuxième année consécutive, prend des allures de malédiction pour un secteur touristique qui participe à hauteur de 14 % au produit intérieur brut (PIB) et pourvoie, directement ou indirectement, à près de deux millions d’emplois.

Pourtant les autorités voulaient croire en la relance et à un été 2021 qui aurait pu résorber une partie des pertes d’un secteur à la peine depuis les premiers confinements de mars 2020. Quelque 80 % des hôteliers tunisiens estiment avoir perdu 50 % de leur chiffre d’affaires en 2020 et 135 unités sont fermées sur les plus de 820 recensées en 2019 par l’Office national du tourisme tunisien (ONTT).

Une situation intenable, d’autant plus qu’elle clôt une décennie tourmentée durant laquelle la révolution, l’émergence du terrorisme et l’instabilité avaient contribué à une certaine désaffection des touristes.

La Tunisie a perdu une grande partie de son rayonnement en tant que destination touristique mondiale

Mais tout aurait dû rentrer dans l’ordre après les élections législatives et présidentielles de 2019 et un retour, au moins apparent, de stabilité politique. Il n’en a rien été : le Covid-19 est passé par là.

Zone rouge

« La Tunisie a perdu une grande partie de son rayonnement en tant que destination touristique mondiale depuis longtemps, pour des raisons structurelles et conjoncturelles », analyse encore Dora Miled. Le pays pouvait toutefois compter sur les visites des voisins en cas de mauvaise passe. Mais cette année, avec des frontières terrestres fermées, la clientèle algérienne ne sera pas au rendez-vous. Quant aux Libyens, s’ils apprécient les séjours en Tunisie, ils préfèrent généralement, quand ils sont en famille, les locations aux hôtels.

Du côté des marchés émetteurs classiques, le regain de la pandémie en Tunisie contraint la Grande-Bretagne et la Belgique à classer le pays en zone rouge. Dans la foulée, EasyJet et le tour-opérateur TUI annulent toutes leurs réservations sur la saison.

L’Allemagne maintient les déplacements avec une obligation de quarantaine au retour. « Une contrainte qui ne convient pas à ceux qui prennent des congés », précise un Tunisien résidant à Stuttgart et qui hésite à rejoindre sa famille au mois d’août comme il en a l’habitude.

A l’été 2020, certains ont été piégés par les soudaines fermetures de frontières et les réductions de déplacements. « Au vu de la fulgurante diffusion du variant delta, de l’arrivée du nigérian et de l’impossibilité de contrôler la pandémie, les transporteurs, les tour-opérateurs et les agences de voyages auraient toutes les raisons d’être en alerte sur la destination Tunisie, admet un agent de voyage. S’ils annulent, le secteur touristique sera au plus mal », conclut-il, en guettant avec anxiété les réactions du marché français, et plus globalement de l’Union européenne.

Clientèle locale

Mehdi Allani, directeur général de l’hôtel Sultan à Hammamet estime que c’est le tourisme local qui pourrait sauver l’été. Il confie qu’actuellement les hôteliers ne font le plein que le samedi mais il compte sur une clientèle locale, qui ne peut voyager faute d’être vaccinée et qui permettrait de faire 15 % à 20 % de mieux que l’année dernière, où les touristes étrangers étaient également absents.

Nous devons tirer les leçons de cette pandémie et assimiler un minimum de mesures de sécurité

Une prévision qui incite des établissements fermés depuis six mois à lancer une réouverture avec ce qu’elle implique comme coûts. Mais ils ne pourront pas compter sur des groupes européens ni russes, bloqués, quant à eux, pour des raisons d’autorisation pour les vols charters.

« La reprise était là… quelle déception », déplore Houssem Ben Azouz, président du groupement professionnel du tourisme de la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT). Il regrette notamment que cette crise n’ait pas été employée aux réformes structurelles, à la formation et à une montée en gamme de la destination Tunisie.

« Ce virus est imprévisible. Nous devons tirer les leçons de cette pandémie et assimiler un minimum de mesures de sécurité. Leur pratique va être exigée par la clientèle étrangère, le tourisme ne sera plus le même », assure un organisateur d’excursions à Carthage.