Politique

[Chronique] Angelina Jolie chez des réfugiés maliens : indécente ou utile ?

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Par  Damien Glez

Dessinateur et éditorialiste franco-burkinabè.

Damien Glez

© Damien Glez

Hollywood au pays des hommes intègres : la visite de l’interprète de Lara Croft au camp de réfugiés de Goudebou vient de déclencher son petit buzz. C’est déjà ça…

La star américaine voile sa chevelure « châtain aux nuances chocolat chaud ». Descendue d’un hélicoptère qui a noyé les environs du camp de réfugiés maliens de Goudebou dans un nuage de poussière, Angelina Jolie ceint son visage d’égérie d’une expression compatissante dont on sait que la simulation est son métier. Au micro, elle fait vibrer quelques trémolos solidaires en direction de déplacés qui ne connaissent sans doute guère la filmographie de l’actrice.

À un autre moment de la journée, sobre et sombre sous les ors de la République burkinabè, elle offre aux photographes homologués une pose étudiée lorsqu’elle échange avec le président du pays, sans surprise, un bronze. On est le 20 juin, la journée mondiale des réfugiés.

Mise en scène

La captation de stars émues sur des terrains de détresse fleure parfois une posture à ce point « anachronique » qu’on remet lesdites vedettes à leur place, comme la chanteuse Madonna dont l’ancienne présidente du Malawi Joyce Banda nuança, en 2013, la sincérité de l’engagement humanitaire.

Mais le parcours d’Angelina Jolie, lui, semble sans accroc. Celle qui adopta, en 2005, une fille originaire d’Éthiopie et donna naissance à un autre enfant en Namibie, affirme à qui veut l’entendre son attachement authentique au continent africain. Et les institutions internationales comme le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) n’hésitent pas à l’investir ambassadrice de bonne volonté.

Qu’importe le flacon du buzz pourvu qu’on ait l’impact médiatique

Depuis vingt ans, Angelina Jolie a notamment mené des excursions à caractère humanitaire en Sierra Leone, en Tanzanie, au Kenya, en Namibie, au Tchad, au Rwanda ou encore en République démocratique du Congo.

La mise en scène de ce 20 juin, à Goudebou, sert-elle davantage l’image de la star mondiale que le sort des réfugiés maliens au Burkina Faso ? « Qu’importe le flacon du buzz pourvu qu’on ait l’impact médiatique », pensent certainement nombre d’humanitaires de profession qui savent qu’une communication invariable insensibilise les regards des nantis.

À cette époque de zapping, une pose de star entre deux affiches mélodramatiques, c’est le gage d’une com’ variée sur les camps de réfugiés ou de déplacés internes qui ne font même plus les unes locales.

Cerise politique et financière

Et peut-être peut-on trouver sur le gâteau sirupeux d’une mise en scène hollywoodienne, une cerise politique et une cerise financière. Dimanche à Goudebou, c’est devant Alpha Barry, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, et des diplomates étrangers qu’Angelina Jolie tranchait : « La vérité est que nous ne faisons pas la moitié de ce que nous pourrions et devrions faire pour trouver des solutions, et permettre aux réfugiés de rentrer chez eux. »

Depuis 2012, quelque 22 000 réfugiés de diverses nationalités ont trouvé refuge au Burkina, dont de nombreux Maliens fuyant les exactions des groupes jihadistes. Or, le pays est devenu à son tour la cible de telles attaques terroristes.

Sur le plan financier, les « spectacles » médiatiques d’Angelina Jolie sur les sols arides d’Afrique peuvent susciter des collectes dans son milieu cinématographique culpabilisé ou dans sa fanbase. De même, après son accouchement namibien, l’actrice avait versé à un organisme de bienfaisance les 7,5 millions de dollars qu’avaient rapportés les premières photos du bébé. Marchandage maternel indécent et instrumentalisation communicationnelle des tragédies africaines ? Qu’importe si l’action humanitaire s’en trouve mieux financée. « Trop de viande ne gâte pas la sauce. »

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