Politique

Maroc : en tournée électorale avec Aziz Akhannouch

Réservé aux abonnés | | Par - à Agadir
Mis à jour le 21 juin 2021 à 14h38
Aziz Akhannouch, en campagne électorale du RNI.

Aziz Akhannouch, en campagne électorale du RNI. © RNI

« Tu mérites mieux. » Tel est le slogan choisi par le Rassemblement national des indépendants (RNI) pour sa campagne électorale qu’il a démarré tambour battant le 3 juin. Coulisses d’une première tournée consacrée à la présentation d’un programme ambitieux, mais coûteux.

Depuis cinq ans que le Rassemblement national des indépendants (RNI) répète ses gammes, le parti laissait promettre une campagne électorale originale pour les législatives de septembre. Et il faut reconnaître que son lancement a été loin d’être décevant tant sur la forme que sur le fond. Telle une rock-star, Aziz Akhannouch, a lancé sa campagne depuis Agadir, chef-lieu de sa région d’origine, le 3 juin. « Agadir c’est son fief, sa ville porte-bonheur », explique un membre de son staff.

Crans géants, maître de cérémonie, micro serre-tête… le RNI a mis les petits plats dans les grands

L’événement a d’ailleurs constitué le premier meeting d’ampleur en présentiel, depuis l’annonce du premier cas de Covid-19 dans le royaume en mars 2020. À l’entrée du rassemblement, des tests PCR sont effectués, avant que la centaine d’invités que pouvait se permettre le RNI ne puisse pénétrer l’enceinte, dans le respect des restrictions sanitaires.

Riche campagne

Outre cette mesure de sécurité nouvelle, la forme du meeting dénote avec les rassemblements politiques, généralement modestes, auxquels les autres partis politiques ont habitué les Marocains.

Habillage en bleu étincelant sur blanc de colombe (symbole du parti), écrans géants sur lesquels défilent des spots de campagne et fenêtres des militants qui suivent à distance l’événement, maître de cérémonie professionnel, succession sur la scène des cadors du parti pour discourir en micro serre-tête : le RNI a mis les petits plats dans les grands.

Quant à la jeunesse du parti, créée sous l’ère Akhannouch, elle s’emploie à chauffer la salle avec force slogans et acclamations. La régie d’une dizaine de caméras et les drones sont bien évidemment là pour immortaliser l’événement.

Toute cette logistique a été transportée en moins d’une semaine à travers cinq villes du royaume. Les équipes d’Akhannouch, qui ont sillonné les pays ces dernières années, sont rompues à l’exercice. Il faut dire que les finances du parti se sont nettement améliorées depuis qu’il a été repris par Aziz Akhannouch en 2016. Ministre doté du portefeuille stratégique de l’Agriculture, de la Pêche, des Eaux et des Forêts, il est aussi l’une des plus grandes fortunes du Maroc, en étant actionnaire des conglomérats Akwa et Aksal.

Les cotisations ont par exemple été multipliées par dix dès la première année de son mandat, plaçant le RNI comme la deuxième formation politique la plus riche du royaume. « Suivant l’exemple d’Akhannouch, les nababs du parti ont tous dégainé le chéquier pour donner au RNI les moyens de ses ambitions », explique un membre du bureau politique.

Il faut avoir le courage de faire des arbitrages et fixer des priorités. C’est ça un programme sérieux

Par ailleurs, la formation a énormément investi dans la formation de ses militants et futurs candidats tout en recrutant à tour de bras de nouveaux sympathisants en initiant plusieurs actions de démocratie participative. « Cela fait cinq ans que nous organisons des rencontres régionales du bureau politique avec des meetings. Nous avons également mené l’opération 100 jours, 100 villes, ce qui nous a permis d’écouter quelque 300 000 personnes à travers le Maroc », explique Aziz Akhannouch, dans un des cinq discours qu’il a prononcés durant sa tournée.

« Investir dans l’Homme »

De l’auditorium d’un palace à Agadir, à une université privée de Marrakech, en passant par le site d’une usine à Tanger et une salle de fête d’Oujda avant de finir dans une salle omnisport à Casablanca… le capitaine du RNI n’a cessé de marteler qu’il est temps « d’investir dans l’Homme ».

Tous les meetings ont d’ailleurs commencé par des success-story inspirantes : du présentateur de télé vedette qui doit sa réussite à l’école, à la victime d’une erreur médicale devenue championne para-olympique, jusqu’à Nawal El Moutawakel la première médaillée d’or marocaine à Los Angeles en 1984, devenue vice-présidente du Comité international olympique.

