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Sept start-up africaines pionnières de la tech mondiale

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Mis à jour le 30 juin 2021 à 16h39
JAD20210623-ECO-STARTUP WEF

JAD20210623-ECO-STARTUP WEF © Gregory Rockson, Samuel Alemayehu, Babs Ogundeyi, Musty Mustapha, Abasi Ene-Obong © A. bailey/Skoll; Ronbrown; Kuda, 54Gene . Montage JA

Dans des secteurs de pointe, des jeunes entreprises africaines gagnent du galon et se font repérer par des organismes de référence comme le Word Economic Forum.

Certains signaux faibles ne trompent pas, à l’image de celui que vient de livrer le centre de recherche israélien StartupBlink sur l’Afrique. Spécialisés dans l’étude des meilleurs écosystèmes innovants dans le monde avec un index publié chaque année, ses experts viennent de placer Lagos à la 122e du classement qui sonde 1 000 métropoles à travers une centaine de pays selon leur capacité à mettre en place les conditions idéales de l’essor d’entreprises du numérique.

Cela fait de la capitale économique nigériane la meilleure ville pour créer sa start-up en Afrique. La métropole de plus de 17 millions habitants détrône ainsi Nairobi, reléguée au 136e rang mondial après avoir perdu 20 places en un an. En région Afrique Moyen-Orient, les deux capitales se positionnent avant Le Caire (180e), Abu Dhabi (169e) ou encore Riyad (192e), connues pour leur volonté de devenir des pôles reconnus de la tech mondiale.

Un autre signal fort est venu du canton de Genève en Suisse, où siège le World Economic Forum (WEF). Le 16 juin dernier, sept jeunes pousses du continent ont été sélectionnées par le WEF parmi les 100 start-up considérées comme pionnières sur le plan technologique.

Il s’agit de 54Gene, mPharma, Cambridge Industries, FlexFinTx, Kuda Technologie, Moringa School et Sokowatch. Cette sélection annuelle qui fête ses vingt ans a déjà récompensé dans le passé des sociétés comme Google, Airbnb, Twitter ou Spotify.

Selon la start-up 54Gene, moins de 3 % des données génomiques représentées dans la recherche proviennent de populations africaines.

Selon la start-up 54Gene, moins de 3 % des données génomiques représentées dans la recherche proviennent de populations africaines. © 54gene.com

54Gene (Lagos/Washington)

Du haut de ses 35 ans, le patron nigérian de 54Gene, Abasi Ene-Obong figure à la 33e place du classement Jeune Afrique des 50 personnalités qui font le numérique sur le continent.

Son entreprise spécialisée dans le séquençage des génomes africains s’est démarquée en 2020 par le rôle central qu’elle a joué – au détriment de son développement géographique qu’elle a mis en pause durant la période – dans la gestion des campagnes mobiles de dépistage du Covid-19 au Nigeria.

Forte de 15 millions de dollars levés en avril 2020, la jeune pousse du généticien diplômé de l’Imperial College de Londres et du Claremont College aux États-Unis ne manquera pas de retourner rapidement à son projet phare. À savoir la monétisation d’une banque de gènes afin de faire avancer au plus vite la recherche en faveur de soins mieux adaptés aux physiologies du continent.

mPharma (Accra)

Elle aussi a été précieuse pour le secteur public dans le contexte sanitaire actuel. La start-up mPharma, créée en 2013 par Gregory Rockson et présente dans huit pays, a aidé le Ghana et le Nigeria à muscler leurs équipements dédiés aux diagnostics des tests via la création d’un fonds spécial de 3 millions de dollars. Elle a aussi permis à l’État ghanéen, via un consortium privé, d’assurer une campagne de vaccination gratuite pour le personnel médical.

Avec 53 millions de dollars levés depuis sa création, l’entreprise de gestion des stocks de médicaments sur ordonnance pour le compte d’officines s’est offerte en 2019, Haltons, une enseigne de pharmacies au Kenya, pour un montant inconnu. Elle souhaite désormais étendre cette marque en Éthiopie.

Cambridge Industries assure pouvoir fournir de l’électricité à 25 % des habitants d’Addis-Abeba tout en les débarrassant de 80 % de leurs déchets.

Cambridge Industries assure pouvoir fournir de l’électricité à 25 % des habitants d’Addis-Abeba tout en les débarrassant de 80 % de leurs déchets. © DR

Cambridge Industries (Addis-Abeba)

Fermes d’insectes, production d’énergie à partir de déchets, recyclage… Il va sans dire qu’en matière technologique l’entreprise dirigée par Samuel Alemayehu est à la pointe de l’innovation. Allié au China National Electric Engineering Company (CNEEC), l’opérateur est aussi largement soutenu par le gouvernement éthiopien qui a financé l’intégralité de son unique usine de valorisation des déchets, installée à côté de la décharge de Koshe, près de la capitale. Avec son infrastructure, Cambridge Industries assure pouvoir fournir de l’électricité à 25 % des habitants d’Addis-Abeba tout en les débarrassant de 80 % de leurs déchets.

