Politique

Tunisie : un nouveau confinement général en vue ?

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Par - à Tunis
Mis à jour le 25 juin 2021 à 12:41

Des infirmières prodiguent des soins à un patient intubé, dans une unité de soins intensifs à l’hôpital de la ville de Gabès, dans le sud-ouest de la Tunisie, le 26 août 2020. © FETHI BELAID / AFP

Alors que les cas de Covid-19 sont plutôt à la baisse dans le monde, le pays ne semble pas en mesure d’endiguer une nouvelle vague ni de motiver les Tunisiens à respecter les restrictions.

La pandémie accélère le pas en Tunisie. En quelques jours, les gouvernorats de Kairouan, Béja, Zaghouan et Siliana ont été mis en confinement total. Mais cette riposte du gouvernement demeure une réponse faible aux nouveaux assauts du virus et de sa cohorte de variants.

« Nous sommes face à une nouvelle pandémie : le Covid-21 », a ainsi affirmé le docteur Zakaria Bouguerra. Cette cinquième vague sera difficilement soutenable pour un pays déjà mis à mal par une crise politico-économique qui paralyse les prises de décisions.

« Ce n’est que l’amorce de la tendance exponentielle », prévoit un autre médecin qui rappelle que le taux de positivité atteint les 36,12 % malgré l’insuffisance des tests et cite le gouvernorat de l’Ariana où 57 % des  tests effectués sont positifs.

Morgues saturées

Le pays, qui affiche une moyenne de 85 décès par jour, est sur la brèche. La quatrième vague de Covid s’est muée en cinquième assaut avec divers variants détectés sur le territoire. Des patients sur des brancards de fortune, d’autres alignés, faute de lits, sur des chaises avec des bouteilles d’oxygène, des morgues saturées et un profond désarroi de la population : ces images parvenus de Kairouan et Béjà témoignent d’une situation très alarmante.

Les délais sont tellement longs qu’on a le temps d’être contaminé, de guérir, voire de mourir plusieurs fois

Sur les réseaux sociaux les appels pour trouver un lit d’hôpital ou de l’oxygène se multiplient et la liste des zones touchées s’allonge rapidement. Les structures hospitalières publiques, qui sont allées au-delà de leur capacité maximum, sont au bout du rouleau. Ce retour en force d’une pandémie, que l’on pensait refoulée, pose un sérieux risque d’implosion d’un système de santé qui fait ce qu’il peut avec ce qu’il n’a pas, tant en termes de ressources humaines que d’équipements suffisants.

Atteindre une immunité globale reste l’objectif des autorités mais là encore, la Tunisie joue de malchance, faute de disponibilités de vaccins sur le marché international. « Nous résorbons malgré tout les retards pris au départ   », précise le docteur Zeineb Turki de Médecins sans frontières Tunisie, qui intervient auprès des plus précaires. Il n’empêche : les candidats à la vaccination renâclent à s’inscrire sur les listes.

« Les délais sont tellement longs qu’on a le temps d’être contaminé et de guérir, voire de mourir plusieurs fois », raille un trentenaire qui ne sait quand son tour viendra. « Procéder par tranches d’âge et donner la priorité aux porteurs de pathologies est un choix, on aurait pu opter pour une vaccination par catégorie professionnelle qui aurait touché ceux qui se déplacent au quotidien », commente un proche du conseil scientifique.

Cafés et lieux publics complets

Mais les autorités semblent dépassées par une population qui fait fi des interdits. A Kairouan, c’est un mariage avec 2 000 convives qui a rallumé le brasier Covid-19 dans le gouvernorat. « Les décisions ne sont pas crédibles quand les représentants locaux de toutes les institutions eux-mêmes participent à ce genre d’évènements au lieu de faire appliquer la loi », note un médecin.

Loi ou pas, rien n’y fait : malgré le couvre-feu, cafés et lieux publics affichent complet, certains baissent même le rideau pour des nocturnes endiablées jusqu’au petit matin. Sans compter les mariages et les innombrables fêtes à l’occasion des remises de diplômes. « Après le confinement de 2020, qui a mis le pays à l’arrêt, personne ne veut se défaire d’habitudes bien ancrées. Une manière de signifier que la vie continue », commente un psychologue.

L’État, dont les caisses sont vides, veut éviter les mesures drastiques

«­Difficile de contraindre les personnes à vivre dans des espaces le plus souvent réduits. Cela entraine des violences et des abus au sein des familles au point qu’il faudrait un suivi des conséquences psychiques de la pandémie », ajoute Zeineb Turki. Comment, dans ces conditions, faire respecter au moins les principes de distanciation ? Les plus radicaux appellent à un confinement général avec une réquisition du personnel médical parti à la retraite depuis trois ans.

Saison morose

L’État, dont les caisses sont vides, veut éviter les mesures drastiques et prend en compte la précarité de ceux qui vivotent au jour le jour de petits métiers, une population à laquelle il ne peut plus distribuer de subsides. « Rien n’empêche les gens de sortir surtout en ces jours de canicule. Même le couvre-feu n’est pas dissuasif », constate un policier de Tunis.

« Après être allé au travail dans des bus où nous sommes entassés comme des sardines, difficile de m’interdire d’aller au café », proteste un usager. L’alerte semble, par contre, être prise au sérieux à l’étranger. A la veille d’une saison touristique qui s’annonce à nouveau morose, la Grande-Bretagne vient de classer la Tunisie en zone rouge.