À l’issue de son discours prononcé au quartier Bourgogne de Casablanca qui a vu éclore la championne dans les années 1970, l’ancienne ministre de la Jeunesse et Sports a passé symboliquement le relais au président Akhannouch, pour restituer le programme politique du RNI.

Parmi les priorités du RNI : le doublement du budget de la Santé ou encore la création d’un million d’emplois

« Nous aurions pu poser un programme avec 1000 idées pour faire mine que nous n’avons rien oublié. Mais il faut avoir le courage de faire des arbitrages et fixer des priorités. C’est ça un programme sérieux », explique Aziz Akhannouch avant de présenter un projet resserré autour de « 5 priorités et engagements » et « 5 mesures » pour chacune.

Protection sociale, santé, éducation, emploi et administration sont les thématiques choisies par la formation politique, qui jusque-alors se focalisait sur des secteurs productifs comme l’Agriculture, l’Industrie ou encore le Tourisme. « Notre parti a démontré qu’il a les compétences pour réussir dans ces secteurs économiques. Et nous prenons nos responsabilités pour relever de nouveaux défis », ont répété les ténors du parti au fil des meetings.

Les mesures déclinées pour ces secteurs prioritaires, le RNI les a voulues le plus concrètes possibles, de manière à être comprise par tous. Dans le lot, on retrouve un minimum vieillesse de 1000 dirhams (94 euros) pour les Marocains vulnérables de plus de 65 ans, un premier salaire de 7500 dirhams (708 euros) pour les enseignants, des primes à la naissance de 2000 dirhams (188 euros) pour le premier enfant. Il y a aussi le doublement du budget du ministère de la Santé ou encore la création d’un million d’emplois…

Programme coûteux

Sur certaines mesures, le parti s’est appuyé sur les chantiers stratégiques déjà en cours. Le titanesque projet de protection sociale, déjà officiellement lancé par le roi Mohammed VI, inclut par exemple une bonne partie des mesures de soutien proposées.

D’autres actions sont en revanche originales et ambitieuses. Citons par exemple la relance du fonds Zakat dont la moitié des ressources sera affectée à la prise en charge des maladies longue durée, mais aussi le déploiement de la carte « Assistance », une carte à puce médicale personnalisée qui permet aussi la gratuité des soins.

« Une pré-campagne précoce » pour les uns, « des promesses irréalistes » pour d’autres

« Instaurer le mécanisme du tiers-payant est un chantier dont on n’arrive pas à bout depuis des années, explique un ancien directeur de centre hospitalier universitaire. Le fichier médical numérisé suppose, de son côté, une digitalisation complète du système de santé pour laquelle les projets se sont succédés sans succès. Il faut espérer que ce parti a une approche cohérente et progressive pour la mise en place d’un tel processus. »

Pour l’heure, le RNI n’a pas encore dévoilé tous les détails de la mise en œuvre de sa vision, mais tous ses experts se veulent rassurant. « Nous avons identifié la démarche et chiffré point par point l’ensemble de nos engagements », souligne Mohamed Boussaid, ancien ministre des Finances qui annonce un budget additionnel stratosphérique de 275 milliards de dirhams (26 milliards d’euros) pour l’ensemble du mandat.

Une facture qui représente 5 % du PIB annuel mais qui n’empêche pas le parti d’Akhannouch de promettre la réduction du déficit budgétaire à la fin du prochain quinquennat. Le programme du RNI a le mérite de placer la barre assez haut pour ses adversaires politiques, qui n’ont encore rien dévoilé de leur vision.

Pris de court par Akhannouch, ils se contentent pour l’heure de dénigrer la démarche : « Une pré-campagne précoce » pour les uns, « des promesses irréalistes » pour d’autres. Mais Akhannouch et ses sympathisants ne se laissent pas décourager et affichent l’ambition d’atteindre 100 sièges aux futurs législatives.

« Nous avons sauvé à deux reprises la majorité gouvernementale en 2013 après la sortie de l’Istiqlal, et en 2017 en trouvant des alliés au PJD pour la constituer « , rappelle Aziz Akhannouch. « Nous sommes capables de conduire la prochaine alternance », promet-il. Une manière de dire, « veni, vidi »… en attendant de crier, peut-être, « vinci ».

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