Politique

Iran : ce qu’il faut savoir sur Ebrahim Raïssi, le nouveau président

Réservé aux abonnés | | Par
Mis à jour le 24 juin 2021 à 12h05
Ebrahim Raïsi lors de sa première conférence de presse depuis sa victoire électorale à Téhéran, le 21 juin 2021.

Ebrahim Raïsi lors de sa première conférence de presse depuis sa victoire électorale à Téhéran, le 21 juin 2021. © FATEMEH BAHRAMI/AFP

Proximité avec le Guide suprême Ali Khamenei, point de vue sur l’accord sur le nucléaire… Qui est le nouveau président iranien, élu au premier tour le vendredi 18 juin ?

Il est le nouveau président de l’Iran. Le conservateur Ebrahim Raïssi a été élu dès le premier tour avec plus de 60 %. Le score élevé s’accompagne d’un taux d’abstention record : moins d’un Iranien sur deux a fait le déplacement aux urnes, un record pour une élection présidentielle.

Proche du Guide suprême, Ali Khamenei, il était le favori du scrutin, d’autant plus que le candidat plus modéré Ali Larijani a vu sa candidature invalidée. Déjà candidat lors de l’élections de 2017, il avait récolté 38 % des suffrages. Qui est le successeur d’Hassan Rohani ?

Futur Guide suprême ?

Ebrahim Raïssi était le candidat le plus proche d’Ali Khamenei, le Guide suprême, détenteur du pouvoir réel. Cependant, le poste de président constitue un potentiel tremplin vers le siège de Guide suprême. 

Ainsi, son ancienneté au sein du sérail et ses liens privilégiés avec les Gardiens de la révolution et le Guide font d’Ebrahim Raïssi un candidat potentiel à la succession d’Ali Khamenei. Selon Clément Therme, spécialiste de l’Iran, son élection « renforce ses chances » de devenir Guide suprême après Khamenei. « Il a de fortes chances de devenir le prochain Guide », indique-t-il. 

Celui-ci a d’ailleurs exprimé sa satisfaction de l’élection de Raïssi. Pour lui,  le « grand vainqueur » des élections est « la nation iranienne (qui) s’est levée une fois de plus contre la propagande des médias mercenaires de l’ennemi ».

Un « dur » sur le nucléaire

« Nous serons attachés [à l’accord de Vienne] en tant qu’accord approuvé par le Guide suprême. » Dans un débat le 12 juin dernier, Ebrahim Raïssi candidat a affirmé son attachement aux accords sur le nucléaire. L’accord vise à limiter les capacités nucléaires iraniennes en contrepartie d’une levée des sanctions internationales.

Toutefois, lundi 21 juin, trois jours après son élection, Ebrahim Raïssi a déclaré qu’il n’autoriserait pas des « négociations pour le plaisir » sur le dossier nucléaire et a refusé une potentielle rencontre avec Joe Biden.

Lors de la campagne, il avait précisé dans une interview à la télévision iranienne que sa politique étrangère « mettrait les intérêts nationaux au premier plan ». Il avait souligné : « Les sanctions oppressives doivent être levées et aucun effort ne doit être épargné [pour ceci]. »

Un pur religieux

Le nouveau président est un sayyed, un descendant du prophète Muhammad, comme l’atteste le turban noir qu’il porte quotidiennement. 

Il commence ses études au séminaire de Qom, l’un des plus importants d’Iran. Il a aussi étudié à l’école de l’ayatollah Sayyed Muhammad Mousavi Nezhad, et celle de l’Ayatollah Borujerdi. 

Le nouveau président est un sayyed, un descendant du prophète Muhammad

En mars 2016, Raïssi prend la tête d’Astan Quds Razavi, l’une des fondations religieuses les plus riches du monde musulman. Celle-ci administre le mausolée de l’imam Reza et est un acteur économique important en Iran. 

Raïssi est le beau-fils de l’ayatollah Ahmad Alamolhoda qui dirige la prière du vendredi dans le mausolée de l’imam Reza et est le représentant d’Ali Khamenei dans la province du Khorasan-e Razavi, où se trouve le mausolée de l’imam Reza.

Chef du système judiciaire iranien

Avant de se lancer en politique, Ebrahim Raïssi a gravi tous les échelons du système judiciaire iranien. Âgé de dix-huit ans à peine au moment de la révolution islamique de 1979, il entre au tribunal administratif de Masjed Soleiman dans les premiers jours de la mise en place du régime. 

Il devient juge au parquet de Masjed Soleiman à seulement dix-neuf ans, puis procureur de Karaj, puis de Hamedan à seulement vingt ans. En 1985, il est nommé procureur adjoint de Téhéran et s’installe dans la capitale.

En 2004, il devient procureur adjoint d’Iran. Dix ans plus tard, il prend la place de Sadeq Larijani et devient procureur d’Iran. S’il est nommé pour cinq ans, Ebrahim Raïssi démissionne en 2016, seulement deux ans après son entrée en poste. 

En 2019, il est nommé par Ali Khamenei, le Guide suprême, pour cinq ans, à la tête du système judiciaire iranien, plus haute autorité juridique du pays.

Exécutions massives

Le nouveau président iranien est accusé d’être lié à des exécutions massives de détenus de gauche en 1988, alors qu’il était procureur adjoint du tribunal révolutionnaire de Téhéran.

Interrogé en 2018 et en 2020 sur ces événements, Ebrahim Raïssi a nié y avoir joué un rôle, mais a rendu hommage à « l’ordre » donné selon lui par l’ayatollah Khomeiny, fondateur de la République islamique, à l’initiative des exécutions.

Raïssi figure sur la liste noire des responsables iraniens sanctionnés par Washington

Le lendemain de son élection, l’ONG Amnesty International, dans un communiqué, demande que le nouveau président iranien soit l’objet d’une enquête pour « crimes contre l’humanité » et « répression brutale » des droits humains.

Du fait de ces accusations, Raïssi figure sur la liste noire des responsables iraniens sanctionnés par Washington pour « complicité de graves violations des droits humains », accusations démenties par Téhéran.

Jeune Afrique Digital

L'abonnement 100% numérique

consultable sur smartphone, PC et tablette

JA3102p001_600 devices

Profitez de tous nos contenus
exclusifs en illimité !

Inclus, le dernier numéro spécial de Jeune Afrique

Abonnez-vous à partir de 1€
Fermer