Politique

Centrafrique : entre France et Russie, les coulisses de la formation du nouveau gouvernement

Réservé aux abonnés
Mis à jour le 25 juin 2021 à 15:13

Faustin Archange Touadéra, lors de la présidentielle, en décembre 2020. © Nacer Talel / Anadolu Agency / AFP

Le premier gouvernement de Henri-Marie Dondra a été annoncé le 23 juin. Mais entre les pressions de Paris et de Moscou, et la volonté du président Faustin Archange Touadéra de reprendre les rênes, sa formation a tourné au casse-tête… 

Les discussions auront officiellement duré douze jours, entre la nomination de Henri-Marie Dondra le 11 juin au poste de Premier ministre et celle de son gouvernement, le 23. Mais, selon nos informations, les tractations en coulisses ont en réalité commencé bien avant. Depuis des semaines, voire des mois, Faustin Archange Touadéra (FAT) était en effet convaincu de la nécessité de changer en profondeur son équipe gouvernementale.

Le président centrafricain avait même confié à certains de ses proches son ambition de remplacer jusqu’aux trois quarts des ministres. Le Premier ministre Firmin Ngrebada lui-même n’est pas parvenu à sauver sa tête et la décision de la France de suspendre une partie de son aide militaire à Bangui a accentué la pression sur FAT : tout profil ouvertement pro-russe ou anti-français était dès lors jugé peu souhaitable, le président souhaitant ménager Paris.

Proches parents

Selon nos informations, le ministre Pascal Bida Koyagbele, jusqu’ici coordinateur des Grands travaux et des Investissements stratégiques, a ainsi payé son hostilité affichée aux intérêts français et ne fait donc pas partie de la nouvelle équipe. Sous le regard appuyé de la diplomatie française, FAT a en effet préféré des profils plus neutres, ou a favorisé des parents et des très proches pour les postes-clés.

Jean-Claude Rameaux Bireau, son neveu et ex-conseiller économique, a ainsi été promu au ministère de la Défense, en remplacement de Marie-Noëlle Koyara, également proche de Moscou. Un autre neveu, Arthur Bertrand Piri (un ancien de la primature) a hérité de celui du Développement de l’énergie. Quant au portefeuille de l’Intérieur et de la Sécurité publique, il a été confié à un proche parent de FAT, l’ancien directeur général de la police Michel Nicaise Nassin. Tous deux sont originaires de la même ville, Damara.

Ce dernier est d’autant plus proche de Touadéra qu’il travaille à ses cotés à la présidence depuis plusieurs années. Selon nos sources, ce haut gradé de la police y dirigeait notamment le discret « Bureau information et communication » (BIC), chargé de fournir des renseignements, y compris politiques, au chef de l’État. Cette cellule travaillerait régulièrement en collaboration avec certains Russes de Bangui.

Félix Moloua (Économie), Bruno Yapande (Administration du territoire), Ruffin Benam Beltoungou (Mines) et Sylvie Baïpo-Teimon (Affaires étrangères) sont également des proches de FAT. Ce dernier, qui a annoncé la tenue prochaine d’un dialogue national, a par ailleurs souhaité laisser en place les représentants des groupes armés signataires de l’accord de paix de Khartoum de 2019, tandis que l’opposant Serge Ghislain Djorie a été désigné ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement.

Coup de jeune manqué

Selon nos sources, Faustin Archange Touadéra avait aussi pour ambition de rajeunir en profondeur l’équipe gouvernementale dirigée par Henri-Marie Dondra. Pour ce faire, il avait demandé à Dominique Errenon, ancien directeur de cabinet de Firmin Ngrebada, d’établir une liste de jeunes prétendants aux fonctions gouvernementales.

Aucun élu de cette sélection, qui rassemblait des personnalités de la majorité mais aussi de l’opposition, n’a toutefois intégré l’équipe ministérielle. Certains des candidats discrètement auditionnés ces dernières semaines devraient en revanche être nommés prochainement à la présidence ou à la primature.