Formé en management des sciences et en ingénierie à l’université de Stanford aux États-Unis, Samuel Alemayehu, l’éloquent PDG de Cambridge Industries qui intervient lors de conférences à Harvard, compte bien tirer parti des 20 % de déchets restants de la production de son usine. Il prévoit l’installation de trieurs de métaux pour le recyclage de ces déchets, la filtration de l’eau toxique issue des déchets ou encore la création de briques à partir de cendres.

FlexFinTx (Harare)

La blockchain fascine autant qu’elle interroge, mais pour le Zimbabwéen Victor Mapunga et son associé indien Haardik – ce dernier indique ne pas avoir de prénom –, cette technologie qui permet de certifier des transactions de façon décentralisée, est aussi un moyen de créer un registre de documents d’identité accessible sans connexion pour les 400 millions d’Africains qui en sont dénués.

Le processus est simple : un compte WhatsApp suffit pour enregistrer son identité dans une discussion gérée par un chatbot (logiciel robot pouvant dialoguer avec un utilisateur). Ce dernier récupère les informations sur une chaîne de blocs appelée Algorand.

Baptisé FlexID, le service proposé par la start-up d’Harare est connecté à des institutions financières et les services gouvernementaux partenaires, permettant aux utilisateurs d’ouvrir des comptes en banque, de contracter une assurance ou de signer un contrat de travail.

Membre de la Fondation pour l’identité décentralisée depuis février 2020, l’entreprise créée en 2018 contribue en parallèle à la définition de normes numériques de gestion d’identités décentralisée aux côtés de mastodontes de la tech, comme Microsoft ou IBM.

Mustapha Musty est le co-fondateur de Kuda.

Mustapha Musty est le co-fondateur de Kuda. © Linkedin/DR

Kuda (Lagos)

Il y a un mois, cette banque en ligne aux ambitions panafricaines assumées dépassait pour la première fois le million de clients. Fondée en 2016 par Babs Ogundeyi et Mustapha Musty, Kuda est le troisième nom d’une société initialement spécialisée dans les prêts en ligne qui se nommait alors Kuda Money. Au fil du temps, une licence bancaire a été décrochée au Nigeria et 36,6 millions de dollars ont été levés lors de quatre tours de table. Au capital, figurent plusieurs investisseurs de renom – dont Ragnar Meitern, ex-dirigeant du groupe de bancassurance néerlandais ING – ou Valar Ventures, un fonds new-yorkais qui gère 1,2 milliards de dollars d’actifs.

Pour se démarquer, cette banque en ligne nigériane qui revendique avoir géré 2,2 milliards de dollars de transactions en février, s’inspire des succès comme Nubank au Brésil, N26 en Allemagne ou Revolut au Royaume-Uni. Ces « néo-banques » ont pour particularité d’être toutes 100 % numériques, de disposer d’un solide service client et de pratiquer des frais quasi nuls sur les transactions en carte bancaire.

Moringa School (Nairobi)

Créée en 2014 par la Taïwano-Américaine Audrey Cheng et le Kényan Frank Tamre – tous deux en retrait de la direction exécutive désormais –, la promesse de Moringa School rappelle celle formulée par l’américaine Andela : adapter les profils tech aux besoins des entreprises africaines ou internationales.

Présente au Kenya, au Rwanda et en Ouganda et alliée à 80 structures locales ou internationales comme Microsoft, le cabinet de conseil américain Dalberg et la fondation Mastercard, la start-up spécialisée dans la formation de codeurs et de spécialistes des données revendique jusqu’ici avoir inscrits 3 000 personnes pour un taux d’insertion dans l’emploi de 85 %.

En 2019, puis en mai dernier, le fonds d’investissements néerlandais DOB Equity, présent aux tours de table de Twiga Foods, du logisticien Sendy ou encore de l’application de paiement pour l’électricité M-Kopa, est entrée au capital de l’école pour un montant inconnu.

Présidé désormais par Meredith Karazin, l’établissement applique des frais de scolarité d’environ 1 500 euros par an avec des aides au financement.

Sokowatch (Nairobi)

Cette start-up spécialisée dans l’approvisionnement des commerces informels a pour sa part été classée par le magazine Fast Company parmi les entreprises les plus innovantes du monde. Il faut dire qu’en deux ou trois coups d’algorithme, l’entreprise fondée par l’américain Daniel Yu a démontré qu’une bonne gestion des stocks revient à éviter le gaspillage et optimise les revenus des commerçants, aussi petits soient-ils.

Convaincus par le modèle, qui embarque côté fournisseurs les stars des biens de consommation comme Unilever et Procter & Gamble, le fonds de capital-risque marocain Outlierz Ventures a pris part au tour de table d’amorçage dès 2018. Il précède ainsi d’autres fonds prestigieux comme l’investisseurs dédié à l’Afrique de l’Est, Catalyst Fund (qui compte parmi ses investisseurs Proparco et CDC Group) ou l’américain 4DX Ventures qui a participé en juin à la levée de fonds de 30 millions de dollars du logisticien égyptien Trella.

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