Politique

RDC : Jason Katya Muhiwa, l’adolescent qui a poussé Félix Tshisekedi à demander pardon

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 22 juin 2021 à 16h56
Jason Katya Muhiwa, président du Parlement des enfants de Beni, le 17 juin 2021 lors d’une rencontre avec Félix Tshisekedi.

Jason Katya Muhiwa, président du Parlement des enfants de Beni, le 17 juin 2021 lors d'une rencontre avec Félix Tshisekedi. © Présidence RDC

Son témoignage sur les violences subies par les élèves de Beni, dans le Nord-Kivu, a poussé Félix Tshisekedi à demander « pardon » aux jeunes de la région. Qui est Jason Katya Muhiwa, nouvelle voix du Nord-Kivu ?

« Je vous demande pardon, au nom de ceux qui vous ont fait tant de mal. Vraiment. Pardon, du fond du cœur. Je n’étais pas au courant de toutes ces violences exercées sur des enfants ». Ce jeudi 17 juin, Félix Tshisekedi a la voix grave, chargée d’émotion.

Il répond à l’interpellation d’un jeune homme de 17 ans, Jason Katya Muhiwa, qui vient de délivrer un témoignage poignant. Seul au micro, face au président congolais en tournée dans l’est du pays depuis une semaine, le jeune homme intervenait dans le cadre d’une rencontre entre le chef de l’État et des représentants de la société civile de Beni. Il a profité de l’occasion pour livrer dans le détail la manière dont, en avril dernier, les jeunes qui réclamaient la venue du président de la République ont été violemment réprimés.

« Des élèves ont été brutalisés »

Avec plusieurs camarades, Jason Katya Muhiwa avait été à l’initiative de la manifestation organisée dans la cour de la mairie de Beni pour protester contre l’inefficacité de la réponse de l’État face aux violences commises par les ADF, et demander la venue urgente de Félix Tshisekedi. Les jeunes y étaient restés plusieurs jours, avant d’en être délogés manu militari, tandis qu’à Kinshasa, Félix Tshisekedi avait laissé entendre qu’ils étaient « manipulés par des adultes ». Près de 70 élèves avaient été arrêtés puis détenus à l’Établissement de garde et d’éducation pour enfants en conflits avec la loi (EGEE).

Nous venions pour défendre la paix, nous avons été maltraités »

« Il y a eu parmi nous des blessés graves, des élèves ont été brutalisés par les militaires et les services de sécurité », a rappelé Jason Katya Muhiwa, avant d’évoquer des « coups de fouets et des bras fracturés » et de souligner que certains avaient même passé plusieurs jours en prison. « Nous venions pour défendre la paix, nous avons été maltraités », a dénoncé le jeune homme, avant d’obtenir les excuses du chef de l’État.

Brillant et engagé

À 17 ans, Jason Katya Muhiwa est un militant connu dans le Nord-Kivu. Né à Butembo, ville commerciale de la province du Nord-Kivu, sa famille s’installe à Beni alors qu’il a cinq ans. Rapidement repéré pour ses bons résultats scolaires en primaire, il devient membre du club des « Génies en herbe de Beni », et se voit décerner une bourse.

Le jeune homme suit actuellement ses études secondaires – les « Humanités »  – en biologie et chimie, tout en se construisant un parcours de jeune citoyen engagé. Depuis juin 2019, il préside le Parlement des enfants de Beni – c’est d’ailleurs à ce titre qu’il était présent lors de la rencontre avec le chef de l’État. Il a notamment représenté le Nord-Kivu au conseil triennal de World Vision International, aux Philippines, en novembre 2019.

Jason Katya Muhiwa a pour projet de « faire des études de médecine », affirme-t-il. Le jeune homme ne veut pour autant pas abandonner son engagement, sans savoir encore sous quelle forme le poursuivre. « Si l’insécurité persiste, je m’engagerai : soit dans l’armée, soit dans la politique. »

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3102p001_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer