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Mahmoud Mestiri

L'ancien ministre tunisien des Affaires étrangères est décédé le 28 juin à Tunis, à l'âge de 76 ans.

Avant que la difficile médiation qu’il a menée, de janvier 1994 à mai 1996, entre les factions afghanes, ne l’ait mieux fait connaître du reste du monde, ce Tunisois a été, pendant près de quarante ans, l’un des dirigeants de la diplomatie de son pays.

Né le 25 décembre 1929, à Tunis, alors sous protectorat français, Mahmoud Mestiri a pris part au mouvement de libération nationale. Membre du Néo-Destour, parti nationaliste, il a milité, entre 1953 et 1956, au sein de la Jeunesse destourienne, à Paris, tout en poursuivant parallèlement ses études supérieures et en assurant une correspondance au quotidien arabophone Assabah. De retour au pays, après l’indépendance, un diplôme de sciences politiques en poche, il a intégré le ministère des Affaires étrangères, qu’il n’a plus quitté jusqu’à sa retraite.
Mestiri a été secrétaire d’ambassade au Ghana en 1960, chef de la mission spéciale tunisienne au Congo, la même année, puis, en 1961, assistant du représentant du secrétaire général de l’Onu dans ce pays. De retour à Tunis, en 1964, il a été chef de la division Amérique au ministère des Affaires étrangères, représentant de son pays aux Nations unies, en mai 1967, ambassadeur au Canada, deux mois plus tard, puis à Bonn, en décembre 1970.
Rappelé à Tunis, en 1973, Mestiri a occupé le poste de secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, avant d’être nommé, en 1974, ambassadeur à Moscou, et, en 1976, représentant spécial aux Nations unies. Nommé président du comité de l’information de l’organisation onusienne, en 1979, il a dû rentrer, un an plus tard, à Tunis, pour assurer la direction de cabinet du ministre des Affaires étrangères, puis le secrétariat général du même département, jusqu’à sa nomination, en 1982, comme secrétaire d’État aux Affaires étrangères. Ce poste, il l’a occupé jusqu’en 1986, date à laquelle il a été désigné, une nouvelle fois, comme représentant de la Tunisie auprès des Nations unies.

Nommé en 1987 ambassadeur à Paris par l’ancien président Habib Bourguiba, Mestiri n’a pas tardé à être rappelé par le successeur de ce dernier, le président Zine el-Abidine Ben Ali, qui l’a nommé ministre des Affaires étrangères le 7 novembre 1987. Il dirigera la diplomatie tunisienne pendant un an avant de se voir confier l’ambassade du Caire. Il restera à ce dernier poste jusqu’en 1990.
Mestiri, qui a joué dans l’équipe de football du Club africain (CA) dans les années 1940, a fait partie du bureau directeur de ce grand club de la capitale à partir de 1960, avant d’en assurer la présidence en 1986-1987. Maire de L’Ariana, banlieue de la capitale, de 1980 à 1995, il a achevé sa carrière diplomatique en assumant, de janvier 1994 à mai 1996, la fonction d’envoyé du secrétaire général des Nations unies pour l’Afghanistan. L’organisation internationale, qui était alors dirigée par l’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, poursuivait plusieurs objectifs dans ce pays : assurer une présence sur place, convaincre les pays uvrant en sous-main de cesser leurs ingérences, stabiliser la situation interne par la tenue d’assemblées locales et organiser des élections pouvant mener à la paix. La médiation de Mestiri entre les factions afghanes a cependant été rendue difficile par l’intransigeance des belligérants et les interventions extérieures.
Critiqué par des diplomates occidentaux, certains officiels de l’ONU et de nombreux Afghans, pour avoir publié bien trop tôt la liste du conseil intérimaire qu’il venait de constituer, Mestiri a présenté sa démission, le 28 mai 1996, officiellement pour des raisons de santé. En réalité, le conseil intérimaire, qui devait être dirigé par un royaliste, Sultan Ghazi, cousin de l’ancien roi, avait été rejeté par deux seigneurs de guerre, Rabbani et Hekmatyar, ainsi que par les talibans, qui en étaient exclus. Mahmoud Mestiri a témoigné de son aventure afghane dans un livre en arabe écrit en collaboration avec le journaliste tunisien Salah Attia, Afghanistan : politique absente et paix armée (Sud-Éditions, Tunis, 2000).

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