Politique

Exclusif – Mauritanie : pourquoi Mohamed Ould Abdelaziz a été arrêté

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 23 juin 2021 à 16h31
Mohamed Ould Abdelaziz à Nouakchott, en avril 2021.

Mohamed Ould Abdelaziz à Nouakchott, en avril 2021. © Bechir Malum pour JA

En garde à vue en août 2020, l’ancien président a cette fois été placé sous mandat de dépôt. Voici les détails de ce nouveau rebondissement de « l’affaire Aziz ».

Le 22 juin, aux alentours de 18 heures, trois policiers se présentent au domicile nouakchottois de Mohamed Ould Abdelaziz, situé dans le quartier des Bourses, afin de lui remettre une convocation chez le juge d’instruction. L’ancien président en prend acte et se rend à bord de sa voiture personnelle dans les bureaux du magistrat afin d’y être auditionné en présence de ses avocats mauritaniens. Selon nos informations, la justice l’accuse de non-respect des mesures de son contrôle judiciaire et de trouble à l’ordre public. « Aziz » a été placé en détention préventive dans une maison appartenant à l’École de police – Abdallah al-Senoussi, l’ancien chef des renseignements de Mouammar Kadhafi, avait été détenu dans ces locaux en 2012.

Signatures manquées

L’assignation à résidence de l’ancien chef de l’État avait été renforcée début mai. Il ne pouvait jusqu’alors se déplacer que pour recevoir des soins, se rendre à la mosquée et se présenter au commissariat spécial chargé des crimes économiques. Mohamed Ould Abdelaziz avait en effet l’obligation hebdomadaire de s’y montrer à trois reprises, le mercredi à 17 heures, le vendredi à 14 heures et le dimanche à 15 heures. Depuis plusieurs semaines, il avait pris l’habitude de ne plus y aller en voiture, mais à pied.

Sur son trajet, il était accompagné par des sympathisants – de 700 à 1 000 personnes selon ses proches, ou de 20 à 30 d’après le clan présidentiel. À chaque déplacement, les interventions de la police ont occasionné des bousculades. Afin de dénoncer des « violences » et des « arrestations », l’ex-président a refusé d’aller signer par deux fois, les 18 et 20 juin.

« Au vu des graves accusations portées contre lui, le contrôle judiciaire ne peut que se justifier, assure un membre du premier cercle de Mohamed Ould Ghazouani. Si quelqu’un ne se soumet pas aux règles édictées par le juge, il peut s’attendre à des conséquences. Alors quand Mohamed Ould Abdelaziz affirme en toute conscience qu’il ne veut plus le faire, il peut s’attendre à ce qu’une mesure de durcissement soit édictée par le magistrat. »

Dans le cadre des mesures anti-Covid, une personne mise sous mandat de dépôt est détenue quinze jours avant d’être incarcérée

« Le président a toujours respecté son contrôle judiciaire, il se présentait même dix minutes avant chaque convocation, réplique l’un de ses anciens ministres. Sauf que beaucoup de personnes faisaient dernièrement le chemin avec lui. Son courage et sa popularité dérangent le régime. Il est clair qu’il est victime d’un règlement de comptes politique. »

Plainte aux Nations unies

En avril, l’ancien chef de l’État avait annoncé rejoindre le parti Ribat al-Watani, présidé par Saad Ould Louleid, qui se réunira prochainement en congrès afin d’élire un nouveau bureau. Il justifie depuis les accusations qui le visent par son engagement militant. « Sa détention est totalement irrégulière et disproportionnée, il s’agit d’un moyen de pression car on veut l’empêcher de s’exprimer », plaide son avocat français Me David Rajjou.

Mohamed Ould Abdelaziz, toujours présumé innocent en l’absence de jugement définitif, ira-t-il en prison ? « L’ancien président était placé sous contrôle judiciaire et la loi est très claire : lorsqu’il y a défaillance, le juge est formellement autorisé à émettre un mandat de dépôt, assure Me Brahim Ould Ebety, chef du pôle des avocats de l’État constitué pour cette affaire. Dans le cadre des mesures anti-Covid, une personne mise sous mandat de dépôt est détenue quinze jours avant d’être incarcérée. Donc oui, il ira en prison. »

De son côté, le juge est tenu d’accélérer le processus de l’instruction. Aziz demeure inculpé pour, entre autres, corruption, blanchiment d’argent, enrichissement illicite, dilapidation de biens publics, octroi d’avantages indus et obstruction au déroulement de la justice.

Les avocats de l’ex-chef d’État s’apprêtent à répliquer. Une plainte pour atteinte à la liberté de circulation et aux droits de la propriété, détention arbitraire, violation des droits constitutionnels, pressions policières et instrumentalisation du pouvoir judiciaire sera déposée dans les prochaines semaines devant les Nations unies.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3102p001_